Marche pour la Vie à Paris

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Des milliers de personnes, une marée de pancartes – « 30 ans, ça suffit », « des lois pour la vie » –, ambiance joyeuse, musique ici, là cantiques et prières… Mais ce qui frappait surtout, dimanche, à la grande manifestation contre les 30 ans d’avortement légalisé qui ont déjà fait plus de 7 millions de morts en France, c’était la moyenne d’âge. Incroyablement jeune. Assurément, deux marcheurs sur trois avaient moins de 30 ans, peut-être moins de 25. Et s’il fallait compter les dizaines et dizaines de poussettes, et les nuées de petits enfants ! Beaucoup de manifestants étaient venus en famille, donnant une réplique de joie et d’espérance à la grisaille d’une société qui dévore ses propres enfants. La relève est prête. Il y a encore des sujets mobilisateurs, et même de plus en plus, semble-t-il. Par rapport à l’an dernier, l’affluence avait certainement doublé. Le chiffre de 15 000 avancé par les organisateurs ne m’a pas paru devoir être trop revu à la baisse pour compenser l’habituel optimisme de tout responsable de manifestation…

Et c’est un signe d’espoir qui se double d’autres bonnes nouvelles. La grande nouveauté pour cette troisième marche organisée pour coïncider avec d’autres manifestations du même genre, aux Etats-Unis notamment, était le soutien explicite de quatre évêques : Mgr Bagnard de Belley-Ars, Mgr Cattenoz d’Avignon, Mgr Centène de Vannes, Mgr Rey de Toulon-Fréjus. Et le concours inédit des Associations familiales catholiques, qui ont voulu marquer ainsi l’importance de cette question en une année électorale.

De la place de la République à l’Opéra, on occupait vraiment le terrain : marchant en rangs serrés (étalés comme des cégétistes, ils y seraient encore !), les différents groupes se suivaient et se mélangeaient, même s’ils ne se ressemblaient pas forcément. Ce fut là un autre signe d’espoir : pas de « tricards » parmi les défenseurs de la vie – des jeunes agglutinés autour de la sono au groupe de SOS Tout-petits fermant pieusement la marche, des Belges criant « avorter, c’est tuer ! », et des chrétiens évangéliques pour la vie à d’autres jeunes de l’Institut Civitas rassemblés autour d’un mot d’ordre, « Si tu veux ma voix, défends la vie », personne n’était exclu. Chacun était là avec son identité propre, et il y en avait de nombreuses, et elles cohabitaient sans se phagocyter ni se craindre.

Est-ce pour cela que l’on put constater, à l’actif de cette manifestation pro-vie qui est très loin d’être la première, un succès numérique peut-être sans précédent ?

Des personnalités ? Il y en avait à la pelle, impossible de les voir toutes et que l’on m’excuse donc les inévitables lacunes de ce compte-rendu. Mais il faut signaler la présence, jamais contestée, d’élus et responsables du FN, la plupart ceints de leurs écharpes : Michel Bayvet, Régis de la Croix-Vaubois, Michel Hubault, Michel de Rostolan, Christian Baeckeroot, Thibaut de La Tocnaye.… Ce dernier, responsable du chapitre de l’accueil de la vie dans le programme du FN, devait expliquer que la principale mesure demandée, et même la plus coûteuse du programme, était celle d’un salaire maternel ou parental. Et puis des prêtres de toutes tendances : soutanes, clergy, habit de dominicain et même des tenues plus soixantedixardes se remarquaient au long du cortège. Les « tradis » de la Fraternité Saint-Pie X, de la Fraternité Saint-Pierre, de l’Institut du Bon Pasteur, de Chéméré (et le père Argouarc’h, que l’on aperçut quelques instants perché sur les hauts rebords du monument de la République) voisinaient avec des prêtres diocésains. Mgr Wach était là avec plusieurs prêtres de l’Institut du Christ-Roi qui faisait partie du comité de soutien officiel de la Marche.

Très remarquée, la présence inattendue de Philippe de Villiers, venu (dit-il) à titre personnel mais avec quelques-uns des cadres de son mouvement : il s’indigna de ce qu’un Hulot appelle à protéger « les mésanges, les passereaux, les dauphins, les requins, les baleines : on pourrait peut-être défendre les petits d’homme ! ». Qu’on arrête de « privilégier la mort » au lieu de « privilégier la vie », dit-il.

On n’oubliera pas non plus la bonne humeur et l’allant de Cécile Edel, animant la marche avec un dynamisme communicatif ; ni les marcheurs venus du Portugal (où l’on vote le 11 février sur l’avortement), de Pologne, de Belgique et d’ailleurs ; ni la dizaine d’associations qui ont rendu l’événement possible grâce à leur coopération autour d’un Patrick Bray (association Rivage) très efficace pour mobiliser les soutiens et les médias.

Et comme il s’agit de se serrer les coudes, les organisateurs ont signalé, alors que la place de l’Opéra, bondée, était encore envahie par ces gens de bonne volonté, le prochain rendez-vous : celui de la Life Parade, avancée en raison des élections au 17 mars pour que la voix de la vie, de la famille et du refus de l’« homoparentalité » puisse être une nouvelle fois entendue.

Cet article de Jeanne Smits a paru dans Présent du 23 janvier 2007.

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