Le Pape et le préservatif : dégâts collatéraux, quelques réponses (3)

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Je trouve cette lettre fort intéressante du cardinal Joseph Ratzinger, en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à Mgr Pio Laghi, alors pro-nonce apostolique aux Etats-Unis, datée du 29 mai 1988. Je n’en ai pas trouvé le texte français. Voici donc un essai de traduction de ce texte qui répondait à ce document épiscopal qui affirmait l’insuffisance du safe sex mais qui dans la sphère publique, notamment dans l’éducation, justifiait l’information et même les recommandations techniques sur le recours aux « prophylactiques », c’est-à-dire au préservatif pour arrêter la propagation du sida.

La vive discussion, élargie et parfois déformée par la presse mondiale, qui a suivi la publication par le bureau administratif de la conférence nationale des évêques de son document très connu, « Les multiples visages du sida », où étaient impliqués des représentants distingués de l’épiscopat, a engendré chez de nombreux fidèles, et pas seulement aux Etats-Unis, d’une importante confusion à propos de la position catholique authentique à propos des questions morales en question. Le Saint-Siège désire donc exprimer son profond souhait de voir clairement et publiquement manifestée l’union si nécessaire parmi les évêques quant à l’enseignement de la doctrine morale chrétienne.

En premier lieu, et sur un plan plus général, on doit avoir présent à l’esprit le problème posé par la réaction mondiale qui accompagne certains documents publiés par différentes conférences épiscopales. Cela exige un sens particulier des responsabilités et la prudence dans le choix des thèmes traités, et la manière dont ces déclarations sont publiées, sans même parler de la composition attentive des textes eux-mêmes. Au moins dans certains cas, lorsque les sujets en discussion présentent un intérêt pour l’Eglise universelle, il paraîtrait opportun de consulter au préalable le Saint-Siège.

Deuxièmement, en ce qui concerne le problème moral précis en question ici, je veux attirer l’attention sur la clarification qui a paru dans l’édition du 10 mars de L’Osservatore Romano, dans un article non signé intitulé « Prévention du sida : aspect éthique chrétien », et je cite :

« Rechercher une solution au problème de l’infection en faisant la promotion de l’utilisation du préservatif consisterait à s’embarquer dans une voie qui n’est pas seulement insuffisamment fiable du point de vue technique, mais qui surtout et pardessus tout, est inacceptable du point de vue moral. Une telle proposition en vue du safe sex [sexe sans danger] ou à tout le moins du safer sex [sexe moins dangereux] – comme ils disent – ignore la vraie cause du problème, à savoir la permissivité qui, dans le domaine du sexe comme dans celui lié à d’autres formes d’abus, corrompt la fibre morale du peuple. »

Dans le cas en discussion ici, il semble vraiment peu pertinent de faire appel au principe classique de la tolérance du moindre mal de la part de ceux qui exercent une responsabilité pour le bien temporel de la société. En fait, même lorsque le problème concerne les programmes d’éducation promus par le gouvernement civil, on ne serait pas en présence simplement d’une forme de tolérance passive mais plutôt avec une sorte de comportement qui aboutirait pour le moins à la facilitation du mal.

Le problème des programmes éducatifs dans des écoles et institutions spécifiquement catholiques requiert une attention particulière. Ces institutions sont appelées à apporter leur propre contribution à la prévention du sida, en pleine fidélité à la doctrine morale de l’Eglise, sans en même temps s’engager dans des compromissions qui peuvent même donner l’impression de vouloir justifier des pratiques immorales : par exemple, des instructions techniques pour l’utilisation du préservatif.

Dans une société qui semble de plus en plus dévaloriser la valeur de la chasteté, de la fidélité conjugale et de la tempérance, et se préoccuper parfois presque exclusivement de la santé physique et du bien-être temporel, la responsabilité de l’Eglise est de donner le genre de témoignage qui lui est propre, à savoir un témoignage sans équivoque de la solidarité efficace et sans réserve avec ceux qui souffrent et, dans le même temps, un témoignage de défense de la dignité de la sexualité humaine qui ne peut se réaliser que dans le contexte de la loi morale. Il est de même crucial de noter, comme le fait la déclaration du Bureau, que le seul moyen médicalement sûr de prévenir le sida est justement de respecter exactement les types de comportement qui sont conformes à la loi divine et à la vérité sur l’homme que l’Eglise a toujours enseignées et qu’elle est toujours appelée aujourd’hui à enseigner avec courage.

J’ai confiance de voir ces considérations, qui sont connues de Sa Sainteté et qui ont son entier soutien, seront bien accueillies par le cardinal et les évêques membres de la conférence et je souhaite exprimer mon espoir le plus sincère de voir conclure avec succès cette réunion importante de tout l’épiscopat des Etats-Unis.

Joseph cardinal Ratzinger

Préfet, Sacrée congrégation pour la Doctrine de la Foi

Le premier paragraphe du texte prend un relief particulier ces jours-ci…

© leblogdejeannesmits.

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