L'accession du Sud-Soudan à l'indépendance ne réjouit pas nos associations "catholiques"

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C’est Yves Daoudal qui le remarque dans son numéro du 14 juillet dernier :

Voici le communiqué commun du Secours catholique Caritas France, CCFD Terre solidaire, Défap service protestant de mission, et Justice et Paix France. Voici des mouvements de l’Eglise catholique (dont le Secours catholique qu’on a connu mieux inspiré, et le CCFD qui se vante d’être composé de 28 services d’Eglise), associés à un mouvement protestant, qui n’ont pas un mot de sympathie pour le nouvel Etat, pour ses dirigeants chrétiens, pour sa population chrétienne enfin préservée de l’esclavage et du génocide, et qui n’ont à la bouche que les poncifs les plus éculés de l’idéologie qui règne en Occident. C’est tellement énorme que cela mérite d’être vu de près.

9 juillet 2011 : Sud-Soudan, naissance du 193e Etat, des associations chrétiennes appellent à la vigilance

D’emblée, on ne se réjouit pas de la naissance d’un pays chrétien indépendant : on appelle à la vigilance…

Paris, le 5 juillet 2011 – Le 9 juillet 2011, le continent africain sera le théâtre d’un évènement majeur, avec la création d’un nouvel Etat, la République du Sud-Soudan. Cette date marque l’aboutissement d’un processus de paix engagé depuis 2002, qui s’est soldé par la tenue d’un référendum consacrant le choix des Sud-Soudanais en faveur de l’indépendance de leur région. Ce scrutin qui s’est déroulé, contre toute attente, de manière relativement calme dans un pays qui a connu 50 ans de guerre civile,

Le scrutin s’est déroulé de façon parfaitement normale, et ce n’était pas du tout contre toute attente: la préparation laissait entendre au contraire quecela
allait se passer dans la paix et dans la joie. Le pays n’a pas connu 50 ans de guerre civile. Il a connu deux rébellions armées, de 17 ans et de 22 ans, du Sud
contre le Nord qui voulait instaurer une dictature islamiste.

ne doit pas faire oublier les défis restant à relever. Au vu de la dégradation de la situation actuelle,

Quelle dégradation ? Où cela ? Les combats qui ont eu lieu les semaines précédentes n’ont pas eu lieu sur le territoire duSoudandu Sud, mais au Soudan.

quatre associations chrétiennes appellent à la vigilance tant les mois et années à venir sont cruciaux.

On aurait pu croire que les associations chrétiennes appelaient à aider ce pays chrétien qui manque de tout. Mais non. Elles appellent à la vigilance. Il faut surveiller, guetter les faux pas…

Au lendemain du 9 juillet, le Sud-Soudan entamera un processus classique de construction d’un Etat (mise en place de l’appareil étatique, des systèmes juridiques et économiques…) dans un contexte de sous développement catastrophique (aucun investissement dans les infrastructures routières, sanitaires, scolaires, etc. depuis des décennies). Dès ses premiers pas, ce pays présentera des indicateurs inquiétants d’un niveau jamais enregistré depuis 1945 : les taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, une jeune femme de 15 ans a plus de chance de mourir en accouchant que de terminer ses études. Cette situation est en plus aggravée par des mouvements de population de grande ampleur. Depuis décembre 2010, environ 300 000 Sud-Soudanais ont quitté le Nord pour rejoindre le Sud Soudan.

On mélange tout, de façon indécente. Ou plutôt, on met tous les problèmes sur le dos des chefs de la rébellion, qui ont gagné l’indépendance: c’est de leur faute si le pays est dans cet état. C’était mieux avant… (Hum… avant 1945, donc à l’époque de la colonisation… mais on se garde de le préciser…). Et maintenant on va faire la leçon aux dirigeants, du haut de notre autorité d’ONG occidentales, et on va leur apprendre notre vocabulaire obligatoire : vivre ensemble, société multiculturelle. Sic:

Le Sud-Soudan devra également être attentif aux risques persistants de dissensions internes et veiller à promouvoir le vivre ensemble. A ce titre, le rôle des Eglises est précieux. Engagées de longue date dans le processus de paix et ayant toujours eu à coeur la réconciliation entre le Nord et le Sud, elles travaillent à la promotion d’une société multiculturelle. Par ailleurs, les récents évènements au Sud Kordofan (situé à la frontière entre le Nord et le Sud) et dans la région d’Abyei pointent la faiblesse de cet Etat naissant qui ne possède pas encore de frontières définitives et stables. Cette situation conflictuelle…

Alors là c’est proprement scandaleux. Les conflits au Sud Kordofan et à Abyei n’ont pas lieu au Soudan du Sud. Ils n’ont donc rien à voir avec une quelconque « faiblesse de cet Etat naissant ».

…renvoie plus largement à la question des ressources pétrolières, minières et aux futures relations entre le Nord et le Sud-Soudan. Or la viabilité de ce nouvel Etat sera tributaire de l’établissement de relations pacifiques et durables avec le Nord Soudan. Il est ainsi nécessaire pour la communauté internationale, dont la France, de poursuivre les efforts pour maintenir un cadre global de négociation entre les deux Etats et pérenniser une présence militaire des Nations Unies pour garantir la sécurité des populations nord et sud-soudanaises.

Finalement, c’est le sort du Soudan du Nord qui nous intéresse…Ce pauvre Soudan, auquel on a arraché un bon tiers de son territoire… Nos ONG chrétiennes ne s’intéressent pas une seconde au fait que les populations du Sud sont chrétiennes, et que le Nord est musulman, gouverné par un dictateur islamiste. Et l’on insiste lourdement :

Au lendemain de l’indépendance du 9 juillet, si les regards seront naturellement dirigés vers la République du Sud-Soudan, dont la population attend avec impatience les dividendes de la paix, le Nord ne doit pas être pour autant oublié, tant les foyers de tensions et de violences, au Darfour notamment, restent préoccupants. Le Nord-Soudan devra redéfinir son unité politique, sociale et économique après la perte d’un tiers de son territoire. Dès lors, nos
quatre associations et leurs partenaires soudanais insistent sur la nécessité pour ces deux Etats de maintenir le dialogue et la coopération.

Et c’est la conclusion. Il n’y aura pas un mot de sympathie pour le nouvel Etat, ni pour sa population chrétienne. Les deux Etats doivent maintenir le dialogue. Bien sûr. Ils n’ont d’ailleurs pas le choix, à moins de replonger dans la guerre. Et l’on se demande si ce n’est pas finalement ce que souhaitent les ONG. Pourquoi ? Parce qu’un nouveau pays chrétien, fier de sa foi, un pays où trône au Parlement le portrait de sainte Joséphine Bakhita, un pays où le président de la République va à la messe chaque dimanche et s’adresse à son peuple à l’issue de la messe, un pays chrétien qui s’est détaché d’un pays musulman, un pays noir qui ne voulait plus être sous le joug arabe, ce n’est pas conforme à l’idéologie du « vivre ensemble » et de la « société multiculturelle ». Eh bien, le Soudan du Sud se passera du Secours catholique, du CCFD, de Défap et de Justice et Paix France.

Et nous, si nous pouvions nous passer de ces associations ! A l’inverse, le pape, qui a envoyé son représentant sur place, a fait envoyer un message dans lequel il exprime “aux autorités du nouvel état et à une population en partie catholique les voeux de paix et de prospérité de l’Eglise“.