Mgr Chaput, les racines chrétiennes de l’Occident et l’avortement

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Ce texte majeur a été repris sur d’autres blogs mais sa matière me conduit à faire un « doublon » en reproduisant ici quelques-uns de ses passages à répéter et à retenir. Il s’agit d’une importante conférence donnée par Mgr Charles Chaput, archevêque de Denver, et aussitôt reproduite et traduite en plusieurs langues par le site chiesa.espressonline et le blog de Sandro Magister (commentaires du vaticaniste et texte complet de la conférence en français ici).

Actuellement l’Occident s’achemine constamment vers ce nouvel “humanisme inhumain”. Et si l’Église doit réagir avec toute sa foi, nous avons besoin de mettre en pratique les leçons que vos Églises ont apprises sous les régimes totalitaires. Un catholicisme de résistance doit être fondé sur la confiance en ces paroles du Christ : “La vérité vous rendra libres” (Jean 8, 32).

Vivre dans la vérité, cela signifie vivre en accord avec Jésus-Christ et avec la Parole de Dieu dans la Sainte Écriture. Cela signifie proclamer la vérité de l’Évangile chrétien, non seulement par nos paroles mais par notre exemple. Cela signifie vivre, chaque jour et à chaque moment, de l’inébranlable conviction que Dieu est vivant et que son amour est la force motrice de l’histoire humaine et le moteur de toute vie humaine authentique. Cela signifie croire que les vérités contenues dans le Credo méritent que l’on souffre et que l’on meure pour elles.

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Deux des plus gros mensonges dans le monde actuel sont, en premier lieu, que le christianisme a été d’une importance relativement mineure dans le développement de l’Occident et, en second lieu, que les valeurs et les institutions occidentales peuvent perdurer sans être enracinées dans les principes moraux chrétiens. […]

On minimise parfois le passé chrétien de l’Occident avec les meilleures intentions du monde, parce que l’on désire favoriser une coexistence pacifique au sein d’une société pluraliste. Mais on le fait plus souvent pour marginaliser les chrétiens et pour neutraliser le témoignage public de l’Église.

L’Église doit révéler et combattre ce mensonge. Être Européen ou Américain c’est être l’héritier d’une profonde synthèse chrétienne de l’art et de la philosophie grecs, du droit romain et de la vérité biblique. Cette synthèse a donné naissance à l’humanisme chrétien qui soutient toute la société occidentale.

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Nos sociétés, en Occident, sont chrétiennes de naissance et leur survie dépend de la pérennité des valeurs chrétiennes. Nos principes fondamentaux et nos institutions politiques sont fondés, dans une large mesure, sur la morale de l’Évangile et sur la conception chrétienne de l’homme et du gouvernement. Nous parlons ici non seulement de la théologie chrétienne ou des idées religieuses, mais des bases de nos sociétés : le gouvernement représentatif et la séparation des pouvoirs ; la liberté de religion et de conscience ; et ce qui est le plus important, la dignité de l’être humain.

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L’indifférence envers notre passé chrétien contribue à l’indifférence envers la défense de nos valeurs et de nos institutions à l’heure actuelle. Ce qui me conduit au second gros mensonge avec lequel nous vivons aujourd’hui : celui selon lequel il n’existe pas de vérité immuable.

Le relativisme est aujourd’hui la religion civile et la philosophie publique de l’Occident. Là encore, les arguments en faveur de ce point de vue peuvent sembler convaincants. Étant donné le pluralisme du monde moderne, il peut paraître raisonnable que la société veuille affirmer qu’aucun individu, aucun groupe, n’a le monopole de la vérité ; que ce qu’une personne considère comme bon et désirable peut ne pas l’être pour quelqu’un d’autre ; et que toutes les cultures et toutes les religions doivent être respectées comme étant d’une valeur égale.

Dans la pratique, toutefois, nous constatons que, s’il n’y a pas une croyance en des principes moraux et des vérités transcendantes qui soient permanents, nos institutions et notre langage politiques deviennent des instruments au service d’une nouvelle barbarie. Au nom de la tolérance nous en arrivons à tolérer la plus cruelle des intolérances ; le respect des autres cultures en arrive à nous imposer le mépris pour la nôtre ; l’enseignement du “vivre et laisser vivre” justifie que les forts vivent au détriment des faibles.

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Ce diagnostic nous aide à comprendre l’une des injustices fondamentales de l’Occident aujourd’hui : le crime de l’avortement.

Je sais que le droit à l’avortement est inscrit dans les lois actuelles de la quasi-totalité des pays occidentaux. Dans certains cas, ce droit reflète la volonté de la majorité et il est mis en œuvre par des moyens légaux et démocratiques. Et je suis conscient que beaucoup de gens, y compris au sein de l’Église, s’étonnent que nous, catholiques américains, continuions à placer le caractère sacré de la vie prénatale tellement au centre de notre témoignage public.

Permettez-moi de vous dire pourquoi je crois que l’avortement est le problème fondamental de notre temps.

Tout d’abord, parce que l’avortement pose aussi la question de la vie dans la vérité. Le droit à la vie est la base de tout autre droit de l’homme. Si ce droit n’est pas  inviolable, aucun autre droit ne peut être garanti.

Ou, pour parler plus brutalement : un homicide est un homicide, si petite que soit la victime.

Et voici une autre vérité que beaucoup de gens au sein de l’Église n’ont pas encore pleinement assimilée : la défense du nouveau-né et de la vie prénatale est un élément central de l’identité catholique depuis l’âge apostolique. […]

On peut en trouver la preuve dans les plus anciens documents de l’histoire de l’Église. De nos jours – alors que le caractère sacré de la vie est menacé non seulement par l’avortement, par l’infanticide et par l’euthanasie, mais aussi par la recherche sur les embryons et par la tentation eugéniste d’éliminer les faibles, les handicapés et les vieillards infirmes – cet aspect de l’identité catholique devient encore plus essentiel pour notre nature de disciples.

Ce que je veux dire quand je parle de l’avortement, c’est ceci : son acceptation si largement répandue dans les pays occidentaux nous montre que, si nos institutions démocratiques ne sont pas fondées sur Dieu ou sur une vérité très haute, elles peuvent très facilement devenir des armes contre notre propre dignité d’hommes.

Les valeurs auxquelles nous tenons le plus ne peuvent pas être défendues uniquement par la raison ou simplement pour elles-mêmes. Elles n’ont pas d’auto-affirmation ni de justification “interne”.

Il n’existe pas de raison intrinsèquement logique ou utilitaire en vertu de laquelle la société devrait respecter les droits de l’homme. Il y a encore moins de raison de reconnaître les droits de ceux dont la vie impose une charge à autrui, comme les enfants dans le sein de leur mère, les malades en phase terminale, ou les handicapés physiques ou mentaux. 

Si les droits de l’homme ne viennent pas de Dieu, alors ils dépendent de conventions arbitraires entre les êtres humains. L’État existe pour défendre les droits de l’homme et pour favoriser l’épanouissement de l’homme. L’État ne peut jamais être la source de ces droits. Quand l’État s’arroge ce pouvoir, même une démocratie peut devenir totalitaire.

Qu’est-ce c’est que l’avortement légalisé, sinon une forme de violence intime qui se drape dans la démocratie ? La force de la loi est donnée à la volonté de puissance du fort pour tuer le faible.

Il y a dans ce texte, qu’une fois de plus je vous invite à découvrir dans son intégralité chez Sandro Magister dans sa traduction par Charles de Pechpeyrou, un certain nombre de choses dont on pourrait débattre et qui mériteraient d’être précisées : ce qui est dit sur la liberté de conscience et de pensée, par exemple. Mais je retiendrai surtout le rejet fondamental du laïcisme qui prétend construire un droit juste précisément sur la liberté – absolutisée – de pensée et de conscience, ce qui revient à construire sur rien.
Mgr Chaput souligne combien il est illusoire de défendre les « droits de l’homme » s’ils ne viennent pas de Dieu. On revient toujours à la pieuse hypothèse de Grotius qui voulut montrer que même si Dieu n’existait pas, il y aurait un bien et un mal et un fondement de la loi : Et si daretur Deus non esse. L’hypothèse allait s’installer, la mayonnaise prendre : aujourd’hui, tout notre édifice juridique français est fondé sur l’absence d’une transcendance qui donne à l’homme sa mesure et sa loi, et c’est dans cette logique que Chirac a pu dire ce qui est en effet le droit français aujourd’hui : « Non à une loi morale qui primerait la loi civile ».
Mgr Chaput a le courage de dire qu’on ne peut véritablement défendre le bien sans s’appuyer sur la source de tout Bien, qui est Dieu.
Raison pour laquelle il me paraît absurde de vouloir défendre la culture de vie en faisant publiquement abstraction de Dieu, de sa Loi et de la foi en Lui – ce qui n’exclut évidemment pas sur le plan concret d’avoir recours à des arguments sociologiques, sentimentaux, scientifiques. Mais de grâce, sans cacher la foi qui nous anime !

1 comment

  1. je suis arrivé sur votre blog en faisant une recherche sur Mgr Chaput, personnage que dénonçait dans un mail un ami prêtre :”Mgr Chaput archevêque de Denver qui invitait tous les jeunes cathos fervents de Steubenville à partir en guerre contre l'Irak, à suivre Bush pour aller de nouveau ensevelir le peuple irakien sous des nuées de bombe, continue, lui à dormir la conscience tranquille.”
    Je reconnais ne pas avoir encore vérifier ces informations mais si elles s'avéraient exactes, quelle incohérence….

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