Les finances du Vatican après Marcinkus (1) : la lignée démo-chrétienne des Sodano

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Les Sodano étaient une honorable famille d’Asti, militant dans les œuvres de l’Église et de la
Démocratie chrétienne depuis la fin de la guerre. Giovanni, fier de ses origines paysannes, le père, avait été député. Delfina, la mère, une sainte femme. Le Pape Jean-Paul II rendra un hommage
marqué à la famille du cardinal en venant visiter la maison paternelle lors d’un voyage pontifical dans la région.


Mais les temps ont changé et les mœurs politiques aussi. C’est le frère du cardinal, député lui aussi de la
Démocratie chrétienne, l’ingénieur Alessandro Sodano (père d’Andrea et de Guido, dont j’ai déjà parlé), qui va enclencher
le tournant financier dans la vie du cardinal son frère.


Car en 1991, un groupe de magistrats milanais, guidé par Antonio Di Pietro, entame une enquête qui mettra à jour
le fait que tout l’État italien se fondait en fait sur un système de corruption développé dans tous les partis, spécialement les deux plus importants, le Parti Socialiste Italien et la Démocratie
Chrétienne, le système des tangenti , des « pourcentages ».
Les sociétés et entreprises privées, avant de mettre en œuvre un projet, devaient s’accorder avec des politiciens moyennant finances, qui alimentaient les caisses des partis, leur personnel,
leurs coopératives, leurs journaux, etc., et aussi les besoins privés et/ou publics – on s’y perd vite si vite! – des hommes politiques eux-mêmes.
Et puis, il y avait le système génial de la lotisation, qui accordait à chaque parti, en fonction de son importance, son lot de hauts, moyens et petits fonctionnaires, de
buralistes, d’instituteurs, de personnel de télévision, etc.
 

C’était toujours des décisions politiques qui donnaient la possibilité à ces entreprises de faire les travaux pour
l’État ou les collectivités publiques. Rien donc ne se passait sans que des tangenti, des pourcentages, ne soient payés. Ces affaires qui donnèrent lieu à des procès multipliés, furent
bientôt appelée Tangentopoli, l’État-pourcentage. C’était une formidable République bananière, mais à l’italienne. Toutes ces affaires prirent des proportions considérables, et une
grande quantité de députés, ministres et personnages politiques, à tous les nivaux, furent mis en procès et condamnés.

Et les Sodano vont être pris dans le tourbillon descendant d’abord, celui des affaires judiciaires, ascendant
ensuite, celui des affaires immobilières. Alessandro, comme bien d’autres politiciens du début des années 90, tomba entre les mains des « juges propres », qui épluchèrent ses
comptes.

 


(à suivre)