Recife : Fisichella désavoué, Cardoso justifié…

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L’Osservatore Romano a publié dans son édition parue dans l’édition disponible vendredi 10 juillet dans l’après-midi (mais datée du 11), une  Chiarificazione » (clarification, éclaircissements) « Sull’aborto procurato » (sur
l’avortement provoqué »), de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (mais non signée), qui répond de manière officielle – puisque l’appel à la “une” figure dans la rubrique « Nos informations » – à de nombreuses interrogations des catholiques pro life du monde entier.

En effet, lorsque le propre président de l’Académie pontificale pour la vie, l’archevêque Rino Fisichella, a fait paraître, à la “une” de L’Osservatore
Romano
du 15 mars ses “réflexions” – si l’on peut dire… – intitulées Dalla parte della bambina brasiliana – du côté de la fillette
brésilienne âgée de neufs ans, violée répétitivement par le compagnon de sa mère et enceinte de jumeaux qu’on avorta – les critiques n’avaient pas manqué. Elles étaient de trois ordres :
factuel, disciplinaire et doctrinal.


Mgr Fisichella offrait une rédaction de l’« affaire » brésilienne, fondée sur des faits fantaisistes. Une “œuvre d’imagination” en quelque sorte qu’il lui eût été aisé de ramener au
réel, ne serait-ce qu’en passant un coup de téléphone à son confrère, l’archevêque d’Olinda et Recife, pour se documenter. Ce qu’il ne fit pas et n’a pas fait depuis…


Dans l’ordre de la discipline, Fisichella désavoua son confrère Mgr Cardoso pour avoir annoncé que les médecins qui avaient pratiqué ce double avortement étaient automatiquement (latæ sententiæ) excommuniés.

Plus grave encore, Fisichella laissait entendre que, dans certaines circonstances,
l’avortement provoqué, abusivement qualifié de thérapeutique, pouvait être admis, étant sauve la condamnation de l’avortement par l’Église. Une position confuse, opportuniste et relativiste que
les partisans de l’avortement dans le monde ont évidemment interprété comme un “signal” de l’Église indiquant un changement dans sa doctrine sur l’avortement.


La Charificazione donne tort à ces derniers en rappelant que « la doctrine de l’Église sur l’avortement provoqué n’a pas changé et ne peut
changer ». Elle donne donc tort à Mgr Fisichella sur ce point, et aussi sur sa critique du manque de “compassion” de Cardoso en soulignant la « délicatesse pastorale » de l’ancien archevêque
d’Olinda et Recife – le pape ayant accepté sa démission le 1er juillet dernier, alors qu’il était entré, la veille, dans sa 77ème année –, et encore sur sa dénonciation de
l’excommunication : « La coopération formelle à un avortement constitue une faute grave. L’Église sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine
».

Fisichella est objectivement désavoué sur les faits qu’il a invoqués, sur l’excommunication
des médecins avorteurs et sur sa conception “élastique” de l’avortement…


Il y a tout de même un point obscur dans la Chiarificazione quand elle évoque, dans ses premières lignes, la « manipulation » et « l’instrumentalisation » de l’article de Mgr
Fisichella. La dénonciation n’est pas claire. À Rome et ailleurs, dans les “milieux bien informés”, on veut y voir aussi une dénonciation de ceux qui ont commandité cet article et qui se trouvent
à la Secrétairerie d’État – certains même imaginant que le texte transmis par Mgr Fisichella à la Secrétairerie d’État a été modifié par des mains inconnues avant d’être transmis à
L’Osservatore Romano


Que Rino Fisichella ait agi “sur ordre”, on le savait depuis longtemps, puisque le président de l’Académie pontificale pour la vie en avait fait l’aveu, oralement d’abord puis par écrit. Mais
Sandro Magister a donné, vendredi dernier, quelques précisions qui ne sont pas sans intérêt.


Selon lui, et dès le 4 avril, 27 des 46 membres – plus de la moitié ! – de l’Académie pontificale pour la vie ont écrit à Fisichella pour lui demander de corriger ses positions. L’archevêque
leur aurait répondu par écrit le 21 avril en rejetant leur demande.

Le 1er mai, 21 des signataires ont interpellé William Levada, le préfet de la
Congrégation pour la doctrine de la foi, lui demandant une clarification sur la doctrine de l’Église en matière d’avortement. Bien que remise en main propre le 4 mai, le cardinal Levada n’a pas
fait de réponse, mais a transmis cette lettre au secrétaire d’État Tarcisio Bertone « parce que l’article de Fisichella avait été écrit à sa demande » aurait confié un responsable de
l’ancien Saint-Office – mais d’autres soutiennent que l’“ordonnateur” réel était le Sostituto (substitut) Fernando Filoni, de la première section de
la Secrétairerie d’État. Excédés par toutes ces tergiversations, on dit que deux membres de l’Académie pontificale pour la vie firent transmettre directement le dossier au pape et que ce dernier,
après en avoir discuté avec Bertone, aurait ordonné qu’on publie cette Chiarificazione.


Décidément, et un peu comme les matriochkas, il y a vraiment une affaire, dans l’affaire de l’affaire de Recife… En attendant, Mgr Fisichella serait
bien inspiré de présenter ses excuses à l’émérite Cardoso et peut-être sa démission de l’Académie pontificale pour la Vie, car il n’a évidemment plus la confiance de ses membres – et peut-être
même plus celle de son patron : le pape.