Prix Nobel pour la recherche sur les embryons

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C’est un pas, encore un, mais hautement symbolique, qui vient d’être accompli lundi avec l’attribution du prix Nobel de médecine à trois chercheurs qui, lors de travaux séparés mais convergents, ont découvert une technique de création de souris transgéniques. Ils ont travaillé sur l’implantation ciblée de cellules souches embryonnaires sur des embryons destinés au développement. En soi leur recherche ne constitue pas une transgression, puisqu’ils se sont contentés de travailler sur des souris et non des hommes. Encore que la manipulation du vivant puisse poser des questions morales et scientifiques : que réservera à terme l’atteinte au message de la vie lui-même, fût-ce la vie des plantes ou des animaux ?

Mais en admettant que les recherches des Américains Mario Capecchi (université de l’Etat d’Utah, à Salt Lake City) et Olivier Smithies (université de Caroline du Nord), et du Britannique Sir Martin Evans (université de Cardiff) soient matériellement irréprochables, la brèche qu’elles ont ouverte et les techniques en vue desquelles elles ont été menées obligent à les considérer de façon très critique.

Il faut même affirmer avec force que ce prix Nobel, avec toute sa valeur « normative », son caractère incitatif, son prestige, justifie et encourage toutes les transgressions du devoir de respect de la vie humaine en récompensant pour la première fois des travaux sur les cellules souches embryonnaires, où l’industrie de la bio-médecine veut voir la réponse à d’innombrables maladies humaines.

Mario Capecchi est lui-même engagé dans cette logique puisqu’il s’oppose bruyamment à la politique de George Bush qui a mis un frein à la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. Interrogé sur la distinction qui lui est attribuée, il a répondu : « Je crois que l’utilisation thérapeutique des cellules souches [embryonnaires] a un potentiel énorme. C’est un crime de ne pas s’y engager activement. »

Les plus de 4 000 souris transgéniques obtenues au cours de leurs différents travaux par Capecchi, Smithies et Evans avaient été programmées pour porter des maladies comme l’athérosclérose, des cancers, l’hypertension artérielle ou la mucoviscidose, en vue d’en mieux comprendre les caractéristiques génétiques. Leur apport précis, obtenu dans le courant des années 1980, est constitué par le développement d’une technique permettant d’injecter le nouveau gène, obtenu sur une lignée de cellules souches embryonnaires obtenues sur un embryon de souris détruit, au bon emplacement chromosomique dans un embryon de souris vivant. On les appelle les « gènes knock-out » parce qu’ils sont capables de neutraliser le gène qu’ils remplacent.

Cette découverte est en réalité fondamentale pour toutes les recherches, toutes les manipulations et toutes les thérapies géniques que l’on promet à partire de l’exploitation de cellules souches embryonnaires ; sans elle la biomédecine n’avancerait pas.

Bien que les recherches aujourd’hui récompensées par un prix Nobel n’aient en elles-mêmes jamais été utilisées à une quelconque application thérapeutique, fût-ce sur des souris, la presse en général les présente comme décisives pour les futures (et hypothétiques) thérapies qui permettraient de neutraliser et de réparer génétiquement des cellules malades. Et comme d’habitude, on évoque des traitements possibles pour la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires.

Pour l’heure, la thérapie génique utilisant des cellules souches embryonnaires, liée à un très important risque de rejet immunitaire ou d’évolution cancéreuse des cellules utilisée, n’existe pas. En revanche, le recours aux cellules souches adultes, qui ne pose aucun problème moral, est déjà possible pour des dizaines de pathologies : mais ces travaux ne bénéficient ni de la publicité ni des investissements financiers réservés à la recherche destructrice sur les tout-petits d’homme.

Et ce n’est pas un hasard.

Source : “Présent” du 10 octobre 2007

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