Nouveaux éléments sur l’affaire Groer… et sur la sourde hostilité entre le cardinal Sodano et Benoît XVI

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Le 9 mai dernier, le Corriere della Sera a publié un article à
propos des déclarations du cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, sur le “cas Groer” (son prédécesseur, “démissionné” en urgence par Jean-Paul II pour des actes pédérastiques pratiqués pendant
30 ans!). J’en ai déjà parlé le
4 avril. La presse française ne s’est évidemment pas empressée de reprendre ces déclarations, pour une raison simple: l’archevêque
de Vienne témoignait que, lorsque l’affaire avait été enterrée, le cardinal Ratzinger avait déclaré: “L’autre camp a gagné”.

Je ne reviendrai pas sur cette sinistre affaire, si nous n’avions un nouvel élément important dans l’article du
Corriere. Le cardinal Schönborn désigne, en effet, le chef de “l’autre camp”: rien de moins que le cardinal Sodano, alors secrétaire d’Etat. Ce serait donc le cardinal Sodano qui aurait bloqué
pendant des années la création d’une commission d’enquête sur ce cas Groer. L’accusation n’est pas mince.

Là où les choses se corsent, c’est que je découvre sur Catholic News Agency une réponse
du RP Lombardi, directeur de la salle de presse du saint-siège. Cette réponse est en réalité en deux temps (un explicite et un implicite):

Premier temps, explicite: le père Lombardi nie que le Pape ait demandé un
soutien face aux attaques médiatiques, et a fortiori qu’il ait prié le cardinal Sodano de faire l’envolée lyrique qu’il fit le jour de Pâques en hommages au “doux Christ en terre” (et dont
j’avais écrit le 8 avril que
j’avais trouvé ça un peu surprenant, et même un peu grandiloquent, jusqu’à en être gênant, surtout venant d’un cardinal qui n’avait jamais passé pour particulièrement
“ratzingerien”…).

Seul hic de cette réponse explicite, je ne vois pas dans l’article du Corriere
d’allusion au fait que le Pape aurait demandé cette envolée lyrique à Sodano. Je ne vois qu’une évocation de la déclaration pascale de l’ancien secrétaire d’Etat et aux problèmes d’abus sexuels
sur mineurs, mais cette évocation dit simplement que le cardinal Schönborn a jugé insultant pour les victimes que le cardinal Sodano se soit permis de faire une telle déclaration le jour de
Pâques. Rien n’est dit sur le fait que le Pape aurait demandé, ou même aurait été mis au courant, de la démarche du cardinal Sodano.

En d’autres termes, par ses dénégations, et sauf si une allusion trop fine m’a
échappé, le RP Lombardi pourchasse des moulins à vent.

Et l’on est donc conduit à penser que l’intérêt de la réponse tient au 2e temps,
implicite celui-ci: le RP Lombardi ne répond pas à l’accusation du cardinal Schönborn à l’encontre du cardinal Sodano et l’on serait tenté d’appliquer le proverbe: “Qui ne dit mot,
consent”.

Si l’on se souvient que la communication vaticane est assez largement contrôlée
par le “clan Sodano”, cela peut, me semble-t-il, signifier deux choses: soit ledit clan en est réduit à des défenses maladroites, tentant d’allumer des contre-feux sur des histoires inexistantes
(en l’occurrence en opposant des démentis formels à l’encontre de faits non allégués par l’article du Corriere della Sera), mais on a peine à croire que des gens aussi intelligents en soient
réduits à de telles extrémités; soit, ce qui est à la fois plus probable et plus intéressant, un certain nombre de “ténors” du clan Sodano commencent à abandonner leur ancien
maître.

Evidemment, affaire à suivre et à suivre de près (d’autant qu’elle sera d’une
importance capitale pour l’avenir de l’Eglise romaine)…