Les médecins catalans contre la pilule du lendemain

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Cela fait deux ans que la pilule du lendemain est gratuitement distribuée dans tous les centres de « santé sexuelle » de Catalogne. Et bien plus longtemps que le Collège des médecins de Barcelone ne brille pas précisément par ses prises de position pro-vie, lui qui est resté muet lorsqu’on a mis au jour le scandale des avortements très tardifs pratiqués dans des cliniques de sa ville. Mais c’est lui qui s’alarme, à l’heure où l’on n’attend plus que le feu vert du ministère de la santé pour mettre la pilule du lendemain en vente libre dans toutes les pharmacies, et qui qualifie sa distribution si facile de « faute » et d’« erreur ».

Comme partout on a fait accepter l’idée de la distribution sans contraintes de la pilule du lendemain pour le noble motif de la réduction des avortements.

Or on dispose depuis janvier de données précises qui contredisent de manière tragique ces promesses de modération abortive.

• En 2000, la pilule du lendemain n’est pas distribuée ; le ministère de la santé espagnol évalue le nombre d’avortements à 60.000 dans le pays. Sur 1.000 femmes de moins de 20 ans, 7,5 ont avorté cette année-là.

• En 2001, 160.000 pilules du lendemain sont distribuées. On dénombre 70.000 avortements officiellement répertoriés par le ministère de la santé. 8,26 femmes de moins de 20 ans pour mille ont avorté.

• En 2005, 506.000 pilules du lendemain sont distribuées ; on passe à 91 000 avortements, soit 50 % de plus par rapport à l’époque où la pilule du lendemain n’est pas distribuée ; 11,5 pour mille jeunes femmes de moins de 20 ans avortent, soit 12.883 jeunes femmes.

Ce sont ces chiffres qui ont fait réagir les médecins de Barcelone, comme le note l’excellent site de résistance populaire HazteOir : il s’agit de statistiques significatives, et alarmantes. D’autant qu’en Catalogne, les principales utilisatrices de la pilule du lendemain sont les jeunes de 18 à 22 ans, suivies des adolescentes de 13 à 17 ans.

Objectif raté, donc, mais le problème comporte d’autres facettes : c’est, pour le Collège des médecins, le signe de l’échec d’un moyen anti-conceptionnel qui ne devrait être distribuée que dans le cadre d’une consultation pour pouvoir éviter d’y avoir recours par la suite (or l’accès libre empêche tout suivi et toute identification personnelle de celles qui « récidivent »). Le Collège ajoute que dans certains cas la prise de cette pilule très fortement dosée en hormones est contre-indiquée et ne devrait pas être aussi facile d’accès.

Les médecins de Barcelone observent également qu’une utilisatrice sur deux de la pilule du lendemain gratuite n’y a eu recours qu’une fois ; 31 % l’ont avalée à deux reprises, 8 % y ont eu recours trois fois et parmi les quelque 10 % restantes, quelques-unes l’ont prise jusqu’à 8 ou 9 fois.

Rappelons que la distribution gratuite de la pilule du lendemain a été décidée par un gouvernement PP (Partido popular), « droite ».

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