Séminaires : quand la forme ordinaire est négligée, ce n’est pas la peine de compter sur la forme extraordinaire

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Le 26 octobre, Paix Liturgique a publié la seconde partie de son étude sur la forme extraordinaire dans les séminaires diocésains. Extraits :

le nombre des séminaristes qui déclarent ouvertement vouloir exercer plus tard un ministère bi-formaliste est tout à fait considérable. Nonobstant les pressions qui s’exercent sur eux – ils doivent en permanence s’exprimer sur leurs « motivations », sur leur conception du sacerdoce, sur leur sens de la « communion » au sein du presbyterium -, ces séminaristes représentent probablement aujourd’hui plus de 10% des futurs prêtres. Et, dans tel ou tel séminaire, on peut même penser qu’ils représentent 20%, voire 25%, des étudiants. Souvent, le Saint-Siège s’inquiète du fait qu’il ne soit pas donné, comme c’est le cas en France, de formation liturgique pratique aux séminaristes. À commencer, d’ailleurs, par la préparation à la célébration de la messe en forme ordinaire. Le Pape, dans sa toute récente lettre aux séminaristes du 18 octobre 2010, rappelle que : “Pour la juste célébration eucharistique, il est nécessaire aussi que nous apprenions à connaître, à comprendre et à aimer la liturgie de l’Église dans sa forme concrète.” Quand la forme ordinaire elle-même est négligée, ce n’est pas la peine d’espérer, a fortiori, la moindre initiation, à l’intérieur des séminaires, à la célébration de la forme extraordinaire. C’est simple, on ne compte aucune célébration, fût-elle seulement épisodique, de cette forme liturgique dans les séminaires diocésains français. […]

La rentrée 2010-2011 réserve néanmoins une surprise qui, avec d’autres signes discrets, semble indiquer que la situation actuelle est susceptible d’évolution. Et que la “reprise” que nous évoquions dans le précédent volet de cette lettre pourrait aussi concerner les séminaires. C’est de Lyon que nous vient cette hirondelle. Il s’agit très exactement – et très restrictivement, mais c’est tout de même une brèche – de l’ouverture d’une section de l’année de propédeutique (année de discernement avant l’entrée dans le premier cycle du séminaire, correspondant à l’année de spiritualité des séminaires traditionnels) réservée à la forme extraordinaire au sein du séminaire de Fourvière. […] On a accusé le cardinal de Lyon et son auxiliaire de vouloir « siphonner » les communautés traditionnelles. Quand on connaît ces deux évêques, on peut affirmer qu’il n’en est rien : au reste, l’actuelle timidité de l’expérience qu’ils tentent, si elle restait ce qu’elle est, ne saurait causer de dommages aux communautés Ecclesia Dei. […]

à une incitation pressante « au sommet » (le Souverain Pontife) correspond un fort désir « à la base », c’est-à-dire une demande par une portion non négligeable des séminaristes diocésains d’une formation à la messe traditionnelle. Confrontés à une crise des vocations, dont la gravité est sans aucun précédent dans l’histoire, certains évêques français commencent à réfléchir au fait que s’ils veulent la fin (davantage de vocations), ils doivent alors aussi vouloir les moyens (parmi lesquels la liturgie traditionnelle). Dans cette perspective réaliste et pragmatique, il serait normal que le fragile exemple de l’« année Sainte-Blandine » – pratiquement réduit à une potentialité – s’étende aux années de séminaire qui suivront et aux autres séminaires diocésains français, peut-être en commençant, là aussi, par des années spéciales de propédeutique.