Le discours du cardinal Barbarin chez les protestants

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Voici l’allocution du cardinal Philippe Barbarin, lors de la journée inaugurale de l’Eglise Protestante Unie, samedi 11 mai 2013, au Grand Temple, à Lyon :

« Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi (…) afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17, 21). Nous recevons cette prière de Jésus, à la veille de sa Passion, comme une ultime consigne. Prier et agir pour l’unité des chrétiens est assurément pour nous un objectif premier et essentiel.

Ce verset de l’Evangile affirme aussi l’enjeu missionnaire du moment exceptionnel que nous sommes en train de vivre : être unis « afin que le monde croie » et découvre que Jésus est le Sauveur. Les jalons de la préparation de cet événement, vous les connaissez mieux que moi, mais je suis heureux de vous dire tout simplement ma joie d’être avec vous, ce matin, et la profonde union de mes frères et sœurs catholiques à votre démarche d’unité. Le cardinal Vingt-Trois, Président de la Conférence des évêques de France, aurait voulu être ici, mais les devoirs de sa charge l’appellent à participer au rassemblement « Diaconia 2013 », qui se déroule à Lourdes ces jours-ci, et je le remercie de m’avoir proposé de le représenter.

Une grande valeur symbolique

En 1973, la Concorde de Leuenberg, conclue entre de nombreuses églises issues de la Réforme en Europe, a fait forte impression. Elle abordait trois sujets essentiels : la Sainte Cène, la christologie et la prédestination. Cette décision a pris pour toutes les Eglises chrétiennes une valeur d’exemple. La même année, les papes Shenouda III et Paul VI signaient ensemble un accord christologique qui effaçait plus de quinze siècles de querelles et de divisions entre Coptes et catholiques.

Nous sommes sûrs que la fondation de l’Eglise Protestante Unie de France, aujourd’hui à Lyon, revêtira la même importance symbolique. La fécondité et le rayonnement de cet acte dépasseront certainement nos frontières. Je ne peux m’empêcher de penser par exemple aux églises malgaches, puisque j’ai eu l’honneur de servir le Seigneur dans cette Grande Ile pendant quatre ans, et je devine l’impact profond que peut avoir votre décision, mûrement réfléchie et préparée, sur l’Eglise Luthérienne (FLM) et l’Eglise réformée (FJKM) de Madagascar.

Pour nous, catholiques, et sans doute pour les baptisés des autres églises chrétiennes, votre décision provoque à la fois envie et admiration. Nous voulons dire merci pour ce que votre geste a de stimulant, un merci qui s’adresse à vous, bien sûr, puisque vous en êtes les artisans, et une action de grâce qui monte vers Dieu car nous regardons tous cette belle étape sur le chemin de l’unité comme un fruit de sa grâce. L’événement de ce jour étonne et réveille tout le monde. Lors de la visite ad limina, à Rome, en novembre dernier, je l’ai évoqué devant le pape Benoît XVI, et il a exprimé sa surprise, en faisant allusion aux graves conflits qui avaient marqué les débuts de la Réforme, par exemple au sujet de l’eucharistie où Calvin, déjà, avait cherché à être un artisan d’unité en publiant, quelques années plus tard, son Petit Traité de la Sainte Cène [1].

Quelles initiatives prendre ?

En m’invitant à dire une parole au milieu de vous aujourd’hui, on m’a demandé : Quelle sera la prochaine étape majeure vers l’unité des chrétiens ? Je pourrais répondre, sur le mode « I have a dream », en évoquant quelques-unes des initiatives qui me viennent à l’esprit, comme en rêve. Je pense à un frère et ami, prêtre orthodoxe, qui me demandait récemment de célébrer le baptême de son dernier enfant. Serait-il si difficile d’établir les conditions d’une telle célébration, en respectant la différence de nos traditions ? Il s’agit bien de l’entrée dans « l’Eglise une et sainte », la grande famille commune des disciples de Jésus. Nous pensons surtout et toujours à l’Eucharistie, dans le désir de manger ensemble « ce pain vivant descendu du ciel » (Jean 6, 51) pour nous nourrir. Il s’agit d’un sommet et d’un point d’aboutissement, certes, mais est-ce une raison pour ne rien faire ? Quelles conditions réunir dans une église pour accueillir à la communion eucharistique tous ceux qui respectent sa foi et qui agissent en communion spirituelle avec leur propre église ? Parfois même, mon esprit s’envole pour imaginer un scénario totalement inattendu qui viendrait de Dieu, en brûlant les étapes, pour rétablir l’unité tant désirée.

En fait, la question qui nous habite est celle qui est posée à Jean Baptiste, dans les premières pages de l’Evangile : « Que nous faut-il donc faire ? » (Luc 3, 10). Quelles initiatives prendre ? Certains pensent que l’œcuménisme marque le pas ; nous entendons même parfois parler de « glaciation ». Personnellement, je ne veux pas m’envoler dans l’euphorie ni sombrer dans le découragement ou l’amertume. Nous ne sommes pas appelés à obtenir des résultats, mais à avancer et à agir avec une « espérance persévérante » (1 Thes 1, 3).

Détermination et pauvreté.

Permettez-moi de proposer deux mots pour définir cette attitude : la détermination et la pauvreté. La détermination, je la sens partout, vive et claire, même si elle peut toujours être plus vigilante. Je regrette, par exemple, que nous ayons travaillé la question de la justification pour aboutir au beau texte de 1999, sans nous rappeler que la concorde de Leuenberg aurait pu nous permettre de le signer avec beaucoup d’églises, et non pas avec une seule.

J’ai encore en mémoire les premiers mots du Pape Benoît XVI après son élection, en avril 2005 : « Je voudrais vivre un pontificat de paix et de réconciliation, et poser des gestes concrets pour l’unité des chrétiens. » Ce fut le sens de son premier voyage, quinze jours plus tard, à Bari, ce lieu où, peu après le schisme d’Orient on avait essayé de refaire l’unité. Je sens la même résolution, aujourd’hui, chez le pape François et je vois qu’elle habite le cœur de l’immense majorité des chrétiens.

Alors, penserez-vous, pourquoi si peu de progrès ou de résultats visibles ? C’est là qu’il faut parler de pauvreté. A Lyon, l’abbé Paul Couturier nous a proposé le chemin de l’« œcuménisme spirituel ». Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, nous écoutons l’autre s’expliquer sur ce qu’il vit et sur ce qu’il croit, aussi longtemps qu’il le faut. Nous posons des gestes, nous prenons des initiatives qui nous semblent possibles, mais tout cela n’est rien en regard de l’événement qui surviendra quand Dieu voudra.

Dans la première Béatitude, par laquelle il ouvre tout son enseignement, Jésus dit : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux » (Mat 5, 3). Le mot « pauvres » (en grec ptôchoï) signifie précisément mendiants. Pour tous les biens spirituels, et l’unité en est un, la juste attitude est celle du mendiant qui est à la fois totalement démuni et très déterminé, car il faut qu’il vive ! C’est sans doute l’attitude intérieure de Jésus lorsqu’il prie pour l’unité.

Irénée, docteur de l’unité ?

Puisque nous sommes à Lyon, je terminerai en évoquant la figure de saint Irénée. Voilà vraiment un homme de paix ! Toute sa vie et son nom lui-même le disent. Il est reconnu dans un grand nombre d’églises chrétiennes comme un père dans la foi, une source commune de la théologie. Pourquoi donc les représentants des différentes églises ne se réuniraient-ils pas, à Lyon par exemple (!), pour chercher à la lumière de sa vie et de son œuvre de nouveaux chemins d’unité, et pour le reconnaître ensemble comme un Docteur de l’unité ?

Quelle est la prochaine grande étape vers l’unité des chrétiens ? Nul ne le sait, mais je veux dire à tous ceux qui sont réunis à Lyon en ce jour de fête, qu’il faut nous y préparer activement et tout de suite.

« Qu’ils soient un », nous redit Jésus. La seule manière de voir cette prière aboutir, c’est d’accomplir ensemble son grand commandement : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). La vérité de l’unité, c’est d’abord la charité. « A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13, 35).

8 comments

  1. Voilà la cause et voilà LES RÉSULTATS.
    On a bau être cardinal et oecuméniste jusqu,au trognon,ce texte décrit bien le pétrin où s’est engluée notre Sainte Mêre l’Église catholique.
    On veut l’unité chrétienne et on sollicite à cet effet les Évangiles et les paroles de Jésus. Fort bien ! Mais,là où les arguments scripturaires n’arrivent pas à masquer les cachotteries grossières de tous ces tenants de l’œcuménisme,c’est quand on veut leur poser des questions précises sur l’état de faits de ces religions hérétiques face à l’église catholique.
    Exemple: Le protestantisme a-t-il oui ou non causé un des plus grands schismes dans l’unité de l’Église ? Et si oui,dites cher M.Barbarin qu’est-ce que cette secte a fait pour rectifier son tir sur ses croyances en la justification,sur la présence réelle du Seigneur lors du Sacrifice de la messe et sur une foule d,autres sujets comme l’autorité pontificale. Jésus il est vrai a désiré d’un grand désir que tous soient Un. Mais,il n’a pas dit ramassez tout le monde qui“se prétend“du Christ et faites en l’union. Non,il a dit:“allez et ENSEIGNEZ TOUTES LES NATIONS ET BAPTISEZ-LES AU NOM…….“
    Il n,a pas dit:“faites des colloques,des congrès,discutez qui a dit la Vérité“. Il a dit:“JE SUIS LA VOIE,LA VÉRITÉ ET LA VIE“.Et,c,est dans la transmission apostolique que s,est perpétué le dépôt de la foi. Leur enseignez-vous ça M.le cardinal. leur dites-vous qu’ils continuent dans l’erreur en n’embrassant pas les dogmes catholiques ? Vous vous en gardez bien,car vous savez pertinemment qu’ils se boucheraient les oreilles. Et n,alllez surtout pas nous parler du document de retrouvailles avec les Luthériens. Je mets quiconque au défi de trouver dans ce document autre chose que de pieuses affirmations qui disent qu’il n’y a plus d’obstacle à la signature d,une déclaration commune sur la justification. Aucune référence à aucune étude sérieuse qui réussirait à amenuiser le fossé qui sépare les réformistes des catholiques sur la question de la justification. Est-ce vraiment sérieux de la part des catholiques de glisser sous le tapis une aussi grave question qui touche la foi et le salut des âmes. Où bien l’Église catholique du temps a eu tort de juger d’hérétiques les réformés qui niaient ainsi des dogmes formels de l’ÉGLISE ou bien l’Église et avec elle Jésus-Christ s,est trompé et nous a trompé,LUI qui a confié a Pierre et ses successeurs le dépôt de la foi.
    Non vraiment,Cher cardinal,vous le dites vous-même vous rêvez et vous prenez vos rêves pour des réalités. Ou bien,la vérité catholique n,est plus la VÉRITÉ léguée à nous par Jésus.Reveillez-vous,cher abbé,avant que vos rêvent se changent en cauchemar ! C.P.2013-05-14

  2. Sebastien

    Ensemble, aimons nous les uns les autres comme Jésus nous a aimé et aimons Dieu par dessus tout. Tout le reste nous sera donné par surcroit!

  3. Frankie

    Mais Mgr Barbarin est catholique ou protestant ! Ce genre de discours est un vrai désastre ! Il n’y a qu’une seule église du Christ et c’est l’église catholique ! Beaucoup de catholiques en ont assez de ces infiltrés philo-protestants ! L’entreprise d’auto-démolition continue. Devrons-nous tous rejoindre la FSSPX pour vivre dans un contexte catholique ?

  4. Olivier 33

    J’hallucine…”Unité?” avec les Protestants? Mais quelle unité? unité sur l’hérésie? sur la fausse religion protestante? Comment un catholique peut-il parler ainsi?!!!
    le cardinal parle au passage “des 2 papes”, le copte et le romain, comme si de rien n’était, comme s’il pouvait y avoir 2 papes!…
    Seigneur Jésus, au secours!

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