En Equateur, des graffiti recommandent l’avortement chimique

Download PDF

Derrière les mots, des blasphémateurs. Et des financeurs. Les habituels… mais aussi des catholiques…

Photo du site El Universo

La poussée internationale pour faire adopter globalement un médicament anti-ulcers, le Cytotec (misoprostol) pour faciliter l’accès de toutes à l’avortement pendant le premier trimestre de la grossesse, que j’évoque régulièrement ici, trouve ces jours-ci une illustration particulièrement significative dans plusieurs provinces en Equateur. Dans plusieurs petites villes des provinces de Santa Elena, Manabi et quelques autres, une campagne de graffiti fleurit sur les murs : deux mots (Aborto seguro – avortement sans danger) flanqués d’un numéro de téléphone portable, qui se révèle être une hotline de conseils sur la manière d’avorter (en toute illégalité) avec le Cytotec. Des dizaines de faits de ce genre ont été constatés à travers le pays.

Un reportage d’El Universo explique que la campagne est menée par une ONG, « Salud Mujeres » (Santé Femmes) dont le siège est à Quito et qui rassemble une Coordinatin des jeunes féministes (filles et garçons !) de 15 à 24 ans mobilisés pour défendre « l’équité de genre ».


Une journaliste a « testé » le numéro d’aide proposé sur les murs des villes : c’est une voix de femme qui répond et qui entre tout de suite dans le vif du sujet : « Raconte-moi ton problème. » « Caroline » dit qu’elle est enceinte. L’interlocutrice lui demande à quand remontent les dernières règles, prend son numéro de téléphone et annonce qu’elle va rappeler. Ce qu’elle fait dans les trois minutes, pour faire part de son calcul (8 semaines et 4 jours de grossesse, annonce-t-elle).

Sans autre question ni mise en garde que celle de dire qu’au-delà de 12 semaines, il faut chercher une autre forme d’information, elle demande à « Caroline » de prendre un crayon et du papier et de noter le nom d’un médicament « garanti par l’Organisation mondiale de la Santé » (oui – pour son usage anti-ulcéreux et anti-hémorragique post-partum seulement !), et de prendre note du nombre de pilules, avec leur dosage exact, à acheter sans ordonnance et « de préférence dans une pharmacie de quartier ». Suivent des indications sur la manière d’ingérer les comprimés : « Note bien sur ton papier ! »

La conseillère annonce ensuite que « Caroline » aura des saignements importants pendant deux ou trois jours, des coliques, des vomissements, des accès de froid, de la diarrhée – mais, pas d’inquiétude, ce sont les symptômes d’un avortement spontané. Donc, en cas de complication, il n’est pas risqué d’aller consulter un médecin qui ne pourra établir la réalité de l’avortement volontaire d’après son auscultation.

« Caroline » demande alors s’il n’y a pas de danger. « Le médicament est fiable », susurre la voix au bout du fil.

Fiable pour ses usages recommandés, sans doute. Mais pour Jesica Lopez, obstétricienne de Santa Elena (Equateur), les risques d’infection sont élevés : le Cytotec provoque des contractions utérines mais ne garantit pas qu’une partie du « produit » de la grossesse ne restera pas dans l’utérus ; elle ajoute que beaucoup de femmes ont ainsi perdu cet organe, la plupart du temps des femmes jeunes chez qui la méthode est encore plus dangereuse dans la mesure où leur utérus n’est pas arrivé à complète maturité.

El Universo signale que la Juge de l’Enfance et de l’Adolescence de Santa Elena, Ana Maria Tapie a souligné que si la Constitution de l’Equateur  garantit le droit de prendre des décisions « libres et reponsables », elle vise la responsabilité de la femme enceinte de prendre soin d’elle-même et aussi de son enfant…

L’initiative de Salud Mujeres vise clairement à promouvoir des actes contraires à la loi qui pénalise toujours l’avortement en Equateur, et particulièrement chez des mineures à qui l’on propose ainsi d’avorter à l’insu de leurs parents.

Comble de l’abjection : utiliser Marie pour l’IVG…

En allant voir le site de cette ONG qui se vante d’avoir un réseau dans l’ensemble de l’Amérique latine, j’ai pu constater que l’idée d’inciter les jeunes à l’avortement illégal, discret, gratuit, à domicile et prétendument « sans danger » a fait l’objet d’une première campagne à Quito en juin 2008. Ses militants avaient choisi d’accrocher leur banderole avec le numéro de téléphone – toujours le même – sur la statue de la Vierge du Panecillo, la colline « Pain de Sucre » qui s’élève au bout de la veille ville.

« Par cette action, on entend re-signifier les symboles catholiques pour parvenir à avoir une incidence sur l’imaginaire des personnes qui vivent dans notre société, celle-là même qui est fortement caractérisée par son catholicisme. Le message qu’on entendait donner était de dire que “toutes les femmes, nous avons le droit de poursuivre ou non nos grossesses, y compris la Sainte Vierge qui fut consultée à propos de la poursuite de sa grossesse. »

Lorsqu’on arrive à un tel degré d’inversion et de blasphème, on comprend mieux ce qui se tapit derrière le discours féministe.

 Salud Mujeres et l’association qui chapeaute cette ligne téléphonique d’assistance reçoivent des fonds et de l’aide du monde entier. Par exemple : Ipas, une ONG pro-avortement que j’ai évoqué plusieurs fois sur ce blog, notamment en mars : elle venait alors d’organiser une Journée d’appréciation des fournisseurs d’avortements

Un autre grand bailleur de fonds est le Global Fund for Women (le lien aboutit à une page de recherche qui indique le militantisme de cette ONG pour l’avortement légal). GFW refuse farouchement les fonds gouvernementaux mais qui les accepte (directement ou via leurs fondations caritatives) de la part de JPMorgan, Goldman Sachs, Microsoft, Symantec, Famille Ritz, les fondateurs de Hewlett Packard, American Express, Gap, Google, la Banque mondiale, Freddie Mac, Pfizer, Nestlé, Bill and Melinda Gates Foundation, Astraea Lesbian Foundation for Justice, Isabel Allende Foundation, etc, etc, etc. Et la fédération internationale du Planning familial.

La liste est très longue et vous la trouverez derrière ce lien, en bas de page, sous « Annual Report ».

J’y ai relevé un certain nombre de donateurs surprenants, dont on espère qu’ils auront été simplement naïfs, éblouis par les actions humanitaires de GFW (mais on a du mal à y croire, et il faudrait en tout état de cause qu’ils ouvrent les yeux). Extraits :

Benedictine Sisters, Benedictines for Peace, Brothers of Our Lady Mother of Mercy, Congregation of Notre Dame, Sacramento Catholic Workers, Sisters of Charity, Sisters of St. Dominic, etc, etc.

© leblogdejeannesmits.

1 comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *