Vatican/États-Unis : on a évité « l’incident diplomatique ». Mais à quel prix ?

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Et comment donc s’est passée l’audience très “médiatisée” accordée par le pape à Obama le 10 juillet
dernier ? « Mieux que prévue » a confié Bertone, le secrétaire d’État, avec un soupir de soulagement. « Mieux que prévue » c’est sûr : parce que cette audience aurait bien pu
ne pas même avoir lieu, et qu’elle a été obtenue “à l’arraché” après bien des concessions du Governo, c’est-à-dire la Curie dirigée par la secrétairerie d’État.

Massimo Franco, du Corriere della Sera, revient, en partie, sur cette affaire dans un article du 18
juillet, bien documenté mais gâché par une conclusion qui relève de ce que les Français appelle « la méthode Coué », cette forme d’autosuggestion que semble aussi avoir adoptée la
Secrétairerie d’État.

La Curie comporte, en effet, quelques “poids lourds” américains qui n’ont pas ménagé, depuis novembre dernier,
leurs critiques contre Obama : le cardinal Francis James Stafford, Penitenziere maggiore, et l’archevêque Raymond Burke, préfet de la Signatura.

Ces critiques ont été prises très mal par la Maison Blanche qui a discrètement d’abord, puis de manière de plus en
plus pressante – et menaçante – demandé au Vatican de « faire taire » Stafford et Burke. Pour les gens d’Obama, ces déclarations hostiles ne relevaient pas du droit d’expression
constitutionnel que donne à tout citoyen américain le Premier Amendement, mais, compte tenu de l’importance de ces prélats à la Curie, elles exprimaient objectivement, pour la Maison Blanche,
l’hostilité du Saint Siège à la nouvelle administration américaine.

L’affrontement diplomatique a duré des mois et a failli se solder par un incident diplomatique majeur : la
Maison Blanche menaçant de dénoncer publiquement l’ingérence du Vatican dans les affaires intérieures des États-Unis, voire de rompre les relations diplomatiques. Pas moins !

Au Vatican, la “ligne de compromis”, décidée à lancer une “Westernpolitik”, a fini par l’emporter sur la
“ligne de résistance” proche des positions et de la pugnacité de l’épiscopat américain. Plusieurs articles de L’Osservatore Romano, incroyablement complaisants pour Obama, ont tenté de
manifester publiquement la “bonne volonté” du Governo : cela a rassuré la Maison Blanche mais accablé la hiérarchie catholique aux États-Unis. Stafford a été prié de faire valoir
ses droits à la retraite, et Burke de se taire.

L’incident diplomatique a été évité, de justesse. Mais les relations entre le Saint Siège et l’épiscopat américain
sortent détériorées de l’épreuve. Et cette fois-ci ce n’est pas à cause de l’américanisme, mais de ce que je n’ose pas encore nommer le diplomatisme