Médecins objecteurs de conscience en Espagne

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Avec l’entrée en vigueur de la loi sur l’avortement en Espagne, qui autorise depuis le 5 juillet « l’interruption volontaire de grossesse » à la demande pendant un délai de 14 semaines de gestation, les registres régionaux des médecins objecteurs de conscience se créent ou s’étoffent. Le regain d’intérêt pour cet enregistrement résulte notamment du fait que les seuls gynécologues-obstétriciens ne sont plus les seuls intéressés, dans la mesure où les médecins de famille peuvent maintenant être appelés à agir dans le processus de la fourniture d’avortement à travers la première consultation de la femme. Mais l’inscription de ces derniers n’est pas toujours prévue.

On apprend aujourd’hui que dans la région de Castille-La Mancha la majorité des gynécologues des services de santé publique de la province se sont déjà inscrits comme objecteurs, fait rapporté avec satisfaction par le président du Conseil autonome des collèges de médecins, Ramon Garrido, qui appelait en même temps tous les autres médecins à exprimer ainsi leur refus de l’avortement.

Mais l’existence même de ces registres qui peuvent être utilisées comme des « listes noires » contre les médecins objecteurs pose des problèmes et les médecins réclament qu’ils ne soient accessibles que par les les personnes directement impliquées dans la fourniture d’avortements.

Il me semble que cela souligne le paradoxe de ces mesures qui placent les médecins devant un dilemme : ou bien, ne pas se signaler comme objecteurs et courir le risque de se voir réquisitionnés pour une intervention qu’ils tiennent pour meurtrière, ou bien participer – fût-ce malgré eux – à l’organisation de la bonne marche de la fourniture de ce « service public » de l’avortement en facilitant le parcours de la femme qui cherche un praticien ou un service complaisant. Tout en courant le risque d’une certaine persécution parce qu’ils se seront signalés comme hostiles à l’avortement…

Ce sont en tous les cas des questions de « droits » qui s’opposent et non de justice : on ne se demande plus si l’avortement tue et si cela est acceptable, mais comment faire respecter le « droit » subjectif du médecin de ne pas avorter et le « droit » (affirmé avec beaucoup plus de force par la loi) de la femme de faire mettre un terme à sa grossesse.

Dans la Junte d’Andalousie, l’accueil officiel fait au registre des médecins objecteurs de conscience mérite aussi d’être rapporté : « nul et non avenu », a prévenu le Conseil à la Santé en annonçant au Conseil andalou des collèges de médecins que dans le cadre de l’assistance sanitaire de la région où ils travaillent les avortements ne se réaliseront pas dans des centres publics, mais seront renvoyés vers des centres ad hoc. En d’autres termes, les médecins de la région n’ont pas besoin de se faire enregistrer dans la mesure où ils ne risquent pas d’être impliqués dans des avortements. On les accuse même de s’inscrire avant tout pour faire connaître leur positionnement idéologique contre la « Loi de Santé sexuelle et reproductive ».

© leblogdejeannesmits

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