Marine et Robespierre

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Marine Le Pen n’en finit pas de vouloir « dédiaboliser » le Front, dans l’intention – louable assurément – de mettre fin aux blocages, aux menaces, aux pressions médiatiques qui ont dissuadé tant de Français de voter pour lui.

Son discours du 1er mai a pour maîtres mots « liberté », « démocratie », « République », « souveraineté ». Ses références, outre Jeanne, sainte et en même temps héroïne de la patrie, sont du Guesclin, De Gaulle, Victor Schœlcher, Condorcet (le révolutionnaire maçon), Orwell et Péguy. Le spectre est large, en effet.

On pourrait gloser longtemps sur le sens de certaines de ces références et de ces préférences, dont la presse note qu’elles marquent une nette rupture avec ce que, pour aller vite, j’appellerai la doctrine du mouvement national. Sur un Condorcet invoqué à travers cette parole : « Il n’y a pas de liberté pour l’ignorant. » Nous savons bien qui, en 1789 et encore plus en 1793, étaient taxés d’obscurantisme, de tyrannie, de brigandage, de préjugés ; nous savons quelle était cette ignorance que les Lumières venaient dissiper. J’entends bien que Marine Le Pen a pu lire la phrase en un autre sens.

L’analyse devra se faire, mais non sans penser en même temps à la « grande pitié » de cette France que l’on vide d’elle-même et qu’il faudra bien commencer par restaurer. Mais qui en exportant les Lumières a, aussi, posé les vrais fondements du refus de l’identité nationale, de l’internationalisme validé par les « droits de l’homme sans Dieu », du mondialisme.

Marine Le Pen a osé une autre référence, plus discrètement, puisqu’elle a effacé de son discours le nom de Maximilien de Robespierre, qui figurait dans la version distribuée préalablement sous embargo à la presse. Mais elle a gardé la citation :

« Un grand révolutionnaire l’avait théorisé en son temps : “L’homme de génie qui révèle de grandes vérités à ses semblables est celui qui a devancé l’opinion de son siècle. La nouveauté hardie de ses conceptions effarouche toujours leurs faiblesses et leur ignorance. Toujours les préjugés se ligueront avec l’envie pour le peindre sous des traits odieux ou ridicules.” »

Robespierre ! Robespierre qui porte la responsabilité du premier génocide de l’histoire, le génocide-matriciel, la Révolution dont Soljenitsyne montrait naguère aux Lucs-sur-Boulogne que les « procédés cruels » avaient servi de modèle et de guide à tous les totalitarismes ultérieurs. Robespierre qui faisait partie de ce Comité de salut public lorsque celui-ci accorda l’emplacement du château de Meudon pour y créer une tannerie de peau humaine.

Marine a effacé le nom, elle a gardé le propos. Robespierre ! Pourquoi pas Lénine, Hitler, Mao ou Pol Pot ?

Pour la « dédiabolisation », ce n’est pas gagné…

Article paru dans Présent du 4 mai 2011.

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