Imbroglio au sommet de l’Église : l’affaire Boffo (1)

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Une affaire très grave secoue la Conférence épiscopale italienne et les Palais du Vatican – affaire incompréhensible au pays de
Descartes. D’ailleurs, est-elle réellement compréhensible sur les rives du Tibre, où les vaticanistes forgent selon leurs vues des hypothèses toutes plus embrouillées les unes que les
autres?

Il est possible qu’en cette affaire plusieurs fronts s’emmêlent :

1) Une querelle entre évêques italiens et entre membres de la Curie sur le soutien mesuré ou l’opposition violente à
Berlusconi ;

2) D’anciennes querelles d’appareils, qui doivent fermenter depuis l’époque de l’opposition qui ne cessait de s’envenimer entre les
cardinaux Sodano, alors Secrétaire d’État, et Ruini, alors Vicaire de Rome et Président de la Conférence des Évêques d’Italie.

3) Une compétition complexe entre médias du Vatican (L’Osservatore Romano de
Giovanni Maria Vian) et médias de la CEI (L’Avvenire, TV de l’épiscopat, de Dino
Boffo
).

4) La fronde latente d’une partie notable de l’épiscopat italien contre son président, nommé par le Pape, le cardinal Bagnasco,
archevêque de Gênes. 

 

Je vais essayer de vous clarifier qu’il impossible de vraiment comprendre.

 

La matière de l’affaire : les mœurs et la politique de Berlusconi

Le président de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, devrait prochainement rencontrer de hauts responsables de la Secrétairerie d’Etat,
avec l’un des ministres les plus influents de la Ligue, Roberto Calderoli, pour « normaliser » les relations entre ce parti et l’Eglise italienne.


En effet, Les déclarations très fermes de plusieurs dirigeants de la Ligue du Nord à propos de l’immigration musulmane ont été mal perçues par un certain nombre de prélats. L’Avvenire, journal de la CEI, qui donne la parole à toutes les tendances de l’épiscopat italien, avait même déclaré que l’Occident avait les « yeux
fermés » sur le « drame de l’immigration clandestine ».


Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le P Federico Lombardi, avait lénifié : « Les tentatives d’opposer la secrétairerie d’Etat et la conférence épiscopale n’ont pas de
consistance ». Mais les évêques s’opposant à la lutte de Berlusconi et de la Ligue du Nord contre l’immigration ne sont pas tous les évêques italiens, beaucoup d’entre eux étant nettement
plus réservés que les évêques français sur l’immigration musulmane…


En fait, le véritable enjeu pourrait être non entre le palais Chigi (siège de la Présidence du gouvernement italien) et le palais du Vatican, mais bien plutôt entre des éléments des appareils
respectifs de la Conférence épiscopale italienne et de la Secrétairerie d’État, notamment entre leurs communications respectives.

Concrètement, le directeur de L’Osservatore Romano a critiqué les articles de L’Avvenire qui avaient
attaqué le Président du conseil Silvio Berlusconi sur ses mœurs et sur sa politique migratoire (entretien de Vian, le 31 août au Corriere della Sera : les articles « excessifs » d’Avvenire ont déconcerté le
Vatican).


De toute évidence, Berlusconi n’est pas exempt de critiques. Mais, de toute évidence aussi, ses critiques-là ne sont pas de très bonne foi : bien davantage que les questions de morale
conjugale, ce qui est visé est la politique restrictive de Berlusconi en matière d’immigration clandestine. Et cette question, pour autant que les gouvernements respectent la dignité de la
personne humaine, est une question librement débattue. On serait, en particulier, bien en peine de citer un texte du Magistère, de la Tradition ou de l’Ecriture, enjoignant aux gouvernements
d’accueillir tout étranger (y compris clandestin) sur le territoire national. Bref, certains articles d’Avvenire voulaient faire l’ange…


(à suivre)