“Le progressisme veut réduire le phénomène religieux à un système de références vaguement mythologiques”

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Jean-Marie Paupert est décédé le 24 juin dernier. Ecrivain à l’analyse pertinente, il a marqué de nombreux catholiques. Voici un extrait de l’entretien très éclairant qu’il avait eu 1982 avec Rémi Fontaine et que le journal Présent reproduit dans son édition du 10 juillet 2010 :

– Le complexe et l’erreur du progressisme, n’est-ce pas précisément de vouloir dissocier l’Eglise d’une civilisation, qui lui est connaturelle ? de vouloir « décoloniser » le message chrétien ?

– C’est exactement le noeud du problème. Les progressistes, qui ne parlent que d’incarnation et d’histoire ne veulent pas vraiment que le christianisme soit, de naissance, incarnation dans l’histoire. Or, il ne peut en être autrement. Pour eux, le christianisme n’est qu’un vague sentiment de générosité, de fraternité universelle, (une) religion diffuse, sentimentale, (…) Le progressisme est une sorte de miasme ambiant. C’est un courant d’air qui tend à réduire complètement le phénomène religieux (…) C’est la réduction du christianisme à un système de références vaguement mythologiques pour qu’on devienne gentil tous ensemble. Cet humanitarisme horizontal, banal et omniprésent, suppose une « déculturation », un suicide culturel. (…)

Il serait ridicule de rejeter dans les ténèbres extérieures tout ce qui n’est pas héritage du bassin méditerranéen au sens que je l’ai défini. C’est le même Dieu qui régit la même humanité et qui veut son salut. Il y a dans l’africanisme, dans la vieille culture chinoise, islamique, bouddhiste, hindouiste… il y a des pierres d’attente, des notions qui peuvent s’ajouter à notre héritage, qui peuvent même conforter et développer certaines des valeurs que nous aurions tendance à perdre. Cela dit, contrairement à la tendance moderne progressiste, il n’est pas question pour nous d’abandonner nos bagages essentiels, nos dogmes, notre philosophie, notre culture… Il ne s’agit pas de se transporter ailleurs comme un nuage évanescent. C’est la différence qui existe entre une greffe et un saupoudrage. On peut greffer le christianisme sur des cultures différentes grâce à l’unité de la nature humaine. Des botanistes arrivent aujourd’hui à produire, sur un même tronc, des fruits différents de la même famille (pêche-prune-abricot). Mais c’est le greffon qui détermine la nature du fruit, qui enrichit le fruit. Je crois en la greffe, sans quoi je ne croirais pas à la vérité du christianisme. Mais le christianisme comme papier d’emballage pour envelopper n’importe quelle culture, je n’y crois pas. (…)

Il y a péril en la demeure (dans la maison du père), si nous restons dans l’état où nous sommes : des « demeurés » (en jargon de droit). C’est pourquoi je me proclame réactionnaire, ce qui est l’extrême opposé du conservatisme. L’homme de réaction représente aujourd’hui le vrai progrès alors que le progressiste niais, sous son vent de l’ histoire, nous conduit au cimetière. On nous insulte constamment de ce terme de « réac » comme si nous étions des fossiles. (…). Nous ne voulons pas revenir en arrière, au XIXe, au XVIe, au Moyen Age. C’est nous prendre pour des imbéciles. Nous voulons simplement réagir pour récupérer un certain nombre de valeurs capitales spécifiques de la nature humaine, qui transcende l’histoire. C’est la revalorisation de la contemplation contre un excès d’activisme, de la chasteté contre la veulerie du sexe, de l’ascèce contre le laisser-aller, des droits des autres contre mes velléités, de la liberté dans l’ordre et la discipline contre les libéralités anarchiques, etc.

(…) Nous passons actuellement par une crise profonde : une période d’occultation. Cependant, il ne faut pas perdre confiance car l’Eglise a les paroles de la vie éternelle. Mon espoir est sûr parce que fondé sur la Foi, mais il n’est pas souriant. Je ne crois pas qu’on puisse sortir d’un tel chaos sans souffrance. On ne se vautre pas dans la veulerie, on ne brade pas des valeurs sacrées impunément.

– Comment selon vous, doit réagir le chrétien d’aujourd’hui (…) ?

Il suffit d’être chacun à sa place en faisant ce qu’on peut et ce qu’on doit. Il faut surtout être fidèle. Pour moi il n’y a pas d’efficacité, ni de vérité possible pour un chrétien s’il ne reste pas d’Eglise. « Hors de l’Eglise point de salut. » Il faut rester fidèle dans l’Eglise malgré la tempête.”

AL (merci à TC + EVR)

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