Consistoire : 80-90% des interventions touchaient la question des divorcés remariés

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Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. Il raconte à Radio Vatican ce qui s’est dit lors du consistoire : 

“Je résumerais bien l’ensemble du travail sur « amour et vérité se rencontrent ». Évidemment, aujourd’hui, la situation du mariage dans le monde a beaucoup changé. Donc, la parole de l’Église doit beaucoup se renouveler en demandant à Dieu la grâce d’arriver à faire opérer cette rencontre entre l’amour et la vérité. Du coup, le cadeau, comme dit l’onction, ce sera la justice et la paix. Plutôt que d’aller butter sur « Est-ce qu’on va enfin donner la permission à ceux qui sont divorcés remariés d’aller communier ? C’est une injustice qu’on ne la leur donne pas ». Si vous buttez immédiatement sur le problème dans son point ultime, ça se cabre. Donc, moi je pense qu’il faut reprendre les choses profondément en amont et après, montrer aux gens que c’est un appel à leur liberté et non pas un règlement qu’on leur fait tomber dessus. Dans leur réponse libre à cette parole de Dieu, ils donneront un très beau témoignage et leur amour grandira.

Vous avez donc évoqué la question des divorcés remariés, une question délicate et sensible qui a été abordée. Il y avait là différents points de vue. Comment les discussions se sont-elles déroulées ?

C’était 80-90% des interventions qui touchaient la question des divorcés remariés. On voit bien qu’aujourd’hui, c’est la question la plus difficile et la plus douloureuse. Et il ne suffit pas de dire « moi, je suis rigoriste, moi, je suis laxiste ». C’est une impasse ce genre de discussion . Ce qui est important, c’est de dire « il y a incontestablement une parole de vérité qui vient de la Bible et il y a incontestablement un amour de Dieu pour tous les hommes, quel qu’ils soient et quel que soit leur situation ». C’est pour cela que si vous vous situez uniquement du point de vue réglementaire, c’était interdit et maintenant, ça va être permis. « Oui, l’Église s’ouvre, elle devient enfin attentive à nos vies, à nos conditions, elle renonce à ces vieux principes, etc.. ». C’est absurde parce ce qui est quelque chose de conjoncturel dans la vie de l’Église peut changer. Mais quelque chose qui vient directement de la parole de Dieu et qui touche les situations de vie ne va pas tellement changer, c’est-à-dire qu’on sait que le mystère de l’alliance entre l’homme et la femme est directement greffé, si je puis dire, à l’histoire de l’alliance avec l’humanité. Alors, il y a des pistes possibles. Par exemple, le Pape a dit lui-même, il y a déjà assez longtemps, qu’ on pourrait regarder comment font les orthodoxes . Mais pour la majorité des catholiques, lorsqu’ils regardent les catholiques, ils disent : vous voyez les orthodoxes, ils peuvent se remarier ». On sait bien que non. Si vous connaissez les orthodoxes, vous savez que chez les orthodoxes, quand il y a un remariage, on les reçoit, on les bénit. La célébration est pénitentielle, vous n’avez pas été fidèle à la parole de Dieu mais rassurez-vous, Dieu vous aime quand même. Et ce n’est pas un sacrement . On peut trouver les manières, ça dépend de la liberté qu’on laisse. Par exemple, on peut dire aux gens : « voilà quelle est la doctrine de l’Église et ce n’est pas à nous d’entrer jusque dans les détails de tout. Que chacun voit avec son père spirituel, avec son curé, avec son évêque. 

Il y a sur ce thème comme sur les autres thématiques abordées durant les discussions un consensus ou le regard est très différent que l’on vienne du continent européen, africain, asiatique ?

Vous pouvez avoir un consensus et un regard très différent. Je pense qu’au fond, il y a un consensus. C’est pour cela que je l’ai résumé avec cette phrase du psaume 84. Le consensus, c’est que la charité est première. Notre mission à nous, c’est de faire comprendre aux hommes que l’amour de Dieu leur est toujours offert, que l’amour de Dieu les suit et les poursuit toujours, dans quelque périphérie où il se trouve, comme dirait le Pape François. Ça, c’est vraiment le point fondamental. Et la parole de vérité qui est dite et qui parfois, est difficile à avaler pour nous est encore une marque d’amour et non pas un châtiment, une punition, une sanction, etc.. Alors ça, c’est difficile parce que dès ça se dégrade un tant soit peu, en règlement, comme je le disais là toute à l’heure, du coup,c’est perçu comme une sanction. Or, là où nous avons à trouver les mots, c’est de dire que « cette parole-là, je te le promets, est un chemin d’amour pour toi , un chemin d’amour de Dieu dans ton cœur. Laisse-le faire. Fais-lui confiance. Ça va batailler un peu en toi. Bon, ça arrive mais tu peux être certain que ce sera un chemin de croissance d’amour ou un chemin de vérité ». Alors, là-dessus, c’est vrai que les perspectives étaient très différentes et quand c’est les Philippines qui parlent, ce n’est pas tout à fait comme lorsque c’est Ouagadougou qui parle. Le fait que les points de vue soient très différents, ne veut pas dire une majorité et une minorité. Je pense que dans une rencontre comme celle que nous venons de vivre, il y a à la fois consensus et un son incroyable. Donc, c’est vrai qu’il y a quelque chose d’extraordinairement varié. 

Quel a été le climat de ce consistoire ? Comment le définiriez-vous ? 

C’est un moment fraternel et en même temps, on est un peu frustré parce que chacun parle 5-6-7 minutes, ça fait 80 interventions les unes après les autres. Il n’y a pas vraiment de discussions entre nous. On parle avec les proches, avec celui qui est devant, celui qui est derrière mais c’est vrai que cela manque de contacts fraternels. Il y a les petites pauses café : on a un truc à dire à quelqu’un donc on fonce sur lui, on lui dit « tu sais que…j’ai envie de te dire que… » mais c’est un petit peu lourd dans une après-midi, d’écouter 25 interventions. On fait attention à tout le monde, il y en a beaucoup qui ont des idées nouvelles et intéressantes donc on prend des notes mais c’est quand même encore une formule qui ne s’est pas encore trouvée ou qui doit encore se chercher. Donc, le climat est bon et fraternel, il n’y a pas de doutes là-dessus. On est d’une certaine manière content de se revoir. On a aussi besoin de ces contacts fraternels, on a des choses à se dire, on s’invite mutuellement,.. Enfin, c’est vrai qu’il y a une certaine fraternité.”

15 comments

  1. Sylvie Houbouyan

    La religion chrétienne et, dans sa forme catholique , est vraiment une belle et bonne chose pour nous qui lui appartenons. C’est ce que je retiens du résumé de Mgr Bernardin.
    Et c’est encourageant de l’entendre parler si franchement et si amicalement.
    Simplicité du chemin du Seigneur.

  2. DUMAS

    bonjour,

    Je partage l’analyse du Cardinal BARBARIN. Depuis VATICAN II, tous les papes qui se sont succédé ont longuement réfléchi à ce cas de conscience qui concerne des millions de couples divorcés de par le Monde; faisons confiance à la Miséricorde divine, et dans cette époque d’apostasie que nous connaissons surtout dans la “vieille EUROPE”, je pense qu’un jour, l’actuel Pape fera un geste de miséricorde envers tous ces exclus des sacrements, qui gardent toujours une FOI intacte; que DIEU éclaire notre Saint Père pour que nos frères divorcés voient un jour leur souhait exaucé!

    Que DIEU bénisse et affermisse notre Eglise!

    Hervé

  3. senex

    terribles aveux du primat. Ces assemblées ne servent à rien et coutent cher donc. Comme d’hab’ on signe à la fin la motion préparée à l’avance et on rentre chez soi ….
    On est content quand même qu’ils ne se soient pas battus…

  4. Courivaud

    Comme c’est curieux. Une brève précédente nous expliquait tranquillement que les débats, à Rome, se déroulaient “dans un climat serein”.
    Il faut croire que non…..

    Une mise au point s’impose, et sans langue de bois comme dans le journal…..

  5. boubert

    Concernant les divorcés remariés, je crois que nous cheminons vers une explication saine de ce qu’est l’Amour de Dieu. Nous voudrions souvent croire que Dieu raisonne comme des humains, or Dieu est Dieu il ne peut donc enseigner ce que pense les hommes mais son message d’amour est clair.
    Reste que la douleur humaine existe et que nous pouvons, sans doute, soulager cette souffrance par des signes qui restent à trouver. Pourquoi par exemple, les divorcés remariés ne s’approcheraient-ils pas de la Sainte Table pour recevoir une onction (bénédiction), comme le font les non baptisés?

    Il y a sans doute d’autres façon de soulager cette douleur, mais il n’est pas possible de la supprimer totalement, puisque la cause existe toujours et se répète.

  6. Jacq44

    Bonjour,

    Sur ce douloureux sujet, l’Eglise pourrait s’inspirer de l’usage Orthodoxe qui autorise le divorce pour raison grave donc le remariage. (Deux fois ) avec une cérémonie plus simple pour le second. Je vis personnellement une situation de ce genre et d’après quelques experts ce serait plutôt l’annulation qu’il faudrait dans mon cas , ce qui est long, difficile et pas toujours objectif, mais il est évident que nos frères orthodoxes ne peuvent inspirer nos doctes consistoires …!
    jacq44

  7. boubert

    Concernant les élections:
    je n’ai pas vu nos évêques condamnés les extrêmes gauche et dire qu’il ne faut pas voter pour ses candidats, alors que le Saint Père Pie XII a condamné avec la plus grande fermeté de communisme en disant qu’il est “intrinsèquement pervers”!

    Je ne suis pas adhérent du FN, mais il n’y a rien dans ce parti qui soit opposé à la religion catholique. Il y a le respect des hommes dès lors qu’ils respectent les autres. Force est de constater que certaines personnes se comportent en France d’une manière telle que l’on ne peut que vérifier qu’ils sont contre la France et les Français. L’Eglise accepterait-elle en son sein des personnes qui ne la respecterait pas (églises, évangile, enseignement etc…)?

  8. Michel Cliche

    C’est un moment fraternel et en même temps, on est un peu frustré parce que chacun parle 5-6-7 minutes, ça fait 80 interventions les unes après les autres. Il n’y a pas vraiment de discussions entre nous. Dixit le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon.

    Malheureusement, c’est la problématique de ces rencontres qui étouffent trop souvent le dialogue. Devons-nous nous soumettre à la loi des hommes pour le divorce comme pour ensuite banaliser l’avortement, l’homosexualité et autres?

    Depuis quand devons-nous accepter le péché comme bien?

    Sans admettre le péché comme bien, ne faut-il pas pardonner 7 fois 70 fois?

    L’Église est la gardienne de la Foi au Christ et de la Volonté de Dieu! Mettons notre confiance en l’Esprit Saint pour qu’Il éclaire notre Magistère!

  9. Melmiesse

    Aux 3e et 4em siècles les chrétiens scrupuleux qui avaient peur de pêcher après leur baptême préféraient se faire baptiser avant de mourir (c’est le cas de l’empereur Constantin) mais ils participaient à la messe (sans communion); autre temps autres mœurs : les divorcés remariés demandent de pardonner leur vie en contradiction avec les enseignements de l’Eglise et de communier

  10. de la Croix Guy

    Il est constant de remarquer comment aussi bien les commentaires ci dessus quel ‘évêque Barbarin lui-même ignorent ce que le Christ a écrit dans l’évangile et que la Ste Eglise Catholique enseigne depuis sa fondation:”le mariage catholique est indissoluble et le remariage catholique après un divorce consommé est invalide et est purement et simplement un concubinage donc adultère … et ce divorcé est excommunié de facto…
    L’enseignement canonique de l’Eglise est que même la CONFESSION est refusée à un divorcé qui concubine sauf si ce dernier décide en âme et conscience de renoncer définitivement à son concubinage et dans ce cas seulement il peut se confesser et être réintégré dans la Ste EgliseCatholique et recevoir à nouveau la sainte communion…même, une communion ”dite spirituelle ” ne peut être reçue validement par un divorcé vivant maritalement Et on comprend pourquoi … il n’y a pas de miséricorde sans justice et qui peut accepter que des époux fidéles sont considérés par Dieu comme ceux qui vivent en adultère permanent…

  11. Marie Odile

    … Combien de générations de divorcées et de divorcés montrés du doigt, rejetés et éloignés des sacrements de l’Eglise!?….
    Sans commentaire…. L’administration des corps n’est pas le secours des âmes…
    A méditer….

  12. Frère Laurent

    Il nous faut relire les Evangiles !!!! Jésus ne transigeait pas en ce qui concerne le mariage ! Et pour cause !
    Le mariage est le premier ‘sacrement’ -au sens large- (dans l’histoire), celui qui par le Christ deviendra le signe visible de l’amour du Christ pour son Eglise, se livrant lui-même pour elle.
    Par ailleurs il est impressionnant de constater (mis à part de rares cas) que ceux qui demandent à l’Eglise de ‘changer’ (ce que le Christ a enseigné…) ne sont pas (semble-t-il) en mesure de changer eux-mêmes afin d’accepter l’indissolubilité du mariage. Les sacrements ne sont pas un ‘droit’ seulement… A méditer, chacun pour notre part…

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  14. chouan 12

    @ JACK44, il ne peut s’agir d’annulation mais de nullité(déclarer que le mariage est nul) Quant à dire que c’est long, difficile et pas toujours objectif, je puis donner 2 exemples puisqu’il m’a fallu dix ans pour obtenir la nullité, mais c’était un cas spécial, normalement c’est maxi deux ans. le deuxième exemple c’est que suite à ma nullité j’ai proposé d’être notaire à l’officialité( secrétaire de l’official), et je peux dire que c’est en toute impartialité que
    sont posées les questions mais il faut bien aller au fond des choses pour être sûr de la nullité. Si donc des “experts” vous ont dit de faire la démarche faites-là , appelez à l’évêché et demandez à voir l’official il vous donnera la marche à suivre. Quelle joie après 5, 10 ans ou plus de pouvoir se marier à l’église bien sûr sans flons-flons et surtout de pouvoir communier!

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