Messes pontificales en Grande-Bretagne, vers un sabotage liturgique?

Download PDF

Dans la continuité de mon article sur la liturgie du Pape en Grande-Bretagne, voici une autre nouvelle, que je trouve chez l’excellent chroniqueur religieux britannique Damian Thompson.
Généralement bien informé, Thompson a reçu des indices selon lesquels les organisateurs de la messe papale à Bellahouston (Glasgow) préparent une équipe de « ministres extraordinaires de la communion », en clair un escadron de laïcs qui distribueront la communion. De quoi ruiner l’effet du mode traditionnel de distribution pratiqué par le pape.
Les premiers soupçons de Damian Thompson ont été confirmés par le témoignage qu’il dit avoir reçu d’un « prêtre écossais digne d’estime ». Selon ce témoignage, des annonces sont faites dans certaines paroisses écossaises pour battre le rappel des « Georgette » et autres « catholiques engagées-et-engagés » pour distribuer la communion à la messe papale.
Même pour les légalistes qui admettent la distribution de la communion par des laïcs, celle-ci n’est admise que dans les cas où l’on manque de « ministres ordinaires ». Or plus de 400 prêtres concélébreront cette messe avec le pape, sans compter les évêques et les diacres présents. On peut donc parler de sabotage et de tentative d’affront. Appelons un chat un chat!
La question est de savoir si le Saint-Siège va laisser faire cet affront, comme pour l’affaire des accès payants. A ce sujet, il est étonnant de voir certaines personnes continuer à adresser leurs reproches exclusivement au pape et non aux évêques britanniques après la levée de ce lièvre (dont j’ai déjà parlé ici).
Depuis des décennies, nous constatons une démission sans précédent de l’autorité dans l’Eglise. En ce sens, on pourrait attendre du pape qu’il impose purement et simplement sa volonté et exige que les accès des pèlerins soient gratuits. Comme me le disait récemment un consulteur dans un dicastère romain : « Bien sûr, le pape est contre tout ça, mais il est trop gentil pour dire vraiment non ». Etrange auto-paralysie de l’autorité. Il reste que le premier responsable de ces « tickets d’entrée » est l’épiscopat local. Ce n’est pas le pape qui a eu cette brillante idée ! N’inversons pas les rôles! La responsabilité du pape est peut-être indirecte. Encore faudrait-il voir s’il n’y a pas réellement un sabotage quasi impossible à maîtriser. Quand on sait que le clergé écossais tente à toute force d’empêcher que l’autel, à Bellahouston, soit ornée de sept chandeliers et d’une grande croix au centre de l’autel, ça donne la mesure de la puissance du sabotage sur le terrain. N’oublions pas que même Pie XII, pape « triomphaliste » s’il en fut, voyait ses directives contrecarrées à tours de bras sur le terrain…

9 comments

  1. Boris Maire

    Sur l’autorité du pape vis à vis des Evêques, que faites-vous de la subsidiarité ?

    Il est en réalité impensable de nos jours que le Pape se mêle de la gouvernance d’un diocèse autre que celui de Rome.
    Il n’est pas évêque de tous les diocèses du monde, mais uniquement de celui de Rome. Par contre, en tant que vicaire du christ, il s’assure d’établir les “règles” que chaque Evêque doit appliquer dans son diocèse, et également de montrer l’exemple via son propre diocèse, romain.

    Il y a donc 2 visions qui s’oppose, et comme par hasard il s’agit d’ecclésiologie, celle qui dit que le Pape devrait agir autoritairement contre les Evêques, en les “démissionnant” partiellement sur certains sujets dans certains cas, et celle qui dit que l’Evêque est le seul responsable dans son église particulière, comme le dise la plus part des textes magistériels, qu’il est le vicaire du christ dans son église particulière (cf. Cérémonial des Evêques) tant qu’il agit en communion avec le Pape.

    La première vision est peut-être l’ecclésiologie des la FSSPX et d’une frange de traditionnalistes. Tant pis pour les Evêques, le Pape passe en force.
    La seconde me semble, à la lecture de divers document et de l’action des papes, plus “ecclésiologique”, dans la réalité de l’Eglise telle qu’elle est décrite dans nombre de documents et dans la pratique.

    La première version permet-elle une véritable liberté des Evêques ? Je ne suis pas sûr. En effet, quelle est la liberté d’une personne si elle sait que lorsqu’elle dévie son action sera corriger par “en haut” ? Zéro ! Or le principe de “Liberté religieuse” définit que chacun, clercs compris, doit agir en toute liberté de conscience. Cela sous-entend que les consciences doivent être éclairées et que, selon les citations de Newman que vous avait faites, cette conscience éclairée choisira de suivre l’enseignement du magistère et la Tradition de l’Eglise.

    Nous sommes malheureusement témoins de l’humanité de nos pasteurs et soit du manque d’éclairement de leur conscience, soit de leur refus de l’Esprit (ou pire de Dieu) qui se traduit par un manquement dans l’expression liturgique de la Foi, dans la défense de la Foi sur la place publique (avortement, divorce, …).
    Or cela n’est possible que parce qu’ils sont libre du coté de l’institution Eglise. D’où la remarque d’un théologien à l’encontre de Mgr Gaillot sur sa liberté de parole qu’il n’aurait prétendument pas : comment ce fait-il alors qu’il puisse tenir les propos qu’il a tenu !

    Nous voyons que nombre de nos pasteurs refusent de voir ce que leurs yeux voient !

    Pour le Christ l’a dit : que celui qui a des oreilles entendent ! On pourrait en dire autant pour les yeux, mais là encore le Christ nous devance : vous avez des yeux et vous ne voyez pas !

    Nous observons alors combien le relativisme peut s’ancrer profondément au point de refuser le monde sensible : refuser ce que nos yeux voient, ce que nos oreilles entendent.

    Le Pape, et le magistère, est largement intervenu en matière de liturgie.
    D’un coté nous voyons une foule de personnes faire un bruit monstre pour un “petit” motu proprio (Summorum Pontificum, Ecclesia). D’un autre, tout le monde passe sous silence des documents concernant toute l’Eglise et non simplement quelque petits groupes “tradis” : Sacrosanctum Concilium, Musica Sacram, Missale Romanum, IGMR, Ecclesia de Eucharistia, Redemtoris Sacramentum, Caritatis Sacramentum, …

    Alors, il est, à mon avis, impossible de dire que le Pape ne fait rien et n’a rien fait sur le plan Liturgique. Il y a par contre désobéissance ouverte des Evêques, comme l’a dit Mgr Ranjith.

  2. JACQUES-FRANCOIS

    Si les écrits sont confirmés par les faits, cela s’appelle de la simonie.
    Ceux qui ont pris cette initiative n’ont-ils jamais ouvert une Bible ?
    « Vous avez reçu gratuitement donnez gratuitement. »
    La parole de DIEU n’est pas à ‘vendre’. For Sale
    Si l’église catholique n’a pas les moyens d’assurer le voyage du Pape, il faut d’urgence qu’il reste au Vatican pour prier.
    Le Vicaire de Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST, c’est le Pape: ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirais mon Église’ et non les Évêques, fussent-ils en nombre conséquent au Royaume Uni pour saborder les directives papales.
    Merci !
    JFL

  3. Jean-Vincent

    Il semble que nous assistions, une fois de plus, à la violence des Loups. Ces évêques plus que progressistes s’éloignent de plus en plus du Magistère. Dans le cas présent cela serait tout à fait incompréhensible.
    Précisément là à l’endroit le plus Sacré, L’Eucharistie et la Sainte Communion. Il nous faut donc prier afin que Mgr Marini ne permettent la distribution de la Sainte Communion par des Laïcs.

  4. Kris Vancauwenberghe

    Jacques-François, merci de nous livrer cette page de votre journal intime. Je suppose que votre âge est inversement proportionnel à la véhémence de vos ardeurs?
    Que ces accès payants soient choquants, je vous le concède; que cela cause un scandale (au sens originel de: occasion de chute) pour beaucoup d’âmes, je vous le concède encore; qu’il s’agisse se simonie, c’est nettement plus douteux. Quand vous devez payer pour un mariage ou des funérailles (généralement 10 fois plus que le prix ici en question), eh bien personne ne considère cela comme de la simonie. Merci de réfléchir avant d’écrire.

  5. Luc Perrin

    à Boris Maire

    Votre vision ecclésiologique ignore plusieurs données magistérielles fondamentales, au premier rang desquelles la notion de “communion”, pourtant si galvaudée depuis 60 ans. Une Église locale – évêque, clergé, baptisés – est “en communion” avec Rome, à travers le ministère du Successeur de Pierre. Il ne peut y avoir de “liberté” des évêques qu’au sein de cette communion : c’est ce que Vatican II rappelle fortement et c’est ce qui était en jeu avec Mgr Lefebvre.
    L’Église catholique en Écosse a été traversée de multiples scandales dont un évêque concubinaire qui a dû démissionner il y a quelques années. Elle a été particulièrement rétive envers la liturgie traditionnelle depuis l’indult de 1984, celui de 1971 ne s’y appliquant pas.

    Ces manoeuvres relatées par Damian Thompson illustrent ce double aspect : un affaiblissement de la communion entre les Églises locales frappées par le virus libéral et néo-conciliariste, la perte du sens de la romanité, enfin l’opposition vive que rencontre l’orientation du pape pour retrouver le sens authentique de la constitution conciliaire sur la liturgie après des décennies de chaos et d’abus.

    Il reste en conclusion qu’on peut débattre légitimement sur le mot “faire” : en 5 ans, compte tenu de l’extrême gravité de la situation, diagnostiquée par Joseph Ratzinger avant 2005, le pape Benoît XVI a-t-il vraiment “fait” quelque chose de décisif pour redresser les choses ?

    Le bilan me paraît très, très maigre en terme de “faire”, si on laisse de côté les voeux pieux. Quelques gestes spectaculaires lors des messes papales, gestes qui restent ignorés dans nos paroisses ; l’achèvement (enfin !) de la révision du Novus Ordo en anglais pour une traduction plus fidèle au texte latin : et encore cela n’entrera en vigueur qu’en 2011. En toute objectivité, sur ce chantier gigantesque, le pape a “fait” bien peu en 5 ans. Pendant son bref pontificat de même durée, Jean XXIII a “fait” bien davantage, notamment une réforme des rubriques et un ajout au Canon romain, une constitution pour relancer le latin. Sans parler de tout le reste …

  6. Kris Vancauwenberghe

    “Retrouver le sens authentique de la constitution conciliaire sur la liturgie après des décennies de chaos et d’abus”? Allons, cette constitution est aussi étanche qu’un emmental. La Latin Mass Society a publié une intéressante étude à ce sujet:
    http://www.latin-mass-society.org/ferrara.htm
    Le coup des “abus” est un peu facile: quand une constitution est trouée de tous les côtés, on ne peut plus parler d’abus.

  7. JACQUES-FRANCOIS

    A Kris Vancauwenberghe
    Imaginez-vous saint Paul sur les routes de Palestine et sur le pourtour de la Méditerranée faisant payer les personnes qu’il allait évangéliser ?
    Or, je considère que le périple du Pape au Royaume Uni est en terre de Mission.
    Que c’est une erreur de faire payer ceux qu’il va rencontrer.
    Et ce n’est certainement pas à eux de payer l’addition mais à nous les catholiques qui soutiennent de nos deniers et de nos prières ce voyage missionnaire.
    N’oublions pas que nous ne sommes pas dans un pays catholique mais dans un pays de confession anglicane.
    Maranatha !
    Merci !
    JFL

  8. Kris Vancauwenberghe

    Jacques-François, vous commencez à devenir franchement lourd. Quand vous vous marierez et que le curé vous demandera 200 ou 300 euros, dites-lui que c’est de la simonie et allez devant le tribunal de la Signature apostolique, ok?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *