Enfants nés de dons de sperme : à la recherche du père

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Le phénomène n’est plus si marginal : aujourd’hui dans le monde, on compte environ un million d’enfants nés d’un don de sperme, souvent anonyme. Alors que l’on tente en France d’opposer des limites à la possibilité d’accoucher « sous X », au nom du droit de connaître ses origines, les naissances résultant de dons de gamètes fait partie des tabous auxquels on ne touche pas. Mais selon une étude réalisée par Elizabeth Marquardt de l’Institute for American Values d’après des données d’envergure, bien des jeunes ainsi conçus ne vont pas bien, voire pas bien du tout.

Et leurs résultats sont nettement moins encourageants que ceux de mêmes groupes d’âge (entre 18 et 45 ans aujourd’hui) qui ont été adoptés, sachant qu’il y avait quelque 500 personnes adoptées et 500 conçues avec donation de sperme

La scientifique a répondu aux questions de MercatorNet ; je vous propose ici quelques éléments à retenir de cette interview. Pour Elizabeth Marquardt, il est évident que l’enfant – dès lors qu’il n’est plus perçu comme un don mais comme « moyen pour atteindre nos fins – en tant que travailleur, assurance pour les vieux jours ou bien d’autres objectifs », devient un « bien de consommation », vision qui est facilitée de manière « glaçante » par les techniques de procréation artificielle, et qui est entrée plus nettement dans la réalité par l’avortement et la contraception, note-t-elle :

« Au cours de notre enquête nous avons évalué le sentiment d’identité, les liens familiaux, la justice sociale et le bien-être. En somme, nous avons découvert que les adultes conçus par donneur, comparés à ceux qui ont été adoptés ou conçus par leurs propres parents ressentent davantage une blessure, sont dans un plus grand état de confusion, et sont davantage isolés de leurs familles lorsqu’ils grandissent, et sur des  points importants ils réussissent moins bien que ceux élevés par leurs parents biologiques ou adoptifs. »

Ils ont tendance à dire qu’ils ignorent d’où vient « la moitié d’eux-mêmes » et qu’ils en souffrent, qu’il ressentent cela comme « une perte », une perte que nul n’est prêt à reconnaître.

« Ils disent, en fait : “Ce donneur de sperme est mon père biologique et l’identité de cette personne et la possibilité d’avoir une relation avec cette personne-là est importante pour moi. Et je vis dans une société où les gens semblent penser qu’une telle perte, c’est tout ce qu’il y a de mieux, où les hommes de loi et les médecins aident de plus en plus de gens à naître de cette façon. Et cela fait mal. »

Ces personnes sont nombreuses à redouter « l’inceste involontaire » – ils rêvent de connaître leur histoire ethnique et leurs demi-sœurs ou demi-frères qui peuvent être jusqu’à 25 ou 50 ou même 100 dans leur région. A raison de 30.000 à 60.000 naissances par an avec don de sperme aux seuls Etats-Unis actuellement, on conçoit que cela puisse paraître problématique.

D’ailleurs le fait d’avoir été des enfants « 100 % désirés » ne rend pas ces jeunes adultes plus heureux de vivre que les autres ; en moyenne, « ils vont beaucoup moins bien » note Marqhardt, ce qui devrait inciter les pouvoirs publics à se poser moins de questions sur le fait que les grossesses soient désirées ou voulues, mais à se préoccuper davantage du cadre où l’enfant va grandir : « si le lien père-enfant est protégé, si le lien mère-enfant est protégé ; si cette chose-là qui s’appelle le mariage, qui aide les mères et les pères à rester ensemble, est en place. »

Pourquoi l’adoption marche-t-elle mieux que la conception avec donneur ?

Réponse d’Elisabeth Marqhardt :

« Je crois que c’est parce que l’adoption est une institution et que la conception avec donneur est un marché. Pour l’adoption, il existe un ensemble de règles et de normes qui ont été élaborées au cours d’une longue période. Aux Etats-Unis, on compte au moins cent ans de pratique professionnelle de l’adoption dont l’objectif est d’assurer au mieux les intérêts de l’enfant, même si ce concept est aujourd’hui en débat.


A l’inverse, la conception avec donneur est un marché développé en vue de procurer des enfants aux parents qui les veulent. Et de l’argent peut changer de mains – cela arrive aussi dans le cadre de l’adoption mais ça sent le trafic d’enfants et est sévèrement réprimé – mais la conception avec donneur est  de la vente d’enfants, c’est bien cela, par nature. Ils vendent les pièces détachées pour faire des bébés. Et l’impact sur les enfants est tout autre : ils le savent, et quelque 40 % de ceux que nous avons interrogés nous disent que ce fait les dérange.


En outre, un enfant adopté sait que ses parents biologiques se sont vraiment rencontrés et se sont connus – au sens biblique et en d’autres sens – tandis que ceux conçus avec donneur doivent se débattre avec l’idée que leurs parents ne se sont littéralement jamais rencontrés. Ils sont environ 10 % à se considérer comme une erreur de la nature ou comme une expérience de laboratoire. »


Elisabeth Marquhardt note enfin qu’à force de ne plus considérer l’enfant comme un don, un don « surgi d’une force vitale que certains appellent Dieu », mais d’accentuer toujours le contrôle sur l’enfant considéré comme un produit, l’enfant ne résulte plus que de la volonté de sa mère : l’acte de volonté qui a permis sa conception ou qui a empêché son avortement, il a réussi à passer entre les gouttes…

© leblogdejeannesmits.

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