“On ne demande pas aux évêques de prêcher la politique expérimentale”

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Jean Madiran a analysé dans Présent du jeudi 7 juin les propos du cardinal André Vingt-Trois à Milan. Extraits :

” […] Le Cardinal répondait à l’« impatience militante » des catholiques qui veulent défendre le mariage et la famille, bases institutionnelles de la vie en société très maltraitées en France et auxquelles le nouveau pouvoir socialo-communiste prépare le coup de grâce.

Face à cette situation, le Cardinal entend agir « à rebours d’une approche qui serait exclusivement confessionnelle », et il invoque « le devoir de proposer des arguments humanistes audibles par tous les hommes de bonne volonté », des arguments qu’on ne demande pas aux gens d’« accepter parce que c’est l’Eglise qui le dit, mais parce qu’il s’agit d’une expérience de l’humanité ».

Ce sont donc des arguments de politique expérimentale, à laquelle Charles Maurras a donné le nom d’« empirisme organisateur ». C’est justement à propos de la défense de la famille et du mariage qu’il en a fait l’un de ses plus clairs exposés méthodologiques, montrant comment l’induction d’un Le Play et la déduction d’un Auguste Comte aboutissaient à la même conclusion. C’est aussi dans sa lettre à Jean Madiran de 1944 qu’il a montré comment, par delà les profondes divisions morales et religieuses des Français, on pouvait, en vue du bien commun politique de la nation française, « proposer [comme dit aujourd’hui le cardinal Vingt-Trois] des arguments audibles par tous les hommes de bonne volonté ».

Cet empirisme organisateur fut coupablement rejeté comme du paganisme par le cardinal Andrieu, par le cardinal Lustiger et par son disciple le cardinal Vingt-Trois

On pourrait se réjouir sans réserve d’un tel ralliement, tardif certes, mais radical, si le cardinal Vingt-Trois ne commettait pas l’erreur la plus ordinaire du néophyte qui est, comme on le sait, d’aller trop loin dans le sens de sa découverte. Et d’en détourner les catholiques au profit du socialisme.

Avec un mépris épouvantable, il accuse d’agir « comme une secte égarée dans la société » les catholiques militants qui, face à la destruction socialo-communiste du mariage et de la famille, veulent dresser une opposition « confessionnelle », c’est-à-dire « parce que c’est l’Eglise qui le dit », – parce que c’est le Seigneur Jésus qui le veut.

La pratique politique de l’empirisme organisateur n’a jamais prétendu empêcher personne d’accomplir la mission que le Seigneur Jésus a donnée à ses disciples, d’enseigner les nations sur tout ce qu’Il a révélé quant à la Création, à la Rédemption et aux fins dernières. C’est-à-dire qu’il faut en tout cas tenir aux hommes de bonne volonté un langage que seule la satanique culture de mort s’efforce de déclarer et de rendre « inaudible ».

Le partage entre s’adresser aux hommes de bonne volonté selon le langage « confessionnel » ou bien selon le langage de l’empirisme organisateur est une question de circonstances ; mais aussi de vocation personnelle ; et surtout de responsabilités réelles de chacun selon son état. On ne demande pas aux évêques de prêcher la politique expérimentale, mais seulement de la comprendre, de prendre acte de son accord avec la loi naturelle, et de cesser de la calomnier et d’en détourner les catholiques au profit du socialisme chrétien à la Jacques Delors. […]”