Homélie à la Valle de los Caidos

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Alors que Benoît XVI était en Espagne, une foule de 200 catholiques a été une nouvelle fois empêchée d’assister, dimanche, à la messe à la basilique de la Valle de los Caidos où sont commémorées toutes les victimes de la Guerre civile. Par esprit de solidarité avec les fidèles, les moines bénédictins administrateurs du site ont décidé de célébrer la messe en bordure de la route de l’Escurial, en marge du sanctuaire, accompagnée par les chants des enfants la manécanterie de la basilique.

Les bénédictins s’étaient jusque-là abstenus de commenter la décision des autorités publiques.

Commentaire de Luis Fernando Perez Bustamante :

L’Espagne est devenu le premier pays d’Europe où, depuis la chute du mur de Berlin et du communisme, un gouvernement ait prohibé la célébration d’une messe dans un sanctuaire catholique. (…) Cela se produit en même temps que la visite du Pape en Espagne. Si quelqu’un pense que cela est fortuit, eh bien, pas moi. C’est l’évidente provocation d’un gouvernement ennemi de la Croix, de l’Evangile et de l’Eglise. (…) Pour autant, le Pape ne pourrait avoir davantage raison de dire que l’avancée brutale du laïcisme qui se produit aujourd’hui en Espagne est liée à ce qui s’est passée au cours des années Trente du siècle passé. Pour le moment, il n’y a pas d’églises qui brûlent. Ils se bornent à fermer celle sur laquelle ils ont un certain contrôle institutionnel.

La Croix du Valle de los Caidos qui est signe de réconciliation – ce pour quoi elle fut construite – est en passe de devenir un symbole de la dignité du catholicisme en Espagne. Que nous le voulions ou non, nous sommes en guerre avec les ennemis du Christ et de son Eglise. Les paroles du gouvernement assurant qu’il va continuer de collaborer avec la célébration des prochaines JMJ à Madrid doivent s’entendre davantage comme l’avis que cette célébration dépend de lui. C’est le drame d’une Eglise qui dépend par trop d’institutions à la tête desquelles se trouvent ses ennemis les plus directs.

Le même blogueur d’InfoCatolica souligne que le Pape, quoi qu’on dise sur le fait qu’il serait mal conseillé ou manipulable, a su parfaitement quoi dire sur l’Espagne tout en obligeant tous ceux qui aimeraient y voir l’Eglise jouer un rôle de tiédeur et de couardise à se révéler. Et il rappelle que dans cette situation, « nos munitions, c’est l’oraison ; nos provisions, le trésor de l’Eglise », avec le soutien des milliers de martyrs qui sont au ciel.

La guerre menée contre l’Eglise en Espagne, l’objectif de la laïcité, c’est bien la culture de mort. Le choix de la mort des tout petits, de la destruction de la famille et du désarroi de l’humanité. Une guerre où seule l’Eglise, qui a reçu la Vérité et doit la sauvegarder, se révèle être le seul adversaire cohérent.

Cadeau : voici la traduction de l’homélie prononcer par le Frère Santiago Cantera, OSB, dimanche au bord d’une route d’Espagne, parce que son église était interdite aux fidèles…

Chers frères en Jésus-Christ,

Les lectures d’aujourd’hui éclairent surtout deux aspects de notre vie actuelle. D’un côté, nous sommes en novembre, mois dédié à l’intercession pour les âmes des défunts ; il s’ouvre avec la solennité de Tous les Saints, qui nous rappelle que nous sommes tous appelés à la sainteté devant Dieu, et à la rédemption éternelle ; le jour suivant il continue avec la commémoraison des fidèles défunts, instituée par l’abbé de Cluny, saint Odilon, au début du XIe siècle.

C’est précisément au Second livre des Macchabées que l’on trouve certains des textes sur lesquels l’Eglise catholique fonde la croyance au Purgatoire ou à des peines de purgatoire, un dogme de la foi défini par le 2e Concile de Lyon en 1274. Pour parvenir à contempler l’infinie beauté de Dieu, les âmes doivent être lavées de toutes tache laissée par leurs péchés. Nous pouvons offrir nos prières, nos pénitences, nos aumônes et surtout le Saint Sacrifice de la Messe pour que les âmes qui se trouvent dans cet état puissent passer à la jouissance de Dieu.

Dans le texte qui a été lu aujourd’hui, nous contemplons la ferme espérance des frères Macchabées en la récompense éternelle pour leur mort en martyrs de la défense de la foi. « Dieu veut que tous les hommes se sauvent », dit saint Paul. Et Jésus nous parle de l’immortalité, puisque Dieu « n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, parce qu’en Lui tous sont vivants ». Dieu veut que nous puissions tous parvenir à jouir de Sa vision au Ciel. La secte des Saducéens, qui essayèrent de mettre Jésus à l’épreuve, trouva son origine précisément à l’époque des Macchabées : c’étaient les juifs hellénisants qui collaborèrent avec les autorités impies et qui acceptèrent des éléments provenant du paganisme et du rationalisme. Ils devaient faire partir de ceux qui menèrent Jésus au Calvaire. D’où la seconde considération.

Les Macchabées sont un exemple du martyre aux temps de persécutions religieuse. Ils n’avaient pas peur de la mort, parce qu’ils croyaient à la récompense éternelle. Jésus-Christ à porté à son point culminant ce qu’eux avaient anticipé, et il est devenu le Grand Martyr de la vérité et de l’amour de Dieu, la Victime qui s’est offerte au Père pour nous racheter du péché et pour nous ouvrir les portes du Ciel. C’est pourquoi tous les martyrs depuis lors ont donné leur vue pour Lui et avec Lui.

Aujourd’hui nous vivons des temps difficiles pour la foi en Espagne, et le témoignage des martyrs doit nous servir d’aiguillon face à l’adversité. Hier même, nous célébrions la mémoire des martyrs espagnols du XXe siècle. Dans l’avion avant son arrivée, le Saint Père Benoît XVI a déclaré hier que l’Espagne souffre d’une offensive laïciste très semblable à celle des années 30. Vous-mêmes pouvez le constater aujourd’hui à l’occasion de cette célébration, qui à moi, me rappelle les messes du Bienheureux martyr Jerzy Popielusko dans la Pologne des années 1980.

C’est pourquoi nous devons contempler le courage des martyrs pour nous remplir nous-mêmes de courage. Ayons en mémoire les près de 50 catholiques assassinés cette semaine en Irak par des éléments islamistes. Plaise  à Dieu que nous autres catholiques espagnols soyons capables de dire avec conviction ce qu’a dit le cardinal archevêque de Bagdad : « Nous n’avons pas peur de la mort. »

Il est préférable d’avoir une Eglise martyre – et rappelons-nous que le mot martyr veut dire « témoin » – qu’une Eglise en connivence avec le mal par crainte de perdre un bien-être temporel. A moyen et à long terme, l’Eglise qui continuera de vivre sera la première de ces deux-là. Aujourd’hui nous n’honorons pas certains ecclésiastiques qui au cours des années de persécution au Mexique ont signé ce qu’on appelle les « arrangements » avec le gouvernement maçonnique, mais nous vénérons comme saints et bienheureux les martyrs Cristeros, issus surtout du peuple des gens simples.

N’ayons pas peur de défendre la vérité du Christ. Saint Jean Chrysostome a été exilé deux fois pour avoir dénoncé publiquement la corruption à la cour de Constantinople, mais face à la persécution il affirmait : « Dites-moi, de quoi pourrions-nous avoir peur ? De la mort ? Pour moi, la vie, c’est le Christ, et mourir est un avantage. L’exil ? Au Seigneur appartient la terre, et tout ce qui la remplit. La confiscation des biens ? Nous venons au monde sans rien, et sans rien nous le quitterons. Je ris de tout ce qui est terrible en ce monde, et de ses biens. Je n’ai pas peur de la mort et je n’envie pas les richesses. Je lis cette parole écrite, que je porte avec moi : “Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde”. »

Evitons la haine qui peut surgir en notre cœur à l’égard de ceux qui persécutent la foi. Prions pour eux, et que l’amour du Christ puisse vaincre le mur de la haine. Mais, sans laisser de les aimer, sachons aussi montrer que nous sommes fermes, parce que le Seigneur est avec nous et que nous devons défendre son héritage, dont font partie les églises et les lieux de culte. Puissions-nous dire avec conviction les mêmes paroles que l’abbé saint Dominique de Silos devait dire à un roi de Navarre au XIe siècle : « La vie, vous pouvez me l’ôter : mais rien de plus. »

Je veux terminer en citant quelques vers magnifiques d’une chanson qu’entonnaient les Cristeros mexicains, qui révèlent le courage et le désir d’éternité que nous devons avoir. Ecoutez : « Le mardi, ils me fusilleront, à six heures du matin, parce que je crois au Dieu éternel et en la grande Dame de Guadalupe. (…) Ils tueront mon corps, mais mon âme, jamais. Et je dis à mes bourreaux, que je veux qu’ils me crucifient, et qu’une fois crucifié, qu’alors ils utilisent leurs fusils. (…) Je n’ai pas d’autre Dieu que le Christ, parce qu’il m’a donné l’existence. En me tuant, la foi en Dieu éternel ne s’achève pas ; bien d’autres restent au combat, et d’autres sont en train de naître. (…) Que vive le Christ Roi ! »

Que la Très Sainte Vierge nous obtienne du Saint Esprit le don de force, qu’elle fasse que la visite du Saint Père attire sur notre chère Espagne si éprouvée les fruits abondants d’une foi robuste et d’un esprit ardent.

Source : Infocatolica

© leblogdejeannesmits.

1 comment

  1. Anonymous

    Le Samedi 6 Novembre 2010, environ 80 Français en pèlerinage à l'Escorial, ont été en mesure d' assister à la Sainte Messe en la Basilique Sancta Cruz de los Caïdos (sans la chorale). Après plus d'une 1/2 de négociations, 2 voitures de la Guardia Civil, et une vingtaines d'Avé-Maria, nous avons franchis les lourdes grilles interdisant l'accès à la vallée. En présence de notre Seigneur nous nous sommes unis dans la prière aux Moines Bénédictins, actuellement persécutés par le pouvoir. De merveilleuses grâces nous ont été données. Ils nous est impossible d'oublier ces moines et prions pour eux, en union avec toutes les bonnes volontés, pour l'Espagne qui vit une oppression cultuelle perceptible et pour notre pays fille aînée de l'Eglise, afin que nos civilisations retrouvent les bienfaits du chemin de notre Seigneur. Jean-Vincent.

    In Christo Rege per Mariam.

    (siloe08@free.fr)

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