Quand L’Osservatore Romano « fustige » la Curie…

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Un détail du climat actuel au Saint Siège qui semble avoir échappé aux observateurs français. Je crois cela
intéressant, aussi je vous le raconte.


Gian Maria Vian, le rédacteur en chef de L’Osservatore Romano a publié dans l’édition du 13 mars du quotidien, sous le titre « Como la lettera ai Galati », un éditorial assez
singulier. Revenant sur la lettre de Benoît XVI aux évêques du monde, relativement à la levée des excommunications de 1988 des évêques de Lefebvre, il écrit au § 4 (je donne d’abord le texte
italien, puis ma traduction en français) :

« La lucidità dell’analisi papale non evita questioni aperte e difficili, come la necessità di una attenzione
et di una comunicazione più preparate et tempestive in un contesto globale dove l’informazione, omnipresente et sovrabbondante, è di continuo esposta a manipolazioni et a strumentalizzazioni, tra
cui le cosiddette fughe di notizie, che si fatica a non definire miserande. Anche all’interno della Curia romana, organismo storicamente collegiale
et che nella Chiesa ha un dovere di esemplarità ».

 

Voici en français : « La clarté de l’analyse du pape n’élude pas les questions ouvertes ou difficiles,
comme la nécessité d’une attention et d’une communication mieux préparée et au bon moment dans un contexte global où l’information omniprésente et surabondante est continuellement à la merci des
manipulations et des instrumentalisations, au nombre desquelles lesdites fuites d’information qu’il faut se forcer à ne pas qualifier de misérables. Y compris de l’intérieur de la Curie
romaine
, un organisme historiquement collégial et qui, dans l’Église, a le devoir d’être exemplaire ».

 

J’ai mis en italiques le passage qui me semble crucial. Dans le
journal officiel du Saint Siège, on peut donc lire une critique acerbe de certaines « manipulations » et « instrumentalisations » de « fuites d’information » organisées
« de l’intérieur de la Curie », que Vian qualifie de « misérables » car elles attentent à la collégialité d’une institution qui devrait aussi être « exemplaire ».
C’est dire, avec d’autres mots que ceux de la presse « ordinaire », que la Curie n’est ni collégiale ni exemplaire, que certains de ses membres se livrent à des procédés
« misérables », et que le mauvais fonctionnement de la communication n’est pas le fait du hasard mais l’œuvre de membres de l’institution…

Gian Maria sait mieux que personne qu’après la tempête de février, on parle de far pulizzia, faire du
ménage, à la Curie. On verra bien. Il ne va pas jusqu’à citer des noms, mais moi qui ne travaille pas pour le « journal du pape », rien ne m’empêchera de les donner au fur et à mesure
des articles de ce « bloc-notes ».

Encore un mot pour ceux qui ne croiraient pas que Gian Maria a voulu dire ce qu’il a dit en écrivant ce qu’il a
écrit. Marco Politi de La Repubblica – le journaliste comme le journal très hostile au Saint Siège – a tout de suite compris ce que voulait dire
Gian Maria, quand il écrit dans son article « Il Papa e la guerra del Vaticano » (13 mars 2009), que Gian Maria « fustiga » (fustige) les « manipulations et les
instrumentalisations » issues de la Curie. L’adversaire ne se trompe pas…