France : la révision des lois bioéthiques est définitive

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Au terme d’un très long parcours qui a commencé avec des « états généraux » censés donner la parole aux Français, le projet de révision des lois bioéthiques a été adopté définitivement jeudi par 170 sénateurs contre 157, qui regrettaient son caractère encore trop respectueux de la vie. Fait rarissime, le rapporteur UMP du texte, Alain Milon, a voté contre : « Nous n’avons pas su faire évoluer notre droit avec la société française », a-t-il fustigé. Il aurait voulu qu’on autorisât par principe la recherche sur l’embryon, en faisant sauter la dernière protection symbolique qui – et c’est heureux – reste acquise au tout petit d’homme.

L’AFP, curieusement, explique que les sénateurs ont tout fait pour « muscler » le texte en supprimant l’interdiction de principe de recherche destructrice pour l’embryon. Muscler ? Non, se plier devant les folles exigences de chercheurs pour qui l’être humain n’est qu’un matériau, et les intérêts financiers de grands laboratoires avides de ce matériau finalement peu onéreux et paradoxalement plus facile d’accès que les embryons d’animaux.

Il faut donc, malgré les terribles injustices de ce texte, qui fait dériver le droit français vers encore plus de culture de mort, saluer la fermeté des députés qui ont refusé de plier sur ce point. Sans oublier pour autant que le texte permettra de multiplier les dérogations et comporte bien d’autres aspects très contestables. Comme le développement prévisible du diagnostic prénatal et son corollaire, l’augmentation des avortements eugéniques. Comme l’appel effréné à toujours plus de dons d’ovules et de sperme, pour mieux préparer le Meilleur des mondes.

Le 21 juin, dans un hémicycle clairsemé, 94 députés contre 68 ont adopté la version du texte retenue par la commission mixte paritaire.

Image du peu de cas que l’on fait finalement d’un texte qui touche à la conception même que le droit français se fait de l’être humain et des règles fondamentales qui obligent à le respecter.
Marie-Thérèse Hermange, que l’on pourrait qualifier de « pro-vie UMP », s’est félicitée du « travail exemplaire de l’élaboration d’une loi ». A-t-elle oublié que les positions plutôt conservatrices en matière de respect de la vie issues des états généraux avaient été allègrement balayées par le législateur, comme si la consultation des Français n’avait pas eu lieu ? A-t-elle oublié que, malgré ces freins à la décadence qui ont été obtenus grâce à la mobilisation de beaucoup – l’Alliance pour les droits de la vie, la fondation Jérôme-Lejeune, l’action du Dr Michel Villette, une mobilisation de la presse catholique pour ne nommer que cela – la nouvelle loi aggrave la situation existante ?

A-t-elle oublié tous les quolibets, toutes les accusations d’ingérence de l’Eglise qui ont fusé contre certains députés plus soucieux du respect de la vie, dénoncés comme catholiques à cause de leur prise de position ? Quand on conteste le massacre des innocents, on est donc obscurantiste dans un débat « exemplaire » ?

Le cardinal Vingt-Trois a dénoncé, fin mai, le « recul de civilisation » que représenterait la loi bioéthique telle que le Sénat la voulait. Le recul est toujours là. Un tout petit peu moins rapide. Il dénonçait alors des « démissions peu réfléchies et peu courageuses ».

La leçon est claire : au travail !

Article paru dans Présent daté du 25 juin 2011.

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