Mgr Aupetit : “Nous allons nous exprimer”

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Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, médecin et membre du Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France, s’élève dans Famille chrétienne contre la décision du CCNE :

Que vous inspire cet avis du CCNE, comme évêque et comme médecin ?

Hélas, c’était à prévoir. C’est la stratégie des « petits pas » dans la destruction de notre conception de l’homme, fondée sur le respect absolu de la personne humaine. Depuis le « mariage pour tous », la définition du mariage a changé, la définition de la filiation a changé, la définition de la procréation a changé. Nous ne sommes plus dans la vision de la naissance d’un enfant comme don mutuel des personnes. Selon cette logique, nous aurons bientôt la gestation pour autrui (GPA). Malheureusement, tout cela ne m’étonne pas.

Assiste-t-on, avec cette généralisation de la PMA, à la disparition progressive du rôle du père ?

La véritable question, c’est effectivement la disparition du père. Mais aussi le fait que l’enfant devient un simple produit manufacturé : sous prétexte qu’il est objet de désir, il est mis à la disposition des adultes, comme l’on ferait pour une voiture ou un smartphone à la mode ! Le problème est que l’enfant n’est pas un objet qu’il suffirait de désirer. L’enfant est une personne qui doit être respectée dans sa conception, dans son origine et dans son développement. L’enfant n’est pas un dû, mais un don ! Il y a l’argument selon lequel il existe une discrimination : pour qu’il y ait une discrimination, il faut qu’il existe une différence de traitement en fonction de personnes ayant droit. Or, dans cette situation, il n’y a pas de droit ! Il n’y a pas de droit à l’enfant ! Dans la PMA pour un couple homme-femme, il y a une indication médicale qui vient pallier la stérilité d’un couple pouvant porter l’enfantement dans sa relation. En autorisant la PMA pour les couples de femmes ou les femmes seules, on leur donne de manière artificielle un enfantement. L’enfant devient un objet. Cela ne veut pas dire que ces femmes seront incapables de l’élever, mais que son identité et sa structuration ne sont pas respectées. Un enfant doit pouvoir connaître son père. C’est ce que disait déjà la Déclaration des droits de l’enfant de 1991 ! L’enfant a le droit d’être élevé, idéalement, par ses géniteurs. Évidemment, ce n’est pas toujours possible quand il y a un abandon ou la perte des parents. Ce sont des injustices auxquelles l’adoption pallie. Mais là, nous créons volontairement une injustice ! Nous créons artificiellement des enfants sans pères. […]

 

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron et ses partisans ont indiqué qu’ils étaient favorables à la généralisation de la PMA. Si cet avis du CCNE débouchait sur un débat parlementaire, quel serait le rôle de l’Église et des chrétiens ?

Nous allons nous exprimer ! Il est important que l’on puisse dire en quoi cela nous paraît profondément injuste vis-à-vis de l’enfant. Le « mariage pour tous » a jeté des centaines de milliers de personnes dans la rue en 2013, et a divisé profondément la France. Si le nouveau gouvernement, qui se propose justement de l’unifier, au-delà de la gauche et de la droite, faisait passer un tel message en avalisant la PMA, cela créera nécessairement un nouveau clivage. Notre pays n’en a pas besoin ! Je veux aussi confier que j’étais présent dimanche dernier au Chemin d’Emmaüs, une initiative diocésaine d’accompagnement des personnes homosexuelles et de leurs familles. Il faut cesser de les mettre en avant et de leur faire porter tous les chapeaux possibles et imaginables… Les personnes homosexuelles sont instrumentalisées par un lobby très bien implanté dans les médias, mais qui n’est absolument pas représentatif. La plupart des personnes homosexuelles ne veulent pas de ces revendications. Il faut bien comprendre que nous ne défendons pas une vue de l’esprit : l’enfant est le fruit d’un don, que se font les conjoints l’un à l’autre par le partage. Il y a un manque entre les sexes, mais ce manque n’est pas une carence : c’est le lieu nécessaire de l’altérité, qui fonde la relation à l’origine de la vie. Pour notre construction personnelle, c’est important que cela soit respecté. […]