Vote : la première réalité est le respect de la vie, de sa conception à sa mort naturelle

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Texte de Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, paru dans le Bulletin Catholique de Montauban :

Tandis que l’agitation politique continue….

Beaucoup de Français, selon les sondages, semblent décidés à voter lors des prochaines élections présidentielles et législatives. C’est une bonne chose et, comme disciples du Christ, nous avons à nous préoccuper du politique, mais encore faut-il que nous préparions nos esprits pour discerner et agir en conscience.

Le vote le plus négatif est celui que l’on fait par idéologie, par adhésion totale à tel parti politique. Il s’agit alors de faire avancer la personne désignée par le parti où je milite ou, du moins, celui dont je me réclame. C’est pourquoi tant de citoyens ne raisonnent pas et glissent dans l’urne le bulletin où s’inscrit le nom du candidat dont ils ne connaissent peut-être même pas le programme. Nous ne pouvons exercer ainsi notre droit de vote en vérité. Voter est un acte sérieux qui demande que nous formions notre conscience politique, non d’après des slogans (par exemple, « la gauche c’est les pauvres, la droite c’est les riches ») ni en fonction de notre sensibilité (par exemple « le ou la candidat(e) est charmant(e) »). Comment éclairer notre choix au milieu de tant de proclamations, d’interviews, de propos contradictoires, de rétractations et, parfois, d’incohérences ? Notre conscience chrétienne va discerner à partir de fondamentaux, c’est-à-dire d’un bien commun qui se construit selon des critères objectifs et qui peut être réalisé dans un contexte donné. Le discernement juste éloigne du rêve : on pourrait être monarchiste en pensant que ce régime a sa raison d’être mais il faudrait reconnaître l’inanité d’un tel rêve aujourd’hui. De la même manière nous souhaitons globalement que chacun vive décemment mais nous savons que le partage des richesses dépend du cœur de l’homme et, donc, d’un changement total de mentalité. Aucun gouvernement ne réussira cette conversion. C’est à nous de l’opérer.

Des outils

Pour nous aider nous avons des outils : la Parole de Dieu, l’enseignement constant de l’Eglise catholique exprimé fortement dans sa pensée sociale (Cf. compendium de la doctrine sociale). J’ai chargé Robert Gimenez, diacre du diocèse, de faire connaître cette pensée et il travaille régulièrement avec des groupes qui lui font appel. Ce genre de formation devrait intéresser beaucoup de catholiques désireux d’intégrer la pensée de l’Eglise pour toutes les questions d’éthique, de société, de politique. Malheureusement rares sont ceux qui en voient l’intérêt ! Il devient alors difficile de voter « en son âme et conscience » quand on ignore l’essentiel du message chrétien. Ne pas le connaître volontairement est de l’ordre du péché car nous sommes tenus de nous former à l’enseignement de l’Eglise. Il y a aussi des instances de réflexion où l’on peut étudier des textes produits par la Conférence épiscopale et par des associations professionnelles catholiques (par exemple le MCC –Mouvement des cadres chrétiens, les EDC –Entrepreneurs et dirigeants chrétiens,). La connaissance de notre situation économique et financière, de nos stratégies d’alliances, de notre politique sociale, de notre politique étrangère, et des divers domaines où l’Etat intervient nous conduit à connaître par diverses voies (et non pas seulement les grands médias officiels) les lignes du gouvernement et le programme de ceux qui se présentent à nos suffrages.

Les points incontournables

Nous ne trouverons jamais notre candidat idéal. Nous choisissons la plupart du temps « par défaut », selon ce que nous pensons être un « moindre mal ». Il faut aussitôt ajouter qu’un « moindre mal » n’est pas encore un bien ! Nous pouvons faire ce choix dans la mesure où nous discernons qu’avec tel candidat la société aura plus de chance d’être guidée vers le bien tel que je le conçois, en accord avec ma foi chrétienne. Je vais alors prendre en compte ces réalités qui structurent une société. Pour un chrétien la première de ces réalités est le respect de la vie, de toute vie humaine de sa conception à sa mort naturelle, parce que tout être humain est créature de Dieu. Dans ce principe du respect des personnes il y a la nécessité de combattre le chômage pour que chacun puisse vivre en gagnant sa vie. Ceci n’empêche pas de venir en aide aux plus démunis et à ceux qui viennent chez nous pour vivre ou survivre dans la mesure où nous devons réguler cet accueil. Beaucoup de réformes ont touché la société française durant le quinquennat qui s’achève. Certaines sont irrecevables pour la conception chrétienne de l’homme et de la femme. Nous ne pouvons guère attendre l’abolition de ces réformes mais nous devons susciter le débat et faire entendre notre voix. Là aussi la posture des candidats est un indicateur précieux. Enfin, pour résumer ce que doit chercher un électeur chrétien c’est la personne qui, en toute vérité, manifeste en actes qu’elle est au service de son pays, de son département ou de sa commune parce qu’elle l’aime au point de se donner à cette réalité. C’est alors une vocation !