Mgr d'Ornellas ne veut pas proclamer l'Evangile de la vie, il veut "dialoguer"

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Jeanne Smits, directrice de Présent, a assisté à la conférence de presse donnée par Mgr d’Ornellas, à propos du rapport sur la
bioéthique :

 

“Mgr d’Ornellas est un intellectuel sûrement habile, qui aime la spéculation, le questionnement qui évite d’imposer un point de vue, le «dialogue» où «l’on ne cherche pas à être
entendu, mais à chercher ensemble
». Joliment, il explique que la mère d’un enfant handicapé qui dit, «C’est mon enfant, je l’aime», aura aussi bien dit la réalité qu’un scientifique
décrivant son état médical. «J’ai vu des scientifiques retournés comme des crêpes après avoir passé une journée dans un foyer de l’Arche», ajoute l’évêque.

 

Même si l’on comprend sa volonté de faire ainsi partager par tous le respect de la dignité humaine de chacun, du plus petit des petits au plus handicapé des handicapés, ce parti pris m’a
agacée, et au vu de la progression de la culture de mort, scandalisée
. Car si la bioéthique est « chemin de bonheur » – c’était l’intitulé de la conférence de presse –
encore faut-il dire aux hommes où se trouve ce bonheur, dont l’Eglise catholique connaît la source et la réalité.

 

Je lui ai demandé comment sortir du « relativisme » où le dialogue constant, « ensemble », finit par plonger le débat. Réponse de Mgr d’Ornellas :

« Jusqu’où s’arrête-t-il ? Nous avons toujours à progresser pour entrer dans le dialogue. On est dans le relativisme dès qu’on confisque la vérité, la dignité humaine qui nous
dépasse tous
– et qui est parfois si difficile à voir dans la personne en fin de vie, dans la personne intubée. Seulement ensemble on pourra progresser vers une vue de plus en plus
claire. »

Les journalistes ne sont pas nombreux ; je peux poser une deuxième question. L’Eglise, avec Donum vitae et L’Evangile de la vie n’a-t-elle pas clairement dit que la
fécondation in vitro n’est pas conforme à la dignité humaine et quel est le minimum éthique que l’on peut essayer de faire respecter par la loi ?

«Il n’y a pas de minimum éthique, répond Mgr d’Ornellas. Ce serait une sorte de plus petit dénominateur commun. La lumière doit être celle des personnes qui souffrent : respect
de la dignité humaine chez autrui et chez soi. Il n’y a pas de minimum ou de maximum éthique. Seuls les pervers ne la respectent pas, la dignité humaine : ceux qui sont
atteints de cécité complète. Ce respect rencontre des circonstances diverses qui sont plus ou moins douloureuses et qui affaiblissent la force pour être dans le respect. (…) S’il y avait un
minimum éthique ? Comment ceux qui ne souffrent pas et qui ne peuvent pas prétexter quoi que ce soit peuvent-ils aider ceux qui souffrent ? (…) Le jour où la loi civile ne fait pas tout
pour respecter la vie humaine elle est fautive… Mais il est très difficile de savoir comment aider ; comment donner par exemple le résultat d’une échographie. Le rapport parle sans cesse de
l’autonomie de la femme. Est-ce que cela est juste ? Est-ce qu’une liberté est dans le splendide isolement de toutes choses pour être autonome ?»

Comme cette réponse me laisse sur ma faim, je la reformule, respectueusement : sur la question précise de la fécondation in vitro dont Donum vitae a montré qu’elle
n’est pas conforme à la dignité de l’homme ni à son bonheur, faut-il œuvrer pour faire changer la loi civile ?

Réponse : «Nous sommes tous plus ou moins aveuglés sur la beauté inouïe de la vie humaine. La voir dans son sommet, ce n’est pas facile. Quand l’Eglise parle, elle indique le
sommet. Pour la procréation au sens théologique, l’Eglise a le mot de domination. Quand la technique domine l’acte de procréation, elle dit que ce n’est pas conforme à la beauté de la dignité
humaine. Du coup le mot signifie la plus ou moins grande distance par rapport à cette dignité selon les techniques employées. Nous avons tous à travailler pour nous rapprocher de ce sommet de la
montagne, mais ça monte, et ce n’est pas facile de monter. L’important, c’est quand toute la société fait l’acte de monter, pour s’affranchir du lobbying.»

Lobbying de qui ? Je suis sortie de là en pensant qu’il restait décidément bien efficace… ”