D’un mur à l’autre…

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La presse israélienne a regretté que Benoît XVI évoque le « mur de sécurité », qui sépare Israël des territoires
palestiniens, sans parler du terrorisme islamiste.

« Pire » encore, le Pape a appelé à abattre les murs entre les hommes – signe non équivoque de son « angélisme »,
voire de son « anti-sionisme ». Il a critiqué devant les autorités palestiniennes ce mur « qui fait intrusion dans vos territoires ».

 

Tout d’abord, il faut préciser que, contrairement à ce qui a parfois été dit, cette évocation n’a pas eu lieu devant le
mur lui-même, mais au palais présidentiel de Bethléem, le 13 mai.

 

Ensuite, la déclaration était bien davantage spirituelle que politique :

« Bien que les murs peuvent être facilement construits, a déclaré le Pape, nous savons qu’ils ne subsistent pas toujours. Ils
peuvent être abattus. Il est d’abord nécessaire d’ôter les murs construits autour de nos cœurs, les barrières érigées contre nos voisins. »

 

Mais, surtout, il est clair que la « barrière de sécurité » peut être momentanément une protection pour les populations
israéliennes contre le terrorisme islamiste, mais  qu’elle ne pourra jamais résoudre le conflit. A terme, il faudra bien songer à la paix entre
Israéliens et Palestiniens et il faudra bien abattre ce mur. Le Pape n’a fait que proférer une évidence.

 

C’est d’ailleurs tellement évident que Shimon Peres, président de l’Etat hébreu, interrogé ce même 13 mai par l’Osservatore romano, a
lui aussi déclaré : « En définitive, personne ne veut de murs, pour lesquels tout le monde paie un prix élevé ». Et encore : « Avant tout, nous devons ouvrir les
frontières et les coeurs pour permettre à nos enfants de vivre un avenir de paix ».

 

Mais peu de voix ont parlé du discours de Benoît XVI au mur des Lamentations.

Il y avait pourtant là aussi matière à tristesse.

 

Voici en effet le mot que le Pape a glissé dans les fentes des vestiges du mur occidental de l’ancien Temple :

« Dieu de toute éternité,
au cours de ma visite à Jérusalem, la « Ville de la Paix »,
patrie spirituelle pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans,
je te présente les joies, les espérances et les aspirations
les épreuves, la souffrance et la peine de tout ton peuple répandu à travers le monde.

Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
entends le cri de l’affligé, de qui a peur, du désespéré ;
envoie ta paix sur cette Terre Sainte, sur le Moyen-Orient,
sur la famille humaine tout entière ;
éveille le cœur de tous ceux qui invoquent ton nom
afin qu’ils marchent humblement sur le chemin de la justice et de la compassion.

« Le Seigneur est bon pour qui se tourne vers lui,
pour celui qui le recherche » (Lm 3, 25) ! »

 

Certes, je reprends bien volontiers à mon compte cette prière. Mais, comme de nombreux chrétiens, j’aurais apprécié que le Pape ne
parle pas seulement du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », mais aussi de Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, dont il est le vicaire.

 

On peut d’ailleurs, plus généralement, se demander si cette prière au mur des Lamentations s’imposait.

Le Christ est, pour la foi catholique, le temple vivant qu’annonçait en figure l’ancien temple de pierre, dont le mur occidental
subsiste. Pourquoi donc prier devant ce temple de pierre ?

Et, surtout,
était-il nécessaire de donner un message à cette occasion ? Une prière silencieuse, sans glisser de papier dans une fente du mur, n’eût-elle pas suffi ?