C’est à tort que l’on se méfie du patriotisme, qui relève du 4e commandement

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lMgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a soutenu l’initiative de la grande neuvaine de neuf mois de prière pour la France jusqu’au 15 août 2015. Il répond longuement au mensuel La Nef du mois de janvier. En voici quelques extraits :

“Les paroles de saint Jean-Paul II lors de son premier voyage en France continuent bien sûr de résonner à nos oreilles ; nous les gardons et les méditons dans notre cœur ! Le Saint-Père s’adressait à la France en tant que nation, ce qui n’est pas sans importance lorsque nous nous souvenons des controverses qui eurent lieu quelques années plus tard, à l’occasion de son voyage à Reims pour le XVe centenaire du baptême de Clovis (1996). Des voix s’étaient élevées pour que l’on évite de parler de « baptême de la France ». Les nations autant que les personnes peuvent accueillir l’Évangile : il est possible de parler de vocation à propos de chacune d’entre elle. Aussi cette neuvaine est-elle une heureuse initiative pour faire mémoire de toutes ces interventions divines dans notre histoire. C’est un fait : Dieu a le souci de la France, dont sa Mère est la patronne principale. Comment expliquer sinon la mission de sainte Jeanne d’Arc ?

Notre pays va-t-il si mal qu’il faille recourir à la prière, chose devenue très rare ?

Il est regrettable que l’on limite la prière pour la France aux temps de crise ou de guerre. Il semble bien au contraire que l’on puisse l’associer à celle qui est demandée pour les chefs d’État et ceux qui exercent l’autorité (1 Tm 2, 1-2). Cette attitude est liée au souci du bien commun. Cette préoccupation pour le sort de la patrie relève de l’attention ordinaire que l’on doit porter au pays de ses pères. C’est à tort que l’on se méfie du patriotisme, qui relève en réalité du quatrième commandement, celui qui nous engage à honorer notre père et notre mère. L’amour pour la terre de ses parents est l’expression d’une reconnaissance filiale : nous héritons de notre pays, son histoire, ses valeurs. […]

La laïcité en tant que telle est déjà une particularité si l’on compare la France à l’ensemble du monde. Il n’y a que cinq pays laïques, stricto sensu, sur la planète. Mais chaque pays a sa définition propre de la laïcité, et cette définition est bien différente de ce que nous connaissons en France ! Notre séparation Église-État est donc un cas unique au monde. En France, la laïcité est devenue un sujet de schizophrénie nationale. D’un côté, tout le monde s’en réclame, sans bien définir de quoi l’on parle. D’un autre côté, nous sommes passés en trente ans d’une société d’assimilation, où le christianisme était un référent culturel généralement admis, même si cela n’était pas officiel, à une société multiculturelle et multi-communautaire dans les faits, notamment avec l’émergence rapide de l’islam. Cette réalité est un tabou, car concrètement cette transformation a fait exploser le modèle de laïcité à la française. Alors que la laïcité est omniprésente dans la parole publique, nous sommes en réalité passés à une situation de post-laïcité dans les pratiques et les faits. […]

L’Union européenne, de ce point de vue, est un cas intéressant. Sous couvert de lutte contre le bloc communiste, insidieusement, un modèle d’organisation économique, caractérisé par l’anomie sociale, la mobilité perpétuelle et l’exculturation a été imposé à presque trente peuples qui sont chrétiens d’origine depuis un bon millier d’années. La « transcendance du marché » est la seule expression spirituelle possible de cette infrastructure fondée sur le mouvement perpétuel de l’économie. Croire que l’on pourra christianiser les institutions sans changer l’infrastructure est une erreur de jugement chez beaucoup de chrétiens aujourd’hui. […]

Comme d’autres papes avant lui, François a le désir de redonner ses lettres de noblesse à la politique, « l’une des formes les plus hautes de la charité ». Ce service ne peut se réaliser sans des bases anthropologiques solides et un désir missionnaire ardent. Cet accent mis sur la dimension transcendante de la personne humaine est le fil rouge de son discours au Parlement européen. Les chrétiens ne seront des témoins crédibles dans cet aréopage de la politique que dans la mesure où ils sauront conjuguer foi, compétence et audace. Ils seront les hussards de cette « Église en sortie missionnaire » vers « les périphéries existentielles » s’ils restent fidèles à ce qu’ils doivent être : des saints.

Un dernier mot : comment voyez-vous l’avenir de la France ?

La France est à la croisée des chemins. D’un côté, elle poursuit sa dissolution dans les grands ensembles supranationaux en gommant ses racines. D’un autre, la perte de toute légitimité des institutions qui structurent notre pays laisse la place à l’espérance. En effet, on discerne de plus en plus nettement une réaction populaire, une insurrection morale profonde face à un affaissement politique, social et culturel. Le sursaut ne pourra être véritable et durable que s’il prend sa source dans les eaux souterraines mais toujours vives de l’eucharistie, sacrement de la transformation du monde. Il s’agit aujourd’hui de se ressaisir des fondamentaux de l’existence humaine que l’invasion du monde virtuel ou technologique ou l’idéologie du transhumanisme tendraient à oublier ou à disqualifier. L’exculturation de la foi conduit à une déculturation de notre société qui, en oubliant ses racines chrétiennes, oublie les références culturelles dont elle était imprégnée. Cette perte des « évidences naturelles » (la famille, le sens de la vie, le rapport au corps, au temps, à la souffrance, à l’amour humain…) et la quête d’un post-humanisme ou d’un transhumanisme (avec la complicité des nouvelles technologies du vivant et les biosciences) réclament la redécouverte d’un milieu naturel où la foi se vit et s’éprouve avec d’autres, la famille étant le premier écosystème chrétien qu’il nous revient de réhabiliter et de promouvoir.”

7 comments

  1. Françoise

    Bravo Monseigneur ! Cette Europe-là est inhumaine et espérons qu’elle va exploser ou imploser, grâce aux mouvements de révolte populaires. L’Allemagne elle-même, tête de cette Europe, où la pression de l’autorité est encore très forte (parents en prison pour avoir refusé que la théorie du genre soit enseignée à leurs enfants), commence à bouger avec ses manifestations du lundi de grande ampleur contre l’islamisation du pays. D’autres pays suivront, et les racines chrétiennes des uns et des autres réapparaîtront.

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