L'étrange conception du corps mystique du Christ de Mgr Fonlupt

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Mon confrère bien informé d’Osservatore vaticano n’aura pas attendu longtemps une confirmation à propos des rumeurs entourant l’hétérodoxie de Mgr François Fonlupt, nouvel évêque de Rodez. Une conformation qui entache les services de la nonciature. Voici un extrait du courrier :

Comme vous le savez, le diocèse de Clermont, dirigé par Mgr Simon, est l’un des plus progressistes de France, mais au sein de ce diocèse, l’abbé François Fonlupt était à la pointe de la pastorale la plus subversive. […] Tous ceux qui le connaissent savent qu’il a tenu des propos inadmissibles du point de vue catholique sur la famille (les divorcés « remariés » civilement) ou sur le dialogue interreligieux, qui auraient dû attirer l’attention des autorités romaines et tout d’abord de la nonciature apostolique. On a peine à croire que cette dernière ait fait une quelconque enquête à son sujet ?

Je ne vous citerai qu’un seul point. L’abbé François Fonlupt a publié un article intitulé « Communion fraternelle et communion au Corps du Christ », dans la revue Chercheurs de Dieu, organe du Service national de la Catéchèse et du Catéchuménat, n° 161, de mars 2007, « Entrer en catéchuménat. Jeudi saint et catéchuménat », pp. 24-25. Ce court article (François Fonlupt fait toujours bref, mais… dense) entend souligner l’importance de l’accueil de la communauté chrétienne célébrant l’eucharistie pour permettre aux catéchumènes de discerner le Corps du Christ. Comme on le sait, l’une des manières d’exprimer ce qu’est la grâce sacramentelle propre du sacrement de l’eucharistie, la res comme disent les théologiens, est d’expliquer que la réception de la communion consolide l’unité du corps mystique : « Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, à nous tous nous ne formons qu’un seul corps, car nous avons tous pris part à ce pain unique » (1 Co 11, 17).

Mais la théologie implicite de François Fonlupt consiste à passer du Corps physique du Christ, à son Corps mystique, pour absorber la réalité du premier dans le second. A la manière de bien des modernes, il confond (volontairement ?) la grâce signifiée et non contenue dans le sacrement, la res, avec ce que les théologiens nomment la « grâce et signe » contenus dans le sacrement, la res et sacramentum, à savoir le Corps et le Sang du Christ rendus présents sous les espèces consacrées pour réaliser le sacrifice eucharistique et pour en appliquer les fruits par la communion. Le malheur est qu’il passe de l’implicite (Corps sacramentel et Corps mystique sont une même chose, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de Corps sacramentel à proprement parler) à l’explicite en précisant très clairement sa thèse, laquelle devient dès lors franchement hérétique : « Il s’agit, écrit-il, de discerner, de reconnaître le Seigneur qui se manifeste à présent à la communauté de ses amis autant [c’est moi qui souligne] par le pain et le vin partagés et la mémoire de sa mort et de sa Résurrection, que par l’assemblée qu’il constitue comme son corps ».

S’agirait-il seulement d’un aliquo modo, un « d’une certaine manière », comme en avancent parfois les théologiens, mais qui serait l’espèce extrêmement sulfureux ? Non pas. François Fonlupt enfonce le clou et s’enfonce : « Le corps du Seigneur, dit-il, sa présence de Ressuscité, sont accueillis à travers le pain et le vin, mais de manière tout aussi réelle et signifiante dans l’assemblée ». Il y a bien pour lui équivalence de réalité et de signification entre le pain et le vin consacrés et l’assemblée qui célèbre : Corps du Seigneur sous le signe sacramentel et Corps du Seigneur dans l’assemblée sont reçus « de manière tout aussi réelle et signifiante ». Il y a, en somme, une « présence réelle » dans l’assemblée. Et, inversement, la présence sacramentelle n’est que mystique.

Sans même en tirer les conséquences, les termes de François Fonlupt constituent en soi, matériellement une hérésie (proche, en fait, de la conception calviniste de l’eucharistie). Soyons justes: ces deux pages de texte, et très spécialement ces deux « thèses », manifestent d’abord et avant tout une nullité théologique abyssale. Nullité qui sauve peut-être – Dieu seul le sait – leur auteur de l’hérésie formelle concernant le plus important sacrement de notre religion.