Mississippi : une belle victoire pro-vie… et un paradoxe

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Le électeurs du Mississippi vont pouvoir décider à quel moment commence la vie humaine à la suite d’une initiative de référendum populaire que vient d’approuver la Cour suprême de cet Etat américain. L’amendement 28, qui viendra donc devant les électeurs le 8 novembre, vise à affirmer la « personnalité » de l’embryon dans la constitution de l’Etat, autrement dit son identité en tant qu’être humain et les droits y afférant.

Cette affirmation aboutirait logiquement à l’interdiction de toute forme d’avortement.

Les groupes pro-avortement sont furieux (ce qui donne la mesure du succès escompté pour cette mesure pro-vie) et hurlent à la « manipulation » ; d’ailleurs c’est un recours de ACLU (l’union américaine pour les libertés civiles) qui avait tenté devant la Cour suprême de faire invalider l’initiative. Cela lui a été refusé par 7 voix contre 2, au motif qu’elle n’avait pas les arguments légaux suffisants pour restreindre le droit des citoyens d’amener leur constitution.

En clair, les juges se sont refusés à évaluer a priori la validité de fond d’une initiative à ce stade, au nom de la séparation des pouvoirs, et ils ont précisé que l’examen de constitutionnalité ne peut être exercé par eux qu’après l’éventuelle adoption de l’amendement.

Si c’était le cas les groupes pro-vie qui ont soutenu l’initiative n’en seraient pas contrariés puisque justement, cela pourrait aboutir au bout du compte à un examen de constitutionnalité par la Cour suprême des Etats-Unis – une chance de renverser Roe v. Wade qui légalisa l’avortement.

Le côté paradoxal de cette affaire est le fait de vouloir faire affirmer l’humanité (ou non) d’un enfant à naître par un vote majoritaire, ce qui est à peu près aussi absurde que le projet avorté (pardon !) de redéfinir la valeur de pi par les législateurs de l’Etat de l’Indiana en 1897.

La question est bien de savoir ce qui peut être décidé à la majorité, car portant sur une décision à prendre en commun sur un choix d’action possible, et ce qui ne peut l’être car constituant un donné de la réalité qui nous entoure.

En un sens, un référendum sur l’humanité de l’embryon entretient cette confusion relativiste.

En même temps il faut bien reconnaître que c’est déjà une décision relativiste qui a abouti à la légalité de l’avortement, et qu’il importe d’en sortir, fût-ce par le « consensus » autour d’une notion vraie !

© leblogdejeannesmits.

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