La pilule du surlendemain frappe à la porte des Etats-Unis

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« La Food and Drug Administration (FDA) américaine se penchera dans les jours qui viennent sur une demande d’autorisation de mise sur le marché de la « contraception d’urgence » EllaOne, du laboratoire français HRAPharma. Et une campagne de presse accompagne cette arrivée de la « pilule du surlendemain » pour contrer la mobilisation systématique du mouvement pro-vie contre toute pilule potentiellement abortive en tout début de grossesse. Efficace pendant 120 heures après un « rapport mal protégé », Ella est chimiquement très voisine de la pilule abortive RU486.

La même FDA, invitée à donner son avis sur la pilule du lendemain il y a quelques années, s’étaient longuement interrogée sur le début de la vie et l’action éventuellement abortive de la contraception d’urgence active jusqu’à 72 heures après le rapport, mais avec une efficacité qui va sans cesse décroissant dès la première heure. Elle l’avait finalement autorisée même si, contrairement à ce qui se passe en France, elle n’est donnée que sur prescription médicale aux mineures de 17 ans.

Ella affiche des taux d’efficacité plus homogènes pendant les 120 heures affichés par le fabricant, et cette seule durée tend à accréditer l’idée qu’elle inhibe la nidation d’un embryon déjà conçu. Sachant qu’un rapport peut être fécondant jusqu’à 5 jours avant l’ovulation, l’effet contraceptif pur – empêchement de l’ovulation et donc absence de rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde – peut en effet se produire sur toute cette période. Mais si cet effet ne se produit pas, le dosage en progestérone de Ella rend l’implantation impossible.

Mais Ella peut être prise « à n’importe quel moment du cycle ». Dès la seconde moitié de celui-ci, quand l’ovulation s’est déjà produite (la fécondation est possible pendant quelque 24 heures après celle-ci) son efficacité ne peut être qu’abortive. Sans quoi elle n’a strictement aucun intérêt. Aussi l’agence européenne d’évaluation des médicaments dit-elle clairement :

« Le principe actif d’Ellaone, l’ulipristal acétate, agit comme un modulateur des récepteurs de la progestérone. Cela signifie qu’il se fixe sur les récepteurs auxquels se lie normalement la progestérone, empêchant ainsi l’hormone d’exercer son effet. Par son action sur les récepteurs de la progestérone, Ellaone empêche les grossesses en interférant avec l’ovulation et peut également induire des modifications au niveau de la muqueuse utérine. »

La presse américaine (faut-il ajouter, « de gauche » ?) dit cela du bout des lèvres et présente aussi les allégations contraires des partisans de la contraception du surlendemain, notant qu’utilisé à 5 jours du rapport non protégé il est « établi » qu’elle n’a d’action que contraceptive : c’est ce qu’affirme Erin Garner, responsable de HRA Pharma Paris.

C’est une affirmation pour le moins étonnante dans la mesure où la notice française EllaOne, mise sur le marché français depuis novembre, affirme ceci :

« Ellaone agit en modifiant l’activité de la progésterone qui est une hormone naturelle. Ellaone est supposé agir en empêchant vos ovaires de libérer un ovule et il peut également modifier l’environnement utérin. Ellaone n’est pas efficace dans tous les cas: sur 100 femmes recevant Ellaone moins de 5 jours après un rapport sexuel non protégé, environ 2 seront enceintes. »

L’analyse de ce texte révèle que HRA Pharma, dans un document qui engage sa responsabilité, émet seulement une « supposition » sur le mode d’action de sa molécule, l’ulipristal acetate, et que le laboratoire ne peut nier son action modificatrice de la muqueuse utérine, la rendant donc hostile à l’implantation de l’embryon.

Mais peut-être Erin Garner essaie-t-il (ou elle ?) simplement de jouer sur les mots, puisque les fabricants de pilules ont promu la fiction selon laquelle la grossesse ne commence qu’à la nidation.

Si le Washington Post présente bien les deux argumentations en présence, on y trouve tout de même ce commentaire qui semble révéler son propre avis : « Ella pose beaucoup de questions lourdement chargées, politiquement, mais de manière encore plus pointue, elle met à l’épreuve l’administration d’Obama sur sa promesse de ne pas laisser l’idéologie influencer ses décisions. »

Pierre-Olivier Arduin avait longuement commenté l’apparition de la pilule du surlendemain ici, et j’avais fait une présentation des laboratoires HRA ici.

© leblogdejeannesmits.

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