Nicaragua : pressions et menaces internationales

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La décision du président Enrique Bolaños se révèle encore plus courageuse qu’il n’y paraît si l’on considère les pressions qui se sont multipliées pour l’inciter à ne pas promulguer la loi interdisant toute forme d’avortement au Nicaragua. Il y eut pendant la dernière ligne droite un message officiel de l’Association américaine de la santé publique, l’une des plus importantes et des plus anciennes de son genre, qui lui demandait de renoncer à signer sous peine de contrevenir à la convention des Nations unies sur les droits des femmes (CEDAW), à laquelle adhère le Nicaragua et aux termes de laquelle, selon la signataire du message, l’avortement thérapeutique est un droit de la femme.

A Berlin, vendredi, ce fut la social-démocrate Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre allemande de la Coopération internationale – maintenue à son poste à l’avènement d’Angela Merkel – qui appela solennellement le président Bolaños à ne pas contresigner la loi, au motif qu’elle ne serait pas conforme aux obligations internationales du pays en matière de droits de l’homme.

« Elle va à l’encontre des droits humains des femmes du Nicaragua parce que l’avortement est pénalisé dans tous les cas, même si la vie de la femme est en danger ou si la grossesse est consécutive à un viol », précise la lettre.

Il serait intéressant de savoir s’il y a vraiment beaucoup de cas (à supposer qu’il y en ait) où un avortement est absolument la seule solution pour sauver la vie d’une mère – en tout cas dans les pays disposant de services de santé convenables.

C’est pourtant l’épouvantail qui est agité pour obtenir la condamnation universelle du Nicaragua. Et à n’importe quel prix.

Mme Wieczorek-Zeul a ainsi précisé que la communauté internationale avait clairement fait savoir au Nicaragua qu’il allait falloir remodifier la loi, dans la mesure où son application « entraînerait des conséquences » pour le Nicaragua.

Lesquelles ? Eh bien, son ministère a fait savoir à cette occasion qu’il a versé cette année 12,5 millions d’euros au Nicaragua , tout comme en 2005 : cet argent sert à des programmes de création de structures de l’Etat, d’approvisionnement d’eau, de drainage et de dévloppement durable. Le sous-entendu n’est pas difficile à comprendre : continuez comme cela et l’on vous coupe les vivres. Littéralement.

Source : ici.

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