L’adolescente d’Argentine obtient le droit d’avorter ; une autre affaire en cours

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Après le refus des juges de première instance et d’appel de la ville de Comodoro Rivadavia, sous la pression des médias et du procureur général, le Tribunal supérieur de la province argentine de Chubut vient de décider d‘accorder à une jeune fille de 15 ans, enceinte à la suite de viols répétés par le concubin de sa mère, de subir l’avortement « thérapeutique » de son enfant à 17 semaines de grossesse. Les juges civils ont ordonné aux services de la secrétairerie à la Santé de la province de procéder à l’opération ; leur décision impose en outre que la jeune fille reçoive une « assistance psychologique », façon de reconnaître que l’opération n’est pas anodine.

C’est l’avocate de la jeune fille, Sandra Grilli, qui a annoncé la teneur de la décision en se félicitant d’avoir créé une jurisprudence : « Pour nous c’est très important car cela constitue un précédent », a-t-elle déclaré aux médias, ajoutant que sans avoir lu en détail la formulation de l’arrêt elle avait pu constater qu’il suivait largement son argumentation à elle.

On se souviendra que tant les premiers juges que la cour d’appel, statuant dans l’urgence, avaient refusé d’accorder le droit de procéder à l’avortement « thérapeutique » en invoquant le fait que celui-ci violerait irrémédiablement le droit de naître de l’enfant, alors même que la Constitution provinciale affirme le « droit à la vie depuis la conception » ; ils ajoutaient qu’il n’était pas établi qu’il n’y avait aucun autre moyen de préserver la vie de l’adolescente que de lui faire subir un avortement.

En attendant de connaître les détails de la décision déjà qualifiée d’« historique » par la presse argentine, on peut souligner que, dès vendredi, le procureur général de justice, Jorge Miquelarena s’était prononcé pour l’avortement thérapeutique. Selon la presse, il a soutenu que si une vie innocente est bien en jeu, la femme violée est innocente elle aussi ; il aurait évoqué son droit de légitime défense qui lui permettrait de couper court à une grossesse provoquée par un acte de violence sexuelle. Il a précisé qu’un système pénal « libéral » comme celui en vigueur en Argentine n’impose jamais de « devoirs héroïques ». Il a également, selon la presse, souligné le fait qu’agir vite vaudrait mieux pour la jeune fille en raison de la nécessité qu’il y aurait à changer de mode d’avortement si la grossesse devait se poursuivre encore plusieurs semaines. Pour évoquer l’enfant à naître on entend d’ailleurs dans cette affaire parler du « produit du viol ».

L’Eglise a continué de se mobiliser pour la vie de ce « produit du viol » qui est surtout un petit être humain de bientôt 18 semaines. L’administrateur apostolique du diocèse, Virginio Bresanelli, a écrit mercredi dernier aux membres du Tribunal supérieur de Chubut, plaidant pour la vie de cet innocent.

Il faut noter que toute cette affaire a démarré en raison du refus de l’hôpital régional auquel s’était adressée la jeune fille, poussée par sa mère, a refusé de pratiquer l’avortement en affirmant que les circonstances ne correspondaient pas aux exigences de l’article 86 du code pénal argentin pour dépénaliser l’intervention.

Une autre affaire assez semblable est elle aussi pendante devant la justice de Comodoro Rivadavia. Il s’agit là encore d’une jeune fille de 15 ans violée par son beau-père et enceinte de bientôt 18 semaines à qui l’avortement à été refusé par l’hôpital régional malgré un ordre donné par le parquet. C’est cette semaine que le juge des affaires familiales, Diana de Kazajkevich, doit entendre les différentes parties, y compris l’avocate Iris Moreira qui pourra s’exprimer au nom de l’enfant conçu.

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