Affaire Murphy : décryptage des faits concernant la Congrégation pour la doctrine de la foi

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par Médias et Evangile.

Selon le New York Times, le pape actuel aurait couvert les abus sexuels du père Murphy, prêtre du diocèse de Milwaukee. La gravité de l’accusation nécessite de décrypter, à partir des faits actuellement entre les mains de la presse, le rôle joué dans cette affaire par la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont le cardinal Ratzinger était alors le Préfet.

Quels sont les faits reprochés au père Murphy ?

Le père Murphy est un prêtre accusé d’avoir violenté environ 200 enfants sourds d’une école du Wisconsin entre 1950 et 1974.

Les faits ont-ils été dissimulés à la justice américaine ?

Non, puisqu’ils ont été dénoncés par les victimes à la fois à la police et au diocèse, au milieu des années 1970.

Quand la Congrégation pour la doctrine de la foi a-t-elle été saisie du cas Murphy ?

La Congrégation a été saisie 20 ans plus tard, à la fin des années 1990, dans le cadre d’une procédure canonique. En l’état des informations, on ignore le motif de cette saisine tardive.

Pourquoi la Congrégation a-t-elle été saisie ?

Parce que certains abus sexuels du père Murphy ont été commis dans un confessionnal, circonstance aggravante pour le droit de l’Eglise, constituant un crime qui ne peut être traité qu’à Rome. (1)

Le « secret pontifical » a-t-il consisté, dans cette affaire, en la non-dénonciation des crimes aux autorités civiles ?

Ce que l’on appelle « secret pontifical » dans le droit de l’Eglise correspond au « secret de l’instruction » dans le droit commun. Il n’exclut en rien la dénonciation de faits aux autorités judiciaires ni même l’éventuelle publicité de la sanction canonique. Dans le cas Murphy, au moment où la Congrégation pour la doctrine de la foi est saisie, la question de la dénonciation ne se pose pas puisque les faits sont déjà connus des autorités civiles depuis plus de 20 ans.

Quel était alors l’enjeu de la procédure traitée par la Congrégation ?

L’unique enjeu du traitement à Rome de l’affaire était alors la sanction canonique à adopter à l’encontre du père Murphy, pouvant aller jusqu’au renvoi de l’état clérical, qui est la plus grande peine ecclésiastique.

Quel est le sens de la lettre écrite par le père Murphy au cardinal Ratzinger ?

Malade en fin de vie, le père Murphy a écrit à la Congrégation pour exprimer le désir de mourir comme prêtre. Il a demandé la clémence de Rome, mettant en avant son repentir et sa grave maladie.

Qu’à décidé la Congrégation pour la doctrine de la foi ?

Compte tenu de l’état de santé du père Murphy (mort 4 mois plus tard), du fait qu’il était matériellement hors d’état de nuire et qu’il n’y avait pas eu de cas nouveaux depuis 20 ans, la Congrégation n’a pas prononcé son renvoi de l’état clérical. Elle a remis le dossier entre les mains du diocèse « en demandant que le père Murphy accepte l’entière responsabilité pour la gravité de ses actes ».

Quel est le sens de la décision de la Congrégation ?

La décision de la Congrégation renvoie à une notion juridique, également présente dans le droit commun, qu’on appelle « l’opportunité des poursuites », étant entendu que les poursuites dont il s’agit sont les poursuites canoniques et non les poursuites judiciaires devant les autorités civiles. Les tribunaux ecclésiastiques prennent des sanctions canoniques qui ne remplacent pas les éventuelles sanctions des autorités civiles mais s’y ajoutent. Elles ont pour premier objectif d’obtenir le « retour du pécheur », c’est-à-dire lui faire prendre conscience de la gravité de ses fautes pour obtenir son repentir et sauver ainsi son âme.

(1) Avant 2001, le droit Canon (droit de l’Eglise) prévoyait que soient remontés à Rome les cas présentant cette circonstance aggravante. À partir de 2001, le cardinal Ratzinger a ordonné que tous les cas de pédophilie soient traités à Rome.

Lire le communiqué de presse du père Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège

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