Les évêques philippins dénoncent la loi de santé reproductive (I)

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Je vous disais dans le message précédent comment le gouvernement et le parlement philippin tentent d’imposer, au bout de 16 ans d’efforts infructueux, une loi de « santé reproductive » qui est en réalité une loi de contrôle de la population. Et j’annonçais la résistance de l’Eglise catholique qui, du reste, est en première ligne dans cette affaire depuis le début.


Voici la première partie de ma traduction de larges extraits de la « lettre pastorale » à son sujet adressée dimanche par la Conférence des évêques catholiques des Philippines à tous les Philippins. Elle a été publiée avant l’adoption au pas de course d’un texte consolidé par la commission parlementaire compétente, texte qui, aux dires de ses partisans, a gardé l’essentiel des dispositions initiales sans céder à la critique de l’Eglise.


C’est une lettre pastorale comme on en rêve parfois dans certains de nos pays « développés ». Il faut le dire : les Philippines sont depuis longtemps un modèle de résistance face à l’entrée de la culture de mort dans leurs lois. La parole des évêques n’y est pas pour rien.

L’Etat reconnaît la valeur et la dignité de chaque personne humaine et garantit l’entier respect des doits de l’homme (Art. II, Section 11). L’Etat reconnaît la sainteté de la vie familiale et s’engage à protéger et à renforcer la famille en tant qu’institution sociale de base et autonome. Il protégera de manière égale la vie de la mère et la vie de l’enfant à naître depuis sa conception (Art. II, Section 12).

Arrière-plan

Nous commençons par cette citation de la Constitution des Philippines. Nous le faisons parce que nous avons l’intention de vous écrire en nous appuyant sur les idéaux et les aspirations fondamentales du peuple philippin et non sur la base d’enseignements religieux spécifiquement catholiques.

En tant que nation, nous nous trouvons à une croisée des chemins. Devant nous se trouvent plusieurs versions d’une proposition de loi, la loi de Santé reproductive, ou, dans sa version édulcorée, la loi de Paternité responsable. Cette proposition de loi, quelle que soit sa version, nous appelle à faire un choix moral : choisir la vie, ou choisir la mort.

D’emblée nous remercions le gouvernement de nous avoir donné l’occasion d’exprimer nos points de vue en un dialogue amical. Malheureusement, notre dialogue a seulement révélé à quel point nos positions respectives étaient éloignées les unes des autres. Donc, plutôt que d’échafauder de faux espoirs, nous voulons maintenant établir clairement ce que nous récusons, et en faveur de quoi nous nous dressons.

Choix moraux à la croisée des chemins

(…)

Nous arrivons donc aujourd’hui à une nouvelle croisée des chemins en tant que nation et nous devons faire un choix moral. Notre Président a galvanisé le pays avec ce cri électoral : « Kung walang corrupt walang mahirap. » En tant que responsables religieux nous pensons qu’il existe une forme plus grave de corruption, à savoir la corruption morale qui est en vérité à la racine de toute corruption. En ce qui concerne la question en cours, on ferait preuve de corruption morale en ignorant les implication morale de la loi de Santé reproductive.

Voici notre jugement moral unanime et collectif : nous rejetons fermement la loi de Santé reproductive.

Valeurs humaines et culturelles communément partagées : deux principes fondamentaux

Loin d’être simplement un problème pour les catholiques, la loi de Santé reproductive constitue une attaque majeure contre les valeurs humaines authentiques et les valeurs culturelles philippines que nous chérissons tous depuis des temps immémoriaux. 

Pour le dire simplement : la loi de Santé reproductive ne respecte pas le sens moral qui est au centre des cultures philippines. Elle est le produit de l’esprit de ce monde, un esprit laïciste et matérialiste qui considère la moralité comme un ensemble d’enseignements parmi lesquels il est loisible de choisir, en accord avec l’esprit du temps. Il en accepte certains, il en rejette d’autres. Malheureusement, nous constatons la progression subtile de cet esprit post-moderne dans notre propre société philippine.

Notre position s’appuie fermement sur deux des principes centraux qu’ont en commun tous ceux qui croient en Dieu :

1. La vie humaine est le don physique le plus sacré dont Dieu, auteur de la vie, dote l’être humain. Le fait de mettre en place des obstacles artificiels en vue d’empêcher la formation et la naissance de la vie humaine contredit très certainement cette vérité fondamentale de la vie humaine. A la lumière de l’influence très étendue de l’esprit post-moderne dans notre monde, nous considérons cette position comme rien moins que prophétique. En tant que responsables religieux, nous devons proclamer cette vérité sans peur, à temps et à contre-temps.

2. Ce sont les parent qui, en coopérant avec Dieu, amènent des enfants dans ce monde. Ce sont eux également qui ont le droit inaliénable et la responsabilité de les nourrir, d’en prendre soin, et de les éduquer afin qu’ils puissent devenir des personnes matures selon la volonté du Créateur.

Ce que nous récusons précisément dans la loi de Santé reproductive

Ses partisans soutiennent que la loi de Santé reproductive promeut la santé reproductive. Elle ne le fait certainement pas. Elle ne protège pas la loi de l’être humain sacré qui est en train d’être formé ou de naître. Le seul mot « contraceptif » révèle d’emblée la nature anti-vie des moyens promus par la loi de Santé reproductive. Ces moyens artificiels sont fatals pour la vie humaine, que ce soit en empêchant sa conception ou en la détruisant effectivement. De plus, les scientifiques savent depuis très longtemps que les contraceptifs peuvent provoquer des cancers. Les contraceptifs représentent un risque pour la santé de la femme.

Ses partisans disent aussi que la loi de Santé reproductive réduira le taux des avortements. Mais bien des analystes scientifiques eux-mêmes se demandent pourquoi l’utilisation massive de la contraception fait grimper le taux des avortements. En vérité, les contraceptifs installent un faux sentiment de sécurité qui fait disparaître les inhibitions par rapport à l’activité sexuelle. Les scientifiques ont constaté de nombreux cas d’échec contraceptif. On recourt à l’avortement, un acte que toutes les traditions religieuses considéreraient comme peccamineux. Promouvoir le « safe sex » pour faire chuter le taux des avortements, c’est de la propagande mensongère.

Ses partisans ajoutent que la loi de santé reproductive empêchera la diffusion du virus HIV et du sida. Cela contredit bien des données scientifiques disponibles. Dans certains pays où le recours au préservatif est généralisé, HIV et sida continuent de progresser. Les préservatifs donnent un faux sentiment de sécurité qui pousse fortement les individus vers une activité sexuelle augmentée, en faisant augmenter en même temps l’incidence du HIV et du sida. Promouvoir le « safe sex » pour prévenir HIV et sida, c’est de la propagande mensongère. 

Ses partisans affirment aussi que la loi de Santé reproductive donne le pouvoir aux femmes grâce à la l’appropriation de leur propre corps. Cela est bien en accord avec l’esprit post-moderne qui déclare que les femmes ont le pouvoir sur leur propre corps en dehors de tout diktat d’une quelconque religion. Comme elle est mal avisée, cette prétendue « nouvelle vérité » ! Car en vérité, créés par Dieu, nos corps nous sont donnés afin que nous les gardions et que nous les nourrissions. Nous sommes les gardiens de nos propres corps et nous devons suivre la volonté de Dieu à ce propos, en accord avec la conscience bien formée et droite. Cette conscience doit certainement être éclairée et guidée par les enseignements religieux et moraux données par les diverses traditions religieuses et culturelles en ce qui concerne la dignité et la valeur fondamentales de la vie humaine.

Ses partisans assurent aussi que la loi de Santé reproductive est nécessaire pour mettre fin à la surpopulation et pour échapper à la pauvreté. Le bureau statistique de notre propre gouvernement est arrivé à la conclusion qu’il n’y a aucune surpopulation dans les Philippines, mais seulement une sur-concentration de la population dans nombre de centres urbains. Quoi qu’il en soit de constats contraires, il nous faut aussi considérer des constats d’un groupe significatif de chercheurs renommés, y compris des lauréats du Prix Nobel d’économie, qui n’ont pas trouvé de corrélation directe entre population et pauvreté. De fait, beaucoup d’universitaires philippins ont conclu que le niveau de population n’est pas la cause de notre pauvreté. Les causes de notre pauvreté sont : des politiques de développement défectueuses, des politiques économiques mal avisées, l’avidité, la corruption, les injustices sociales, le manque d’accès à l’éducation, des services sociaux et économiques de mauvaise qualité, des infrastructures de mauvaise qualité, etc. Des organisations mondiales estiment à plus de 400 milliards de pesos philippins s’engouffrent tous les ans dans la corruption. La conclusion s’impose d’elle-même : pour que notre pays échappe à la pauvreté, nous devons confronter les vraies causes de la pauvreté et non pas accuser la population.


Suite et fin : cliquez ici


© leblogdejeannesmits pour la traduction.

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