2013-67. Du 375e anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur.

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Jeudi 5 septembre 2013,
375ème anniversaire de la naissance de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV.

2013-67. Du 375e anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d'obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur. dans Memento louis-xiv-enfant

Louis-Dieudonné, Dauphin de France, futur Louis XIV
(anonyme, vers 1640)

Le 5 septembre 1638, à Saint-Germain en Laye, naquit Louis-Dieudonné, Dauphin de France – fils de Leurs Majestés Très Chrétiennes le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche – , futur Louis XIV le Grand.
Tous nos amis savent en quelle vénération nous tenons celui qui, pour toujours, demeure le Roi Soleil. Aussi, en notre Mesnil-Marie, ce trois-cent-soixante-quinzième anniversaire nous est une occasion toute particulière d’allégresse et d’action de grâces.

En septembre 1638, ce fut une explosion de joie par tout le Royaume lorsque cette naissance tant espérée advint enfin.
En témoigne cette « Chanson à danser sur la naissance de Louis-Dieudonné » dont vous pouvez ici entendre un enregistrement (réalisé en 1955 par un ensemble vocal de professeurs de musique de l’université) :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Voici l’intégralité des paroles de ce chant populaire qui décrit en particulier les réjouissances auxquelles se livrèrent les Parisiens en liesse :

1
Nous avons un Dauphin,
Le bonheur de la France !
Rions, buvons sans fin
A l’heureuse naissance :
Car Dieu nous l’a donné
Par, par, par l’entremise
Des prélats de tout l’Église.
On lui verra la barbe grise !


Lorsque ce Dieudonné 
Aura pris sa croissance, 
Il sera couronné 
Le plus grand Roy de France. 
L’Espagne, l’Empereur et l’Italie 
Le Crovate et l’Roy d’Hongrie 
En mourront tous de peur et d’envie.


La ville de Paris 
Se montra non pareille 
En festins et en ris ;
Le monde y fit merveille. 
Chacun de s’enyvrer faisoit grande gloire 
A sa santé, à sa mémoire 
Aussi bien maître Jean que Grégoire.


Au milieu du ruisseau 
Estoit la nappe mise :
Et qui buvoit de l’eau 
Estoit mis en chemise !
Ce n’estoit rien que jeux, 
Feux et lanternes ;
On couchoit dedans les tavernes ;
Et si j’n’ dis vray que l’on me berne.


Ce qui fut bien plaisant 
Fut Monsieur la Raillière :
Ce brave partisan
Fit faire une barrière 
De douze ou quinze muids 
Où tout le monde 
S’alloit abreuver à la ronde 
Et s’amusoit à tirer la bonde.

6
Monsieur de Benjamin,
Des escuyers la Source,
Fit planter un dauphin
Au milieu de sa course
Ou six vingts caveliers,
Avec la lance,
Lui faisoient tous la révérence
Et puis alloient brider la potence.


Au milieu du Pont Neuf 
Près du cheval de bronze, 
Depuis huit jusqu’à neuf, 
Depuis dix jusqu’à onze, 
On fit un si grand feu 
Qu’on eut grande peine 
A sauver la Samaritaine 
Et d’empêcher de brûler la Seyne !

8
Le feu fut merveilleux
Dans la place de Grève,
Et quasi jusqu’au cieux
La machine s’élève ;
Minerve y paroît de belle taille,
Vestue d’une cotte de maille
Qui mestoit tout son monde en bataille.


Enfin tout notre espoir 
Estoit que notre Reine 
Quelque jour nous fit voir 
Sa couche souveraine ;
Nous donnant un Dauphin par bon présage 
Il est beau, il est bon et sage 
Il fera des merveilles en son âge !

gabriel-blanchard-allegorie-de-la-naissance-de-louis-dieudonne dans Vexilla Regis

Allégorie de la naissance du Dauphin Louis-Dieudonné
(tableau de Gabriel Blanchard) 

Mais je veux surtout profiter de cet anniversaire pour répondre à une remarque qui m’est très souvent objectée – la plupart du temps par de fervents catholiques – au sujet du Grand Roi : « N’a-t-il donc pas refusé d’exécuter les demandes du Sacré-Coeur qui lui avaient été transmises par Sainte Marguerite-Marie ? »

Je ne vais pas développer ici la teneur de ces demandes du Sacré-Coeur, ni évoquer les éventuelles difficultés que peut soulever ce message ; je veux uniquement m’occuper de savoir s’il est vrai que Sa Majesté le Roi Louis XIV y aurait opposé un refus.

sacre-coeur

Dans la lettre numéro 100 – lettre qui ne porte pas de date mais qui fut écrite après le 17 juin 1689 – , après lui avoir décrit les grâces que la dévotion au sacré-Coeur de Jésus fera pleuvoir sur l’Ordre de la Visitation, Sainte Marguerite-Marie confie ceci à la Révérende Mère de Saumaise, supérieure du monastère de Dijon : « Et voici les paroles que j’entendis au sujet de notre Roi : Fais savoir au Fils aîné de Mon Sacré-Coeur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle… », suivent alors les fameuses demandes à l’intention du Souverain (in « Vie et oeuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque » – 3ème édition, par Monseigneur Gauthey, tome deuxième, p. 436).

La question qui se pose d’emblée est celle-ci : comment une religieuse assujettie à la clôture très stricte d’un humble monastère dans une toute petite cité bourguignonne, religieuse qui n’a pas de parenté dans la très haute noblesse, qui ne cultive pas de relations à la Cour, et qui n’entretient pas de correspondance avec quelque prélat en vue, pourra-t-elle transmettre son message céleste à celui que Notre-Seigneur Lui-même n’appelle pas seulement le « Fils aîné de la Sainte Eglise » mais le « Fils aîné de Son Sacré-Coeur » ?
Sainte Marguerite-Marie, que l’étude de l’ensemble des lettres à la Révérende Mère de Saumaise montre pressée de voir aboutir cette mission, a sans nul doute instamment prié et demandé à Notre-Seigneur comment il conviendrait de faire pour toucher le Roi Soleil. 

Dans la lettre 107 – daté du 28 août 1689 et toujours adressée à la Révérende Mère de Saumaise – ,  on peut voir que la Sainte a reçut une réponse à ses interrogations et elle en fait part à sa correspondante : « (…) Dieu a choisi le Révérend Père de La Chaise pour l’exécution de ce dessein (…) » (ibid. p. 455).

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Le Rd. Père François d’Aix de La Chaise (1624-1709)
confesseur de Sa Majesté le Roi Louis XIV pendant trente quatre ans.

On comprend très bien que le confesseur de Sa Majesté  est un personnage clef pour emporter l’adhésion du Roi sur un sujet qui touche à la religion : la lettre 107, qui est assez longue, développe que « ce sera donc à lui de faire réussir la chose » (ibid.) et que pour atteindre le Père de La Chaise, la Révérende Mère de Saumaise n’a qu’a faire passer cette solennelle lettre 107 (je la qualifie de « solennelle » parce que l’on voit bien que Sainte Marguerite-Marie l’a rédigée non plus pour la seule Mère de Saumaise mais pour que celle-ci puisse la communiquer : le ton et le style y sont soignées, graves et presque emphatiques) à la Supérieure du monastère de la Visitation de Chaillot : en effet, ce monastère reçoit régulièrement le Père de La Chaise comme confesseur des moniales.

On ne peut guère imaginer que la Révérende Mère de Saumaise, entièrement gagnée à la cause, se soit abstenue d’obtempérer aux indications « tactiques » suggérées par les inspirations de Sainte Marguerite-Marie, mais à partir de cette fin d’août 1689, nous n’avons plus de documents qui nous permettraient d’affirmer quoi que ce soit.

La copie de cette lettre 107 de Sainte Marguerite-Marie est-elle parvenue à la Supérieure de Chaillot et, dans l’affirmative, cette Supérieure l’a-t-elle bien remise au Père de La Chaise ? 
S’il a bien eu en mains les demandes du Sacré-Coeur à l’adresse de son royal pénitent, le Père de La Chaise a-t-il été convaincu de leur authenticité surnaturelle ?
S’il a été au courant du message et convaincu de son authenticité, le Père de La Chaise l’a-t-il bien retransmis à Sa Majesté ? 
Toutes ces questions n’ont pas de réponse.
Nous n’avons aucun document, aucun témoignage, aucune preuve historique, ni même aucune ombre de preuve : Rien, strictement rien ne nous permet d’affirmer que le Grand Roi a été mis au courant de ce message ; de même que rien, strictement rien ne peut nous permettre d’affirmer qu’il ne l’a pas été.

En l’absence de toute preuve, de tout document, de tout indice, il est donc absolument impossible – et véritablement injuste – d’affirmer de manière catégorique que Sa Majesté le Roi Louis XIV aurait refusé d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur !

En outre, il faut bien se garder de pécher par anachronisme : aux catholiques fervents du XXIe siècle il est bien facile d’avoir confiance dans les révélations de Sainte Marguerite-Marie, puisque cette dernière a été béatifiée par Pie IX, canonisée par Benoît XV, et que le culte du Sacré-Coeur – tel qu’il a été demandé par Notre-Seigneur par l’intermédiaire de la sainte Visitandine – a été pleinement authentifiée par l’Eglise.
Mais en 1689, ni le Père de La Chaise ni Sa Majesté le Roi Louis XIV n’avaient ces garanties. En admettant que l’un et l’autre aient connu la lettre 107 de la Soeur Marguerite-Marie Alacoque – car redisons-le nous sommes là dans le royaume des « si » – , qu’est-ce qui leur permettait d’être certains de la vérité des voies mystiques de la moniale et de l’authenticité surnaturelle de ces demandes ?

Gardons nous donc soigneusement de tout jugement téméraire en cette affaire ; acceptons humblement de ne pas connaître ce qu’il est réellement advenu, à ce moment-là, des demandes du Christ-Roi adressées au « Fils aîné de Son Sacré-Coeur », après que la Révérende Mère de Saumaise ait reçu de Sainte Marguerite-Marie la mission de transmettre sa lettre au monastère de Chaillot…

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’un siècle plus tard, le message avait fini par être connu de la famille royale, et que l’infortuné Louis XVI, en position plus que critique, tentera alors de répondre aux demandes du Coeur de Jésus (voir le texte de son voeu ici > www), mais, pour reprendre les termes mêmes de Notre-Seigneur dans une communication à Soeur Lucie, il était alors « bien tard » (*)

Lully. 

frise-lys

(*) Soeur Lucie, dans une lettre à son évêque datée du 29 août 1931 (dite lettre de Rianjo), transcrit ces paroles de Notre-Seigneur : « Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera bien tard… »

Le blogue du Maître-Chat Lully

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