Le cardinal Vingt-Trois demande un débat sur les diverses conceptions de l’être humain

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La messe des parlementaires se tenait mardi 17 octobre, en la basilique Sainte-Clotilde. Mgr André Vingt-Trois a déclaré aux députés et sénateurs présents :

[…] Comme celle de l’empire romain, notre société met en œuvre une confrontation entre les convictions les plus fortes des croyants et les recherches laborieuses des sagesses humaines, même quand elles échangent « la gloire du Dieu impérissable avec des idoles. » Dans les débats de société, certains s’essaient à occulter cette confrontation en la réduisant à une opposition entre des croyances qui voudraient s’imposer à tous et la liberté de conscience. Nous risquons de faire leur jeu en appuyant nos arguments sur une foi particulière. Ce n’est pas le chemin que nous indique saint Paul. Il ne nous invite pas à dissimuler nos références de croyant, au contraire : « Je n’ai pas honte de l’évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant. »  nous dit-il. Mais il nous invite aussi à rejoindre la connaissance de Dieu que peut avoir l’intelligence humaine, même si elle n’est pas encore accomplie dans une profession de foi plénière. C’est à cette intelligence que nous devons faire appel en posant des questions qui concernent le sens de l’existence humaine. »

« Dans les mois qui viennent, la révision des lois de bioéthique devrait être l’occasion d’un authentique débat sur les diverses conceptions de l’être humain qui y sont engagées, notamment par les questions concernant la procréation médicalement assistée et ses conséquences prévisibles. Il dépendra des élus que ce débat échappe aux caricatures faciles et se situe au niveau de ses vrais enjeux. Il est particulièrement significatif que dans les opinions émises à ce jour on occulte généralement les droits des enfants, -et notamment celui d’avoir accès à ses origines-. Nous ne pouvons pas fortifier une société réellement démocratique en plaçant les désirs personnels au-dessus de toute réflexion éthique. Dans ce débat, les chrétiens ont une responsabilité particulière, non pour imposer leur point de vue comme une position particulière, mais pour provoquer les intelligences et les consciences à tenir compte sereinement des signes que nous donne la création sur les conditions de la vie humaine. »

« […] L’extension exponentielle des moyens de communication, qu’il s’agisse des réseaux sociaux ou des chaines d’information continue, confronte chacune et chacun des citoyens à une masse d’informations et de commentaires qui dépasse, et de beaucoup, le volume et le rythme réels des événements. Il s’agit d’une véritable boulimie dont l’effet est de solliciter toujours davantage les réactions immédiates et de substituer progressivement ces réactions aux faits eux-mêmes. Dès lors, l’appréciation et le jugement se déplacent de l’action vers la communication. Ne risque-t-on pas d’en arriver à juger toute action publique en termes de communication, comme si les intentions réelles et les objectifs poursuivis étaient secondaires ? Comment éviter d’alimenter ces combats virtuels et faire ressortir les véritables enjeux de l’action politique ? Je mesure à quelle ascèse doivent se soumettre les élus et les gouvernants pour résister à ce travers de la vie publique et ne pas céder à la tentation de se soumettre à cette aspiration du système médiatique. Ce n’est pas la communication qui doit déterminer l’action mais l’action qui doit nourrir la communication. »