Les aumôniers catholiques doivent avoir leur mot à dire dans l'Armée

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Mgr Luc Ravel, évêques aux Armées, est interrogé par Frédéric Pons dans Valeurs actuelles. En voici un extrait concernant le pèlerinage militaire à Lourdes :

C’est une occasion presque unique de rassembler une masse significative de chrétiens de nos armées et, pour l’évêque, de retrouver les aumôniers et les membres actifs de son diocèse : 90 % d’entre eux seront là. C’est aussi extrêmement important que l’aumônerie militaire manifeste que, à côté des “armes de fer”, il y a des “armes de lumière”, des armes intérieures. […] On ne construit pas la paix en détruisant l’adversaire. Cette idée de pèlerinage militaire est constitutive du militaire en tant que sentinelle de la paix. L’aspect international atteste d’un désir commun de travailler pour la paix. Il serait étonnant de se coaliser uniquement pour déclencher le feu de la violence et pas pour mettre en synergie les forces intérieures.

Interrogé sur l’islam, il répond :

Nous devons repenser notre rapport au religieux dans les armées et avec nos adversaires. Je ne pense pas qu’il y ait des problèmes strictement liés avec l’islam, sur lequel on se focalise beaucoup, en oubliant qu’en Inde, par exemple, beaucoup d’églises ont été détruites par des fanatiques hindous. Et pourquoi ne pas aussi réfléchir sur le jeu des évangélistes extrémistes ?

En Afghanistan, de nombreux militaires, de tous grades, s’interrogent pourtant sur ce rapport difficile avec l’islam et sur certaines dérives dans la mission, comme distribuer des tapis de prière…

Les aumôniers de tous cultes, surtout catholiques, doivent avoir leur mot à dire. Il est dommage que la nation qui paie et intègre des spécialistes du religieux dans les rangs de l’armée ne leur demande pas leur avis sur certaines situations et les conflits : comment, par exemple, être juste par rapport aux populations et aux soldats ; ce qu’il est juste de supporter ou de faire supporter. Je souhaiterais aussi savoir comment l’aumônerie musulmane voit la laïcité dans les armées et dans la nation.

Avez-vous été sollicité pour apporter des réponses aux problèmes en pays musulman ?

Pas au niveau de l’état-major, mais je me tiens à la disposition de chacun pour dialoguer et apporter des réponses. Nous avons une expertise (Indochine, Maroc, Algérie) qui doit être lue à une époque où l’islam ne se présente plus comme au temps des croisades ou des colonies.