Rififi dans le diocèse de Tournai

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Un lecteur m’envoie très aimablement un article publié sur le site LibertyVox (que je ne connaissais pas, mais qui me semble, après un rapide examen, un site nationaliste, notamment axé sur les difficiles questions de relations de notre Occident ex-chrétien avec l’Islam; j’y ai lu notamment un article de l’islamologue bien connue Anne-Marie Delcambre).
Cet article, paru dans la catégorie “Coup de gueule”, est intitulé “Mon saigneur Harpigny” et traite d’une information qui m’avait échappé et que je vous livre telle quelle, avant de creuser un peu la question. Si des lecteurs ont des informations plus précises, qu’ils n’hésitent pas à nous le signaler, soit en commentaire, soit directement par courriel (je pense en particulier à l’abbé Lobet, qui vient souvent sur ce blogue et qui, sauf erreur de ma part, est incardiné dans ce diocèse de Tournai, mais d’autres ont sans doute aussi des éléments à apporter).
L’affaire dont il est question est l’envoi par huissier d’une lettre de Mgr Harpigny au P. Samuel, prêtre de rite syriaque, lui enjoignant de cesser d’accueillir des fidèles de rite latin lors des messes qu’il célèbre.
Il est clair que le droit canon est du côté de Mgr de Tournai: les catholiques sont en principe attachés à un rite et n’ont pas, sauf cas de force majeure ou disposition expresse de l’autorité compétente, le droit de pratiquer, si je puis dire, le tourisme liturgique.
Certes, dans la situation actuelle, même si l’on veut éviter soigneusement le “tourisme liturgique”, les simples fidèles que nous sommes avons fréquemment l’occasion de rencontrer des célébrations… disons exotiques, et en tout cas pas toujours conformes aux normes liturgiques en vigueur.
J’avoue donc volontiers, sans en faire une règle générale, que, personnellement, je n’hésiterais pas à assister au Saint-Sacrifice en rite syriaque, si la situation liturgique de ma région m’y conduisait (je parle d’un rite syriaque célébré par un prêtre catholique). Cela ne peut être qu’un cas particulier, qu’un cas exceptionnel; je n’ignore pas que cela ne peut pas constituer la loi générale et commune.
Mais, enfin, disons-le franchement, nous avons connu des choses plus graves dans la crise que traverse actuellement l’Eglise catholique.
Cette lettre de Mgr Harpigny, si elle est avérée (je n’en ai trouvé le texte que sur LibertyVox, mais le blogue du P. Samuel en confirme l’existence), me pose trois types de problème:
1) Je trouve curieux qu’un évêque communique avec les prêtres de son diocèse par voie d’huissier (d’autant plus curieux que, sur son blogue, le P. Samuel dit avoir demandé à rencontrer Mgr Harpigny et n’y être point parvenu).
2) Je ne suis pas sûr que la discipline traditionnelle de non-passage d’un rite à l’autre au sein de l’Eglise – discipline, dont je répète qu’elle est très sage et très traditionnelle – soit, à l’heure actuelle, la priorité des priorités. Le nombre de messes invalides me semble une inquiétude un peu plus urgente.
3) Enfin, LibertyVox lie “l’islamophilie” de Mgr Harpigny à la lettre adressée au P. Samuel. Ce dernier, prêtre de rite oriental, est bien placé pour connaître l’islam et semble tenir à son sujet un discours assez éloigné de celui qui a cours ordinairement dans les épiscopats européens. Or, les lecteurs fidèles de ce blogue se souviennent peut-être que le diocèse de Tournai fut récemment marqué par une affaire scandaleuse, dans laquelle un prêtre avait offert, tout simplement, l’église de Saint-Jumet à la communauté islamique locale. Mgr Harpigny avait alors expliqué ne rien pouvoir faire, le prêtre en question étant réputé “n’en faire qu’à sa tête”… C’est peut-être le deux poids, deux mesures (absence de réaction dans l’affaire de Saint-Jumet, menaces pénale contre le P. Samuel) qui est le plus choquant en cette matière.
En conclusion (ou plutôt en absence de conclusion), je redis que je n’ai pour le moment pas tous les détails de l’affaire. Il est tout à fait possible que d’autres éléments aient déterminé la décision de Mgr Harpigny. Mais, si c’est le cas, il faut ajouter que ce dernier a bien mal (ou pas du tout?) communiqué sur ce dossier.

16 comments

  1. Olivier

    La réalité n’est pas tout à fait celle dont témoigne la lecture des écrits des partisans du P. Samuel, y compris d’Anne-Marie Delcambre qui, non catholique, se saisit de tout prétexte pour attaquer l’Eglise sous le chef de dhimmitude (sans regarder aux agissements douteux du P. Samuel et de ses sectateurs).

    Le P. Samuel a la réputation, dans la région de Charleroi où il agit, d’être un escroc et une sorte de gourou à la tête d’une secte. Beaucoup de choses très graves lui sont imputées mais je ne peux pas les écrire car je ne pense pas qu’il ait été attaqué et condamné pour les dites choses et ne connaît pas particulièrement le dossier.

    Il est bien clair que ses liens avec l’Eglise catholique sont rompus depuis bien longtemps : les fidèles qui viennent chez lui ne vont pas dans d’autres églises catholiques, il n’est soumis à aucun ordinaire ni latin ni autre. Bien sûr l’état de délabrement impressionnant de l’Eglise de Belgique et en particulier du Pays noir (le pays de Charleroi), la nullité des liturgies, expliquent en partie son succès.
    L’action de Mgr Harpigny – dans ce dossier… – me paraît tout à fait bonne : en effet, bien qu’il soit de notoriété publique dans l’Eglise du Hainaut que le P. Samuel est en délicatesse, comme l’on dit, avec l’Eglise catholique, celui-ci prétend depuis des années et des années (vingt ans je crois) être du ressort de l’Eglise syriaque catholique et certains le croient et le défendent sur cette base. C’est ce prétexte que Mgr Harpigny a voulu ruiner en posant la question à ladite hiérarchie syriaque catholique, de façon à pouvoir alerter sur la base d’éléments certains les fidèles de son diocèse sur la situation réelle du P. Samuel.
    Je pense que la suite risque de comprendre des sanctions pour le P. Samuel, la hiérarchie syriaque-catholique ayant clairement signifié que celui-ci ne ressortissait plus à son autorité mais à celle de l’ordinaire local.
    Du reste tout ceci ressort d’une lecture attentive de la lettre de Mgr Harpigny.

  2. Maurice

    Il me semble que vous ne connaissez pas le dossier…(?)

    1) L’affaire du Père Samuel empoisonne le diocèse depuis des années, l’énergumène ne reconnaissant pas l’autorité ecclésiale (surtout lorsqu’elle regarde de trop près son coté sectaire, ses exorcismes à tout vent ou ses rapports trop proches avec les barons locaux du Parti Socialiste). Il n’est donc pas du tout étonnant que le diocèse communique avec lui par exploit d’huissier.

    2) Le Père Samuel pratique une messe, certes en latin, mais bien à sa façon. J’avoue ne jamais y avoir été, mais elle serait bien éloignée du missel de St Pie V. Le problème est donc moins son accueil de fidèles de rite latin que le coté “one-man show” de ses messes.

    3) Le Père Samuel tient des propos sur les musulmans qui relèvent de la véritable haine raciste, sans aucune juste mesure ni charité chrétienne. Il est une chose de dénoncer le danger de l’islamisme, il en est une autre d’assimiler tous les musulmans d’Europe à des terroristes cachés comme le fait le Père Samuel.

    (Je précise que je suis fidèle de Bruxelles et attaché à la Tradition).

  3. Ferrand Jean

    A ma connaissance l’interdiction de passer d’un rite à l’autre ne concerne que les prêtres célébrants. Pas les fidèles.

    Tout fidèle à parfaitement le droit de changer de rite, à l’intérieur de l’Eglise catholique. Par exemple s’il s’en va à l’étranger.

    Sauf preuve du contraire.

  4. Benoît Lobet

    Le P. Samuel a été privé de ses charges et de son traitement de “ministre du culte” (nous sommes, en Belgique, dans un régime concordataire, et à ce titre les prêtres sont rémunérés par le Ministère de la Justice) à l’initiative déjà de Mgr Huard, prédécesseur de Mgr Harpigny, et après moult mises en garde. Le P. Samuel s’est vu reprocher tant par ja justice ecclésiastique que civile des faits très graves, qu’il ne m’appartient pas d’énumérer sur un blog. Il est clair qu’il n’a aucunement sa place dans aucun clergé, ni catholique ni autre. On ne peut donc que soutenir Mgr Harpigny dans cette procédure. D’autre part, le lien que vous faites avec l’histoire de l’église de Jumet est incorrect : Mgr Harpigny est certes un islamologue (il est l’auteur d’une thèse de doctorat sur Louis Massignon et connaît bien la mystique soufie), mais il s’était plaint vivement (j’en ai été témoin au Conseil Presbytéral) de la situation de Jumet et en avait fait le reproche aux prêtres du lieu. Simplement, les procédures administratives pour faire cesser une situation sont plus difficiles qu’on ne croit…

  5. Steve

    Le schisme et l’hérésie ecclésiologique du p.Samuel sont très problématiques et ne mériteraient sans doute pas d’être donnés en exemple. Un rit est la messe d’une Eglise. La messe du p.Samuel n’est donc plus vraiment un rit car le p. Samuel n’est en obéissance et en communion avec aucun évêque, ce qui un péché contre le plus grand commandement (Dt 6,4/Mt 22,37 Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… le Seigneur est Un; cf. Jn 17,21). A la limite , ce n’est pas un rit mais un rituel individuel, comme le ferait n’importe quel pasteur protestant indépendant.

  6. Kris Vancauwenberghe

    M. Ganimara, je regrette mais il est parfaitement parmi à un fidèle catholique de pratiquer, même habituellement, dans un autre rite que le sien. et même son rite propre est parfaitement disponible là où il se trouve. Du moins si on entend par “pratiquer” recezvoir la communion, la confession et satisfaire au précepte dominical.

    Ceci est précisé dans les can. 923 et 1248 du CIC de 1983. Je sais que vous penchez souvent du côté “tridentin”, et ce n’est pas un tare, mais cette permission générale existait déjà dans le code de 1917: can. 866 et 1249.

    Contrairement à ce que vous dites, cela n’équivaut pas à un changement de rite (lequel, en effet, requiert une permission spéciale). Une autorisation de changement de rite est nécessaire pour le mariage (sauf mariage interrituel, si je ne m’abuse) et l’ordre et le viatique.

  7. Luc Warnotte

    Peu de gens sont plus compétents pour nous renseigner sur la “mens” de Mgr Harpigny que son dauphin, le doyen Benoît Lobet. D’après l’abbé Lobet, il ne faudrait pas faire d’amalgame entre l’affaire de la “mosquée Saint-Lambert” de Jumet et celle du P. Samuel. Dans le premier cas, Mgr Harpigny “s’était plaint” et avait “reproché”. Quelle virile autorité! Et quelle mesure concrète a-t-il prise?… Dans le cas du P. Samuel, il passe bel et bien aux actes de façon décisive.

    Deux poids, deux mesures. Ce qui, en langage lobetien, se dit: “La réalité est tellement complexe…”.

    Mais oui, mais oui, bonnes gens, “les procédures administratives pour faire cesser une situation sont plus difficiles qu’on ne croit…”, dixit le doyen Lobet. Enfin, dans le cas de l’église-moquée. Dans le cas du P. Samuel, elles sont très simples: pan, un huissier dans la figure.

    Remarquez que je ne plaide pas particulièrement en faveur du P. Samuel, qui est effectivement un fameux hurluberlu! Ce qui me scandalise, c’est le deux poids deux mesures de Mgr de Tournai. Le pharisaïsme est rarement bon signe.

  8. Backer Mikel

    Ci-dessus l’attestation d’incardination et de délégation que Sa Béatitude Ignace Youssef III Younan, Patriarche syro-catholique (araméen) d’Antioche/Liban a délivrée à Monseigneur Ch.-C. Boniface, dit Père Samuel le 9 novembre 2010.

  9. Van speybroeck Martine

    La critique est aisée, la messe célébrée par le Père Samuel est la même qui se trouve dans un missel des années 50. Les messes célébrées de nos jours sont fades et n’ont plus rien avoir avec celles que nous avons connues, dans certains villages elles sont même célébrées le samedi soir, je ne trouve pas ça normal.
    Laissez donc en paix cet homme de Dieu qui nous a donné le goût de lire les Evangiles.

  10. J’avoue être sidérée par les injonctions de l’évêché de Tournai contre le père Samuel. C’est ahurissant. On se croirait revenu au temps de l’inquisition. Mais que diable laissez ce prêtre catholique de rite syriaque…. tranquille.
    On ne dit rien pour les prêtres modernistes et pour lui on utilise la grosse artillerie. Je me demande bien pourquoi et je suis certaine qu’Harpigny qui a pour les imams les yeux de Rodrigue pour Chimène…s’il pouvait bouter le père Samuel hors de Belgique..LE FERAIT AVEC PLAISIR; quelle honte.

  11. rosairia

    Je trouves cela totalement inacceptable de la part d’un évêque d’empêcher son semblable d’aider les pauvres de son évêché aussi bien matériellement que spirituellement !!!

  12. Jos van Namen

    M. Van Speybroek, il est absoulment faux d’identifier la messe du P. Samuel à une messe des années 50. Elle est bien plus proche de ce que décrit Maurice : un “one man show” qui a pour but de mettre en valeur la personne qui “célèbre”, la présence de faux diacre en dalmatiques de toutes couleurs… et le fait que des gens, parce que l’on y chante de temps en temps un kyrie ou un gloria, parlent de “messe en latin” fait rougir de colère les fidèles de la Tradition. Non, la liturgie du Père Samuel n’en est pas une. C’est la liturgie de rien et de personne, un rituel sectaire.

  13. MARTHA

    Est-ce que l’on s’est posé la question de savoir ce qui pousse les personnes à quitter leurs paroisses pour rejoindre la liturgie du Père Samuel ?

    La “phobie” contre ce prêtre ne résulterait-elle pas de la peur de voir la spiritualité orientale remplacer la nôtre devenue tellement pauvre et si peu transmise par certains de nos prêtres modernes et souffrant du complexe anti-romain ?

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