Le déclin doré du cardinal Sodano (1) : en attendant Golias…

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Me voici arrivé au dernier volet de mon feuilleton consacré à ce fascinant porporato (rouge et or, dirons les malicieux) qu’aura été le cardinal Angelo Sodano. J’annonçais dans mon dernier
article sur ce sujet qu’il me fallait brosser quelques uns de portraits de ses « grands barons », des porporati (dorés sur tranche, eux aussi) de la droite ecclésiastique wojtylienne d’après la
chute du mur.
J’ai déjà parlé du cardinal Francesco Marchisano, près de 20 ans Sous-Secrétaire de la Congrégation pour l’Éducation catholique, devenu l’homme du « patrimoine » de l’Église, du Patrimoine
culturel (Commission pour l’Archéologie sacrée, Commission pour l’Héritage culturel de l’Église) et puis du Patrimoine sonnant et trébuchant (Fabrique de Saint-Pierre, pour enfin présider depuis
2005 le Bureau du travail du Siège apostolique). Un homme, disais-je, qui a toujours été sur les listes de franc-maçonnerie (la franc-maçonnerie qui croit au Grand Architecte, bien entendu, pas
la franc-maçonnerie athée !) qui circulent régulièrement à la Curie, listes fantaisistes, mais dans lesquelles on n’aurait jamais eu l’idée de mettre des prélats notoirement anti-humanistes…
Il faut évoquer aussi le cardinal Agostino Vallini, plus montinien de sensibilité que Sodano, mais un fidèle. Le cardinal Sodano, cardinal-évêque au titre de l’Église suburbicaire d’Albano depuis
1994, l’avait fait nommer en 1999 archevêque d’Albano, puis en 2004 Préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique. Il a ensuite réussi le coup de maître de le faire nommer
Cardinal-Vicaire de Rome (le cardinal qui administre le diocèse de Rome pour le compte du Pape), en remplacement du cardinal Ruini (qui était aussi président de la Conférence épiscopale
italienne), au terme d’une de ces intrigues de Curie tellement compliquées et si enchevêtrées que tout le monde y perd son latin (mais pas son italien).
Je raconte ce que je sais : on était après l’élection de Benoît XVI, et la tactique des adversaires de tous bords du Pape était à cette époque-là de faire de la provocation. Alors qu’Angelo
Sodano occupait encore le poste de Secrétaire d’État – pour peu de temps, tout le monde le savait – et que le troisième quinquennat du cardinal Ruini, comme président de la Conférence épiscopale
italienne (nommé par le Pape) arrivait à échéance, Mgr Paolo Romeo, alors nonce en Italie, d’accord avec Sodano, s’était permis, contre le Pape, le « coup tordu » suivant : sans en parler au
Pape, au début de 2006, il avait envoyé une lettre aux 226 évêques italiens pour leur demander, sous le sceau du secret pontifical, d’indiquer qui ils souhaiteraient comme successeur à la tête de
la CEI. Et, pour faire bonne mesure, une « fuite » avait permis à la presse de divulguer le contenu de cette lettre inouïe. Le Pape n’avait pu qu’immédiatement décider de confirmer le cardinal
Ruini dans sa charge « jusqu’à qu’il en soit disposé autrement », ce qui concrètement retardait la nomination à la tête de la CEI du cardinal Angelo Scola, ami de Benoît XVI et patriarche de
Venise, que tout le monde s’attendait à voir nommer. Romeo, à l’abri sous le parapluie de Sodano, sera « puni » en étant nommé en décembre 2006 archevêque de Palerme, où il pourra devenir
cardinal en des jours meilleurs. S’ensuivit un nœud inextricable de pressions et contre-pressions où intervinrent Ruini, Bertone, nouveau Secrétaire d’État, et les affidés de Sodano (tel le
cardinal Severino Poletto, archevêque de Turin), qui aboutirent à l’élimination définitive de Scola pour la présidence de la CEI, laquelle échut finalement (en mars 2007) à l’un des fils du
cardinal Siri, le timide mais sûr Angelo Bagnasco, qui avait remplacé Bertone à Gênes en 2006, et devint cardinal dans la foulée (novembre 2007). Du coup la nomination au Vicariat devenait moins
importante, surtout si on le donnait à quelqu’un qui était déjà cardinal. Il se trouvait qu’il fallait libérer la Signature apostolique pour la donner à l’Américain Mgr Burke, qui deviendrait
ainsi cardinal. Vallini qui l’occupait était déjà cardinal : sa nomination au Vicariat devenait un moindre mal. D’où sa prise de possession « miraculeuse » du Palais du Latran (où sont installés
les offices du Vicariat), en juin 2008. Champagne au Collège éthiopique (où réside Sodano) Alka-Seltzer chez les « intégristes » de la Curie !

(À suivre)

À suivre, non seulement dans L’Osservatore Vaticano, mais aussi dans… Golias, où Romano Libero annonce une « série de l’été » consacré au cardinal Sodano (« La disgrâce de
Sodano a sonné », 23 juillet 2009 ; « Sodano, un homme qui aime le pouvoir, 30 juillet 2009) ! « Le pauvre homme », dirait Orgon, est ainsi le personnage de feuilletons de tous bords ! Dans un
premier article, Romano Libero faisait une analyse globale qui rejoint celle que je répète comme un refrain depuis le début de mon propre feuilleton: « Avant la mort de Jean-Paul II, Sodano et
ses affidés dominaient le jeu curial. Don Angelo a accompagné la fin de la guerre froide, l’effondrement de l’empire soviétique, et aussi la fin de la Démocratie chrétienne italienne qui vivait
de cette guerre froide. A la différence du cardinal Casaroli, homme de l’Ostpolitik, esprit fin et délié, conservateur de sensibilité mais libéral de penchant [c’est vrai], qui, à l’instar de son
dauphin [et inspirateur, « tireur des ficelles » de Casaroli, disaient ses adversaires] le cardinal Silvestrini, menait une politique de centre gauche, Sodano a toujours été politiquement en
phase avec le pape Wojtyla, et a voulu une politique de centre droit ».