Le silence du SRI, épinglé par les ex-musulmans convertis au catholicisme

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L’association Notre-Dame de Kabylie a été reconnue ad experimentum le 8 décembre dernier, « association privée de fidèles laïcs » par Mgr Michel Santier, évêque de Créteil. Cette association regroupe des fidèles d’origine maghrébine et musulmane qui se sont convertis à la foi catholique. Entre reconnaissance et première « admonestation », il n’aura pas fallu beaucoup de temps à Mgr Santier pour “faire la leçon” à ces courageux fidèles, au motif qu’un article publié le 22 juillet sur leur site ne serait « pas catholique ». On demande à voir, et d’ailleurs voici l’article que les animateurs du Notre-Dame de Kabylie ne sont pas disposés à retirer de leur site. Il s’agit d’un article sur le SRI, le fameux Service des Relations avec l’Islam, dont nous avons déjà parlé sur ce blogue. L’article débute par le constat douloureux

face au silence de certaines institutions, ou structures, religieuses devant les violences dont, de façon répétitive et croissante, les chrétiens, et plus particulièrement ceux des pays musulmans, sont les victimes. Parmi ces structures, le silence du Service des Relations avec l’Islam (SRI) de la Conférence des Evêques de France, voué au dialogue islamo-chrétien, est sans doute le plus inattendu. En effet, dans le cadre d’un dialogue sain et vrai, il serait naturel d’attendre des deux côtés une condamnation solennelle claire de ces violences qui, chaque mois, prennent plus d’ampleur […] Le Service des Relations avec l’Islam se définit ainsi: “l’un des organismes mis en place, dès 1974, par les évêques de l’Eglise Catholique de France. Il vise à maintenir des contacts réguliers avec des associations et des personnes appartenant à la religion musulmane, il conseille aussi les chrétiens (prêtres, religieux ou laïcs) que leur situation ou leur fonction amène à établir des liens plus suivis avec des croyants musulmans. … Les chrétiens que nous sommes ne peuvent rester insensibles à l’amour divin qui s’est révélé en Jésus: il n’a pas cherché son propre avantage, il n’est pas entré en compétition avec les “grands de ce monde”: il s’est voulu serviteur de tous… jusqu’à la mort… et la mort sur une croix. Nous nous sentons appelés à nous laisser former et envoyer par le même Esprit de Dieu pour que de nouveaux liens s’établissent entre Chrétiens et Musulmans de France. L’Eglise catholique qui nous a désignés nous demande ainsi d’être des intermédiaires et des traits d’union entre les deux communautés. Apprendre aux uns comment connaître et aimer les autres“.

Est-ce que “des liens plus suivis avec des croyants musulmans“, et le fait “d’être des intermédiaires et des traits d’union entre les deux communautés” impliquent d’exclure toute réflexion commune sur les persécutions antichrétiennes, réflexion qui alors seraient considérée comme un obstacle à l’objectif “d’apprendre aux uns comment connaître et aimer les autres?“. Est-ce que, dans le cadre du dialogue,”les chrétiens que nous sommes” qui”ne peuvent rester insensibles à l’amour divin qui s’est révélé en Jésus” sont tenus faire silence sur les martyrs chrétiens contemporains, afin de ne pas compromettre ce dialogue? Ces persécutés sont-ils exclus de cet amour divin révélé en Jésus? N’est-ce pas le rôle, et surtout le devoir, du croyant chrétien de témoigner, de façon officielle, compassion et aide à ses frères souffrant pour leur foi, ce qui a toujours été le cas depuis les premiers siècles? […]

[E]st-ce que, dans le cadre du dialogue islamo-chrétien, les responsables chrétiens du SRI agissent auprès des musulmans en vue d’une déclaration condamnant clairement ces violences? Malheureusement la réponse à cette question semble négative si l’on se réfère à deux déclarations du Père Christophe Roucou responsable du SRI. La première est la lettre n° 98 du SRI […] qui traite du sort malheureux des habitants de Gaza. On y trouve cette affirmation surprenante: “Mais les droits de l’homme forment un tout et doivent pouvoir être partout respectés. Comment demander le respect des libertés de conscience et de religion, y compris le droit de choisir sa religion, quand les droits élémentaires de la personne humaine ou d’un peuple sont bafoués?“, ce qui est le refus clair de dénoncer les persécutions antichrétiennes, tant qu’un problème, qui ne concerne pas les persécutés, n’est pas réglé. Problème qui, d’ailleurs, est régulièrement et très largement évoqué sur les sites et dans les publications catholiques consacrés au dialogue islamo-chrétien, mais sans réciprocité en ce qui concerne les persécutions antichrétiennes. […] La seconde déclaration a été faite dans le cadre de la table ronde du Colloque “Vivre avec l’islam” consacré en partie aux persécutions contre les chrétiens, organisé par l’Aide à l’Eglise en Détresse (12-13/02/2010): “J’ai le sentiment à ce colloque d’être un peu au tribunal de l’Islam. On peut débattre intellectuellement sur l’Islam mais sans manquer de respect et d’estime pour les musulmans qui assistent à ce colloque“.

Ainsi, pour le père Christophe Roucou, la mise en cause de certains aspects de la doctrine de l’islam, l’évocation des persécutions antichrétiennes et du sort des apostats de l’islam, sont assimilées à un “manque de respect et d’estime pour les musulmans”. Donc, dans un dialogue, la vérité serait un manque de respect vis-à-vis de l’un des interlocuteurs? Or ce colloque était un exposé de faits prouvés, sans mise en cause des musulmans en tant que personnes auxquelles sont dues le respect, et l’amour que tout chrétien doit porter à son prochain. Ces deux déclarations semblent donner quelques clés du silence du SRI.

Très récemment, en utilisant un vocabulaire relativement flou (où les mots “persécutions” et “violences”, pourtant utilisés par Benoît XVI, sont absents), la lettre n° 102 (mars 2010) fait une allusion aux chrétiens des pays musulmans dans ces termes: “les situations difficiles ne manquent pas et nous sommes loin du compte à propos de la liberté de conscience et de la liberté de culte dans beaucoup de pays à majorité musulmane“. Des massacres sont présentés comme des “affrontements“, plutôt liés à des questions sociales, économiques, tribales, culturelle. Il s’agit surtout de “résister à la pression de l’immédiat à laquelle la société nous contraint : les medias voudraient que nous réagissions immédiatement à chaque « événement »“. Cette lettre veut justifier l’attitude du SRI ainsi:” Qu’il est difficile de raison garder et de prendre du recul pour comprendre les événements et les personnes dans le monde d’aujourd’hui!“. La lettre n° 102 conclut en définissant implicitement les règles du dialogue: “Le rôle des croyants, chrétiens comme musulmans, est de conjuguer la raison et la foi qui sont des dons de Dieu, de les utiliser ensemble pour connaître leur propre tradition, découvrir celle de l’autre et finalement respecter l’autre dans sa différence et ainsi servir Dieu qui nous a tous créés à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26)“. Cette phrase pose la question de savoir s’il y a vraiment respect de l’autre, si on le juge a priori incapable de faire face à la vérité, en le plaçant ainsi de fait dans une situation d’infériorité au plan de la raison.[…]

Comme chaque année en juillet, le SRI a organisé en 2010 une session de formation d’une semaine à l’islam, où une catholique, ayant épousé un musulman, dit chercher pour ses enfants musulmans une éducation basée sur des valeurs communes: “Tout ce que j’ai appris ici correspond tout à fait à ce que m’a toujours dit mon mari, …. je vais aussi pouvoir reprendre certaines choses avec mes filles, élevées dans la religion musulmane mais qui ont du mal avec la présentation qu’en fait leur père sous forme de permis/interdit“. Cette formation du SRI va donc aider cette dame à faire de ses filles de bonnes musulmanes.”

Il est dommage que cet article de Notre-Dame de Kabylie choque Mgr Santier. C’est par le SRI qu’il devrait être choqué.