Mgr Ricard dénonce l'hiver démographique

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Le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et vice-président du CCEE, qui représentait la Conférence des Evêques de France, écrit :

J’ai participé à Zagreb, la semaine dernière, à une rencontre d’évêques européens où nous avons réfléchi sur l’avenir démographique de l’Europe et la situation des familles. Cet avenir est préoccupant. Certains ont pu d’ailleurs parler à ce sujet d’ « hiver démographique ». En effet, le taux de natalité dans l’ensemble de l’Europe est de 1, 5 enfant par femme. Et encore dans ce chiffre est compris l’apport des femmes immigrées présentes dans nos pays. Avec un tel chiffre, le renouvellement normal des générations n’est plus assuré. Dans les années qui viennent nous allons assister à une baisse numérique de la population et à un vieillissement de nos sociétés européennes. L’allongement de la durée de la vie renforce ce phénomène et la prise en charge des seniors va reposer sur une base d’actifs de plus en plus réduite. Nous en pressentons les conséquences sur la question des retraites et de leur avenir.

Cette évolution démographique pose trois séries de problèmes auxquels il faudra nous confronter de façon impérative dans un futur proche. Tout d’abord, le problème social massif de l’avortement : 3 millions d’avortements, chaque année, sur 8 millions de naissance pour toute l’Europe, ce qui n’est pas rien. Deuxième problème : le soutien social, financier et éducatif apporté aux familles, aux femmes qui travaillent mais qui voudraient avoir un enfant. Il faut signaler d’ailleurs que le taux de nativité, en France, qui est un des plus hauts d’Europe 1,99, est dû, en grande partie à une politique nataliste ancienne qui a prévu allocation par enfant, crèches, prise en charge des enfants à la sortie de la classe ou le mercredi, durée conséquente du congé parental, mesures que beaucoup de pays nous envient. Le troisième problème est celui des mentalités : sans doute faut-il réhabiliter la maternité, le travail d’éducation des enfants, l’attention à la vie familiale dans des sociétés qui risquent de ne donner du prix qu’à ce qui relève de la rentabilité financière.

Mais cette évolution démographique est peut-être aussi le révélateur d’une crise plus profonde encore, celle d’une confiance dans l’avenir. Notre Europe est en panne d’espérance. Il est important que les familles chrétiennes, si minoritaires soient-elles, témoignent aujourd’hui en Europe de l’espérance qui les fait vivre. C’est vital pour l’avenir de notre continent.