Les critiques du cardinal Poupard à l’encontre de l’UE

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L’Institut Robert Schuman pour l’Europe a organisé une conférence internationale pour célébrer le 50° anniversaire de la mort de Robert Schuman. La conférence organisée vendredi 13 décembre au centre de la Conférence des évêques de France avait pour thème : « L’Europe fait-elle fausse route? ». Le cardinal Paul Poupard, ancien président du conseil pontifical pour la culture (1988-2007) et du conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, a tenté de répondre à cette question, dans un sens peu élogieux, contrairement à la position de la CEF, car :

« Question incontournable pour qui parcourt l’Europe  à l’écoute de la rumeur sourde qui monte des profondeurs des peuples en proie à une crise qui touche directement les personnes dans leur travail, leurs revenus, leurs perspectives d’avenir, et plus encore celles de leurs enfants« .

« Il me semble que, sans le dire, en passant de la Communauté européenne à l’Union européenne, nous avons de fait abandonné une communauté solidaire, pour nous limiter à une union économique. Pour reprendre une expression célèbre de Robert Schuman le 9 mai 1950 : ‘L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble, elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait‘ ».

« En réalité, tout se passe comme si, à la mise en œuvre désintéressée de cet idéal premier : que devons-nous faire concrètement pour construire ensemble une communauté fraternelle et solidaire, s’était subrepticement substituée la préoccupation, et en conséquence, la poursuite égoïste et solitaire d’intérêts inévitablement contrastés, dans l’oubli progressif de la recherche d’un bien commun européen pour tous les peuples».

« La conséquence ruineuse en est l’émergence croissante d’un sentiment profond de frustration, entraîné par la convergence de motifs de mécontentement suscités par la crise économique et sociale, les fermetures multipliées d’entreprises, la croissance exponentielle du chômage, l’incapacité de la société à donner aux jeunes, souvent diplômés, un travail correspondant à leur qualification, l’exaspération devant ce qui est perçu comme une oppression fiscale sans contrepartie légitime, l’impuissance enfin des politiques, bref, une spirale sans fin qui, faute de pouvoir s’en prendre à des responsables identifiés jugés incompétents ou insignifiants, que des élections démocratiques pourraient enfin remplacer par d’autres, suscite une défiance profonde envers une lointaine structure baptisée ‘Europe’, jugée comme technocratique et retenue comme la source incontrôlable de tous les maux identifiables« .

« Ce malaise endémique ne pourra pas être traité comme un vulgaire rhume des foin». « L’Europe a besoin de retrouver une identité, de se donner un visage et des finalités clairement identifiables et désirables par l’ensemble des citoyens , afin que tous puissent faire leur l’adage romain antique et convaincant : ‘res nostra agitur, c’est notre affaire, à tous»

« Il m’apparaît possible et nécessaire de surmonter une opposition ruineuse entre nations et plus grands ensembles et d’ouvrir au contraire une inclusion entre provinces et patries dans une Europe unie. Car l’Europe ne peut s’édifier durablement sans la libre adhésion motivée de tous les peuples qui la composent. Notre communauté de civilisation est faite de la diversité de nos cultures, puisées à la même source millénaire, pierre angulaire de notre identité européenne».

« La baisse croissante de la fécondité européenne s’accompagne d’une promotion de l’avortement et même de la tentative, en Belgique, de légaliser une euthanasie de mineurs que même la barbarie nazie n’avait osé afficher» .

« Nous ne ferons pas l’Europe avec de nouvelles institutions, pour nécessaires qu’elles soient, si nous n’éduquons pas les jeunes Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Polonais et Russes,  à être Européens. Il ne servirait à rien, aux nations comme aux groupes sociaux, de revendiquer des droits si personne n’a été élevé, au sens fort du terme, à honorer des devoirs. Nous devons éduquer à l’effort, à l’épreuve et à la souffrance, sans quoi nous préparons inconsciemment de terribles mécanismes d’exclusion. Bref, nous manquons d’un idéal élevé et de la volonté de le réaliser. Henri Bergson, voici un siècle, diagnostiquait : ‘Notre monde élargi a besoin d’un supplément d’âme‘ ».

« Il importe de nous rendre compte que l’Europe ne saurait se limiter à la longue à une structure purement économique. Il faut qu’elle devienne une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne : dignité de la personne humaine, liberté et responsabilité de l’initiative individuelle et collective, épanouissement de l’énergie morale de nos peuples. Une telle mission culturelle sera le complément indispensable et l’achèvement d’une Europe qui jusqu’ici a été fondée sur la coopération économique. Elle lui conférera une âme, un anoblissement spirituel et une véritable conscience commune».

15 comments

  1. hermeneias

    Bien vu , excellent , merci Monseigneur .

    Il serait temps que l’Eglise cesse d’être le faire valoir ou l’auxiliaire des institutions supra nationales non d&mocratiques

  2. gaudet

    L’intervention de Mrg Poupart, constitue une sorte de discours fleuve, dans lequel se melent les grandes envolées lyriques, les formules de style, le tout débouchant effectivement sur l’expression de vérités constatées.

    Cependant nous pourrions reprocher à cet évêque, de ne pas avoir de ne pas avoir bâti son intervention sur un principe de base essentiel, de cohérence, de concision et de rationalité.

    Quiconque voudrait présenter une image réaliste de l’Europe pourrait proposer l’analyse suivante fort argumentée.

    L’Europe des peuples solidaire telle que la voulait Robert schuman est demeurée à une construction théorique, dont la traduction dans les faits, ne s’est jamais réalisée.Autrement dit il s’agit d’un ancien projet fort séduisant, n’ayant laissé derrière lui qu’une immense listes de profondes déceptions !

    Les fondateurs de l’Europe rêvaient d’une terre solidaire et sans frontières, et l’Europe réelle et concrète, forme une zone de mondialisme et de libéralisme effréné, ou l’absence de concertation sur les législations économiques aboutit à un dumping social, absolument désastreux.

    Dans cette Europe là, les ouvriers français dont les salaires sont déjà bas, sont concurrencés par des grosses sociétés, en mesure de faire trimer des personnels étrangers pour des rémunérations encore bien inférieures , tout en ne supportant pas les charges fiscales des entreprises françaises.

    Les institutions européennes qui étaient censées améliorer la vie des peuples, se sont transformées en immense monstre administratif, libéré de tout contrôle démocratique, ou de hauts fonctionnaires inattaquables, imposent parfois à la France, des législations aberrantes , inadaptées et inefficaces.

    L’éclatement des frontières et l’absence de protection ont eu pour résultat de provoquer l’effondrement de l’économie et de l’industrie française, ou les plans sociaux à répétition, provoquent le désespoir de millions de chômeurs!

    Le financement des institutions européennes atteint des coûts exorbitants, et l’aspect probablement le plus hallucinant et ridicule de ce système, est que le parlement est obligé régulièrement de faire l’aller et le retour entre Bruxelles et Strasbourg, ce qui représente , pour chaque opération de transfert, une charge financière exorbitante et consternante !

    Le travail parlementaire au parlement se trouve en fait très réduit, même si les députés sont très grassement rémunérés, et les grandes décisions sont prises par une clique de hauts fonctionnaires politiquement totalement irresponsables. Ces fonctionnement administratif , se traduit donc par la production de textes s’imposant aux peuples des pays concernés, sans qu’aucun recours ne soit envisageable, dans le but de se prémunir contre leur application parfois extrêmement préjudiciable.

    L’instauration de la monnaie euro, a privé la France de son autonomie monétaire, ce qui nous oblige à pratiquer une monnaie trop forte, avec toutes les conséquences dommageables pour notre économie et en particulier nos exportations , sur lesquelles nous devrions au contraire pouvoir compter, dans le but de maintenir nos entreprises, et limiter le phénomène redoutable et douloureux du chômage de masse .

    Je suis fondamentalement convaincu que si les créateurs initiaux de l’Europe vivaient encore sur terre, chacun d’entre eux , si tant est qu’il soit honnête , serait à l’évidence profondément désolé du triste spectacle que nous offre les institutions européennes dans leur ensemble, du coût faramineux de leur fonctionnement, et des résultats parfois fort désastreux des principes législatifs et réglementaires , qu’elles ont mise en place.

    Cependant je dois malgré tout modérer la dureté de ce discours , en affirmant que les malheurs de la France ( et ils sont nombreux ) ne sont pas tous imputables aux institutions européennes ;

    Ainsi donc parmi les désastres dont notre peuple est victime il faut placer en premier lieu le déficit budgétaire et le taux de prélèvements fiscaux fiscaux obligatoires, probablement le plus élevé qui soit au monde !

    Au vu de la masse d’Impôts que nous versons tant aux collectivités locales qu’à l’état, la France devrait bénéficier d’un excédent budgétaire remarquable, et non pas la situation de faillite calamiteuse dont le citoyen de demain sera l’innocente victime. En réalité le creusement épouvantable de la dette publique, démontre de manière éclatante que depuis 30 , 40 ans notre pays fut géré par des incompétents et des irresponsables, c’est à dire la clique des partis UMP et PS , qui ont gouverné la France pendant toutes ces années!

    J’ajouterai à ce tableau national calamiteux, le fait que la France, dont l’économie est en ruine, affiche au contraire d’excellentes performances dans le domaine de la corruption financières des élites politiques, faisant d’elle l’un des pays les plus pourri d’Europe.

    Mais là encore , je dois reconnaître que les institutions européennes et leurs fonctionnaires dominateurs et ultra puissants, ne sont en rien responsables de cette situation nationale absolument déplorable, reposant bel et bien sur la classe politique française .

    Le terrible déficit budgétaire, repose sur la responsabilité écrasante de nos propres politicards pourris et non pas les hautes fonctionnaires de l’Europe, dont j’ai déjà signalé les méfaits .

    En conséquence , nos citoyens victimes de la crise , sont dans leur droit , quand ils rejettent conjointement la dictature administrative des fonctionnaires de l’Europe, et l’oppression injuste et violente de notre classe politique gouvernante pourrie, ce qui fait de moi un électeur fervent du front national de Marine Lepen !

  3. COURIVAUD

    Une lamentation sur l’Europe par Mgr Poupard ?

    Ah ! mieux vaut Léotard que jamais…..

    De toute façon, la diplomatie du Saint-Siège n’a décidément rien compris à cette construction européenne, peut-être même dès ses débuts (même si Pie XII s’était montré critique sur un transfert programmé des compétences des Etats membres en faveur de la Commission). Preuve en a été donnée en 2004-2005 par cette tentative “décalée” d’obtenir une Constitution européenne qui proclame les droits de Dieu sinon les évoque implicitement.
    à cet égard, un commentaire critique de votre part, serait le bienvenu

  4. Henri de Bronac

    “Il faut qu’elle devienne une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne : dignité de la personne humaine, liberté et responsabilité de l’initiative individuelle et collective, épanouissement de l’énergie morale de nos peuples.”
    Belle ambition, exprimée de façon élégante, comme toujours, par notre cardinal de la Culture !
    Mais si les pays membres tournent le dos à cet idéal, comment l’Europe pourrait-elle s’en approcher ?

  5. joseph2

    L’Europe a quand-même permis à ses peuples de ne plus s’entredéchirer. Il ne faut quand-même pas l’oublier. Quant au sentiment de frustration, il est dû aux politiques qui rejettent sur l’Europe la responsabilité des moindres efforts demandés par les responsables des peuples à leurs compatriotes. Ils font de l’Europe un gendarme dont ils se désolidarisent, alors qu’ils sont bien contents de son aide.
    Elle a permis à la Grèce récemment de sortir du chaos, peut-être à nous demain. Vive l’Europe

  6. Jacqus Legendre

    Son éminence a parfaitement raison de crier haut et fort l’état désastreux de l’UE. Parfaitement raison aussi de recentrer la spiritualité de l’UE.
    Mais le Cardinal toute onctuosité sortie ne crie pas assez haut et fort toutes les dérives de l’UE et particulièrement de la France détruite de l’intérieur par des forces où le malin est à l’œuvre . De même le cardinal Poupard devrait recentrer aussi l’église de France qui de fille ainée de l’église devient l’alliée des forces ennemies de cette dernière sous le fallacieux prétexte de charité, de bonté et d’accueil de l’autre. Ne pas oublier que le Christ était bon mais aussi ferme ! de l’accueil des petits enfants aux marchands du temple il montre un caractère que l’on oublie parfois pour ne garder qu’une fraction de son action. Pour nous le christ n’est pas facile à comprendre car il est aussi Dieu et nous sommes loin de pouvoir agir selon sa volonté…!
    Jacq44

  7. Michel Cliche

    Bravo au cardinal Poupard pour l’une de ses belles citations : « Il faut qu’elle devienne une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne : dignité de la personne humaine, liberté et responsabilité de l’initiative individuelle et collective, épanouissement de l’énergie morale de nos peuples. » Ce qui est le reflet du problème de l’ensemble des pays chrétiens de ce monde où l’athéisme domine notre système d’éducation, en reniant la foi de nos ancêtres pour donner de l’emphase à toutes les autres croyances et au paganisme même !

  8. Jean-Pierre Delmau

    Merci, Éminence, voilà un avertissement clair d’un ex-Ministre de la Culture du Pape. Il n’y a pas d’avenir pour une Europe tenue en lisière par une pieuvre administrative anonyme et irresponsable, jouissant des pouvoirs souverains qui lui ont été abandonnés sans même la précaution d’en contrôler effectivement l’usage, et qui en abuse contre les peuples avec la complicité de leurs dites élites.
    Ce système est non amendable : trop compliqué et trop imprégné d’habitudes léonines dans les mains de trop de gens habiles et intéressés.
    D’autant que la moindre modification du moindre alinéa nécessite l’accord unanime des 28 membres ! Inutile de dire qu’on en parlera pendant 20 ans.
    Il doit être abandonné par chaque État individuellement, sans discussion, comme l’autorise l’article 50. Nul doute que tous les autres suivront le premier qui partira. C’est bien pourquoi la Commission a renoncé au référendum !

  9. chouan 12

    @ joseph2, ah bon la grèce est sortie du chaos, c’est nouveau, et l’Espagne et l’Italie et bientôt nous, quant à s’entredéchirer, je ne suis pas sûr qu’un jour on n’y revienne pas tant cette Europe nous trucide les uns après les autres. Qu’est-ce qu’elle nous a amené: l’euro qui nous ruine, le mondialisme chaque jour un peu plus puissant, qu’on refasse voter pour ou contre rester dans cette organisation à la tête de laquelle officient de véritables gangsters et on verra le résultat.

  10. Luc Warnotte

    Vous dites que l’Institut Robert Schuman “a organisé une conférence internationale pour célébrer le 50° anniversaire de la mort de Robert Schuman”. Vraiment? Ca me paraît franchement lugubre! A mon avis, c’était pour commémorer sa mort, pas pour la célébrer…

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