Notre époque attend des chrétiens audacieux

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Voici l’homélie prononcée par Mgr Scherrer, évêque de Laval pour la fête de l’immaculée Conception. Il a institué le 8 décembre une procession et une messe solennelle en la basilique d’Avesnières à Laval

« Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? ». Frères et soeurs, ce cri de joie d’Élisabeth doit devenir le nôtre ce soir tandis que, de cette basilique où nous sommes rassemblés, nos chants s’élèvent vers Marie, la Vierge immaculée, celle que l’Église contemple comme la plus pure transparence de Dieu, la « toute-belle », la « toute-sainte », celle en qui elle reconnaît et salue la pleine réussite de son projet d’amour sur l’homme. Avec Marie, l’espérance renaît puisque, en elle et par elle, c’est toute l’humanité qui retrouve sa splendeur première. Avec Marie, l’espérance renaît parce que le prodige d’amour qui se réalise par elle en notre faveur nous dit que « rien n’est impossible à Dieu ». Avec Marie, l’espérance renaît parce que contempler l’oeuvre de Dieu en elle, c’est croire qu’un chemin de grâce est possible aussi pour chacune et chacun de nous. De là vient notre bonheur, ce bonheur que la Mère de notre Seigneur nous visite ce soir, qu’elle vienne à nous avec le même empressement de charité que lorsqu’elle est venue vers sa cousine Elisabeth. Marie, frères et soeurs, est le chef d’oeuvre de l’Esprit Saint. Elle est, avec l’humanité sainte de Jésus, ce que son génie et son amour a pu réaliser de plus pur et de plus somptueux dans l’ordre de la création. Et si cette merveille a pu s’opérer, c’est parce que Marie a été entièrement ouverte et disponible à l’oeuvre de la grâce. Marie est le chef d’oeuvre de l’Esprit Saint. Et l’oeuvre de l’Esprit, son action en faveur des hommes, est toujours, comme disent les théologiens, « christo-conformante » : le rôle de l’Esprit en effet est de nous identifier au Christ, de nous rendre parfaitement ressemblant au Christ, de greffer notre vie sur la vie de Jésus, de mettre notre coeur en relation avec le sien. C’est ce que l’Esprit justement a réalisé en Marie. C’est un fait que nul coeur humain n’a été le plus en relation avec le coeur de Jésus que celui de Marie. Marie, disait Louis Marie Grignion de Montfort, est « toute relative à Dieu ». Elle est fondamentalement relative au Fils de Dieu comme étant sa Mère et en même temps relative à l’Esprit Saint comme étant son épouse. Marie est la plus pure transparence de Jésus et de l’Esprit.

De là le sens de la démarche que nous faisons tous ensemble ce soir. Puisque, dans la force de l’Esprit, Marie a donné un corps humain au Fils de Dieu, nous croyons que, dans la même puissance créatrice de l’Esprit, Marie continue de former le Christ en nous. C’est le prodige de sa maternité d’amour, c’est la réalité même de sa mission médiatrice au coeur de l’Église que la constitution Lumen Gentium nous a rappelé en termes si  forts. Ce que le concile Vatican II nous a redit, en effet, c’est que l’on ne peut comprendre le mystère de Marie que dans le mystère du Christ. Le rôle de Marie, sa mission de Mère, c’est de nous conduire à Jésus, de faire que notre vie soit peu à peu assimilée à la sienne jusqu’à ce que nous puissions dire un jour, comme l’apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Le grand désir de Marie, c’est que nous nous désapproprions peu à peu de nous-même pour accueillir son Fils comme le seul maître intérieur de nos vies. Le grand désir de Marie, c’est que nous expérimentions la puissance conquérante de son amour pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché, mais de l’amour. Voilà pourquoi à la Croix Jésus nous a donné sa Mère. Il nous l’a donnée pour que cette Mère puisse nous accompagner dans notre pèlerinage de foi, d’espérance et de charité vers l’union toujours plus intense avec Lui qui est l’unique Sauveur et Médiateur du salut. La bienheureuse Dina Bellanger, religieuse de Jésus-Marie au Québec, avait compris qu’on ne pouvait aller plus efficacement vers Jésus qu’en passant par Marie. Elle écrivait : « C’est elle qui nous conduit à Jésus, c’est elle qu’il faut laisser vivre en nous pour que le Christ se substitue à notre néant, c’est elle qui est le chemin le plus sûr, le plus court, le plus parfait pour nous élever jusqu’à l’Infini, nous unir à l’Amour incréé jusqu’à nous perdre en Lui, nous abîmer dans la source du bonheur éternel ».

En consacrant ce soir toute notre personne et notre vie au Coeur maternel et immaculée de la Vierge Marie, que faisons-nous en définitive ? Nous prenons au sérieux l’appel adressé par Jésus à prendre Marie chez nous. Nous faisons entrer Marie dans la maison de notre coeur, nous l’introduisons dans l’espace le plus intime de notre vie, dans les replis les plus cachés de notre être et de notre personne pour que cette Mère toute pure puisse former véritablement Jésus en nous, pour que notre humanité de péché puisse être assimilée à l’humanité sainte de Jésus que l’Esprit a formée en elle. C’est la prière que notre pape Benoît XVI a faite à Fatima l’an dernier lorsqu’il a consacré les prêtres du monde entier au Coeur immaculé de Marie. « Épouse de l’Esprit Saint, disait-il, obtiens-nous l’inestimable don d’être transformés dans le Christ. Par la puissance même de l’Esprit qui, étendant sur Toi son ombre, t’a rendue Mère du Sauveur, aide-nous afin que le Christ, ton Fils, naisse aussi en nous ». Cette prière, c’est évident, ne vaut pas simplement pour les prêtres ; elle concerne l’ensemble du peuple des baptisés appelés à devenir des êtres neufs, de la nouveauté même de la résurrection. C’est en chacun de nous, frères et soeurs, que doit naître Jésus ; c’est dans l’obscurité de nos vies que doit resplendir sa lumière, ce sont les traits de son visage qui doivent s’imprimer en nous. Lorsque cette conformation à Jésus sera devenue effective, alors sera réalisé le rêve de Dieu sur l’humanité depuis toujours, ce Dieu qui « nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans  l’amour, saints et irréprochables sous son regard ».

Frères et soeurs, si Marie est le don que nous recevons ce soir de Jésus comme le disciple bien-aimé le reçut lui-même au pied de la Croix, ce dont ne peut être accueilli que si nous consentons à nous donner nous-mêmes en retour. C’est en effet une grande loi de la vie chrétienne, une grande loi de la vie spirituelle : c’est seulement dans le don de soi qu’on peut accueillir le don de Dieu. C’est la question précisément que la Vierge avait posée aux petits bergers de Fatima : « Voulez-vous vous offrir à Dieu ? ». En entendant cette demande, les enfants ont tout de suite compris que cette question les engageait personnellement et pour toujours. Nous connaissons leur réponse : avec une confiance illimitée, ils choisirent résolument de passer par Marie pour adhérer à plein au projet de Dieu sur eux. Cela nous fait bien comprendre le sens de notre consécration qui n’est en définitive qu’une consécration à l’amour. Jean-Paul II disait que la consécration à la Vierge et à Jésus-Christ par ses mains était le moyen le plus efficace pour vivre les engagements du baptême.

C’est pourquoi, pour conclure, je voudrais vous rappeler ce que je vous avais dit à Pontmain, lors de notre rassemblement de Pentecôte 2010. Sous le regard de Marie qui s’est manifestée en ce lieu, je vous avais invité à faire un pacte avec l’Esprit Saint. Je vous ai redit le grand désir de Marie que se produise sur notre Église de Mayenne une Pentecôte d’amour et de joie ; je vous ai redit son grand désir que s’opère pour chacune et chacun de nous un renouvellement profond de notre vie de baptisés dans la vie victorieuse de Pâques. Notre époque en effet attend des chrétiens audacieux, des chrétiens qui n’aient pas peur de témoigner de leur foi, des chrétiens qui sachent s’affranchir des idéologies à la mode et du relativisme ambiant pour relayer avec une calme assurance la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Prendre Marie chez soi, précisément, se consacrer à Jésus par ses mains, c’est faire un pacte avec l’Esprit Saint. C’est supplier l’Esprit de réveiller les énergies puissantes de notre baptême pour que, tous ensemble, nous redevenions sel de la terre et lumière du monde selon le commandement de Jésus lui-même. Comment, en effet, supporter plus longtemps que les hommes, nos contemporains, sombrent dans l’oubli de Dieu ? Comment ne pas brûler du désir de leur annoncer cette Nouvelle toujours bouleversante d’un Dieu qui les aime à la folie et qui a payé dans la mort de son Fils en croix le prix de leur libération définitive ? Marie, Notre-Dame d’Avesnières, Marie, Notre-Dame de Pontmain, Patronne de notre diocèse en ton Immaculée Conception, prie l’Esprit d’amour de nous embraser de son feu. Qu’il fasse de nous de vrais disciples de la vie de Jésus, ton Enfant. Que sous sa conduite et avec sa grâce, nous progressions, libres et joyeux, sur les chemins du don. Amen.

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