Quel gâchis !
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Après la Semaine Sainte, la succession des événements prévus ou imprévus qui agitent le monde et notre pays a englouti dans son vortex insatiable une nouvelle « affaire » épiscopale venant plomber l’Église de France, qui n’avait pas besoin de ça. Après les « affaires » Gaillot, Doré, Sankalé, Le Vert, Di Falco, Barbarin, voici l’« affaire Gaschignard ». On se réjouirait presque que la rumeur du monde jette le voile de Noé sur ce nouveau scandale. Laissons l’homme et ceux qu’il a pu scandaliser à la miséricorde de Dieu et à l’attention de ceux qui seront chargés de « gérer » tout ça. À ces derniers va aussi notre prière, pour la rude tâche qui les attend. Ne jouons pas les oiseaux de mauvais augure, mais d’autres cadavres trainent dans les placards…

Il y a les faits, tristes et honteux, hélas toujours possibles dans l’Église sainte des pécheurs, y compris chez les successeurs des Apôtres, nous pouvons offrir, notre pénitence et nos prières. Mais le lamento ne suffit plus. Nous le redisons ici régulièrement [https://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/la-grisaille-episcopale-est-tout-sauf-grisante-pour-des-jeunes-pretres], malgré le mépris des commentateurs et leur déni régulier, un sursaut est nécessaire, et il commence par une analyse réaliste de la situation.

L’Église de France souffre d’une grave crise générale, qui se traduit en particulier par une crise de ses élites. Si elle la partage avec l’ensemble de la société, sa nature propre et son patrimoine spirituel et intellectuel auraient dû lui permettre une plus grande lucidité. Il n’en est rien. Quelques pistes de réflexion.

Ces élites, comment sont-elles préparées, sélectionnées ? Le processus est obscur et les résultats incertains, c’est le moins qu’on puisse dire. Depuis le XIXe siècle, disent les historiens les mieux informés, une « honnête médiocrité », favorisée par l’endogamie et le modérantisme, règne sans discontinuer. Le « principe de Peters » s’applique, comme ailleurs, mais il rend les responsables de moins en moins capables d’affronter les temps difficiles et les changements. Le mot d’ordre est celui de la maison de retraite : surtout, pas de vagues, pas de bruit, pas de disputes. Alignement à tous les étages. Tenez-vous à l’écart de toute initiative pastorale hardie. Elle risque de déplaire à ceux qui ne font rien. Interdisez-vous toute interrogation sur la « pastorale d’ensemble » ou les choix épiscopaux, vous mettriez en péril l’institution. Ne marquez jamais avec netteté votre fidélité à l’enseignement de l’Évangile et de l’Église, vous risqueriez de désespérer ceux qui se sont alignés sur la doxa ambiante. Si vous êtes évêque, ne soyez pas trop proche de vos prêtres, vous risqueriez de ne pas être assez disponibles pour les voyages, commissions et réunions qui vous attendent.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis en garde, depuis des années, comme les pères Serge Bonnet, Maurice Lelong, Louis Bouyer et tant d’autres moins connus, en particulier sur la prudence nécessaire dans la formation cléricale, malgré la crise des vocations. Sur la nécessité de l’enracinement des prêtres dans la prière, la lectio divina et le mûrissement intérieur, avant d’en faire des gestionnaires de la techno-structure pastorale, même au prétexte de “la mission”. L’Église latine a fait le choix du « monachisme » pour son clergé. Le choix est définitif, que cela plaise ou non. C’est sa gloire et son honneur. Plutôt que d’essayer, par la bande, de manière sournoise, de contourner la difficulté, elle ferait mieux de l’assumer, courageusement et concrètement, dans la formation et le discernement de ceux qu’elle appelle au sacerdoce et, éventuellement, à la plénitude de celui-ci (épiscopat). Elle devrait s’en donner les moyens. L’œuvre du Concile de Trente, si féconde, doit être reprise pour le IIIe millénaire. Eh bien, force est de constater, en France en tout cas, que ceux qui ont essayé simplement de le dire et de le faire, même modestement, ont été, soit méprisés, soit écartés de toute responsabilité dans la formation, et leurs initiatives peu à peu enterrées… sauf exceptions notoires, mais toujours marginales.

Il est nécessaire aussi de s’interroger sur le travail des nonces. À nouveau, nous prenons le risque de lasser, mais ce qui vient de se passer est un véritable « scandale ». Comment une personne qui aurait fait l’objet d’un « signalement au procureur » peut-elle se retrouver sur un autre siège épiscopal ? Les bras vous en tombent… Sans faire le prophète, il est certain qu’il n’y aura aucune sanction. Chacun continuera à s’autocongratuler : tout va pour le mieux dans la meilleure des Églises possible!

Même vu de loin, tout ceci ressemble à un monumental gâchis !

Gaston Champenier

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