Nigeria : tentative avortée d’étendre la légalité de l’avortement ?

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La vie reste décidément une « valeur » en Afrique noire, comme le démontre cette tentative probablement ratée de légaliser l’avortement dans l’Etat d’Imo, au Nigeria.

 

C’est à la faveur d’une loi pénalisant la violence contre les personnes (loi N° 12) qu’on a tenté de dépénaliser l’avortement en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste, de danger pour la santé physique, psychique, psychologique ou émotionnelle de la mère : elle précise que « chaque femme… aura le droit de déterminer les processus relatifs à la reproduction dans son corps ». Un comble pour une loi qui justement entend interdire toute forme de violence, qu’elle soit gratuite, domestique ou liée à des pratiques traditionnelles qualifiées de dommageables par les pouvoirs publics.

 

Etrange droit nigérian qui apparemment peut être fixé à l’insu des citoyens : la loi aurait été promulguée en mai 2012 et portée à la connaissance des leaders chrétiens de la région seulement au début de septembre 2013.

 

La région, précise Kirsten Andersen de LifeSite, est profondément catholique. C’est donc la colère qui a prédominé lorsque le contenu de la loi N° 12 a été porté à la connaissance du public, d’autant plus qu’une tentative similaire en 2010 avait abouti à une prise d’assaut du parlement d’Imo le jour où le texte devait être débattu, et le projet avait finalement été abandonné. La loi N° 12, elle, a été adoptée sans débat public.

 

Rochas Okorocha

Devant le tollé, le gouverneur de l’Etat d’Imo, Rochas Okorocha, a convoqué une session d’urgence du

parlement en lui demandant d’abroger les sections de la loi relatifs à l’avortement, assurant, en présentant ses excuses, qu’il avait mal interprété les termes du texte. Il a demandé aux leaders chrétiens de lui pardonner. Il affirme avoir signé la loi parce qu’elle lui a été présentée comme visant à prévenir les violences contre les femmes et qu’il l’a également signée en raison de son « amour des enfants ». IL a déclaré avoir appelé le parlement à « revoir les aspects de la loi qui vont à l’encontre de la foi chrétienne » : « J’aime les enfants plus que n’importe qui. »

 

A l’heure d’écrire, je ne trouve pas trace d’une abrogation effective de la loi par le parlement de l’Etat d’Imo.

 

Par ailleurs, le médecin nigérian pro-vie qui a alerté l’opinion sur cette manœuvre des pro-avortement (non identifiés), le Dr Phillip Njemanze de l’association des praticiens médicaux catholiques, vient de porter plainte contre le gouvernement d’Imo qui menace de le chasser d’un terrain où un consortium de médecins provie dont il fait partie a commencé la construction d’un établissement de santé : il affirme avoir des titres de propriété en règle.

 

Dans un interview à Information Nigeria, il ajoute que les excuses du gouverneur ne suffisent pas, ni même l’abrogation des dispositions contestées de la loi N° 12 : il rappelle qu’une loi plus ancienne, sur le Genre et l’Egalité des chances, signée quatre jours avant son départ par un ancien gouverneur d’Imo, le chef traditionnel Achike Udenwa, permet déjà l’avortement dans de nombreux cas.

 

Un point de vue que soutient l’archevêque catholique de la province ecclésiastique d’Owerri, Mgr

Anthony J.V. Obinna. A la suite des excuses présentées par le gouverneur Okorocha il a déclaré : « Personne ne doit se laisser tromper par ce qu’a fait le gouverneur mardi dernier. L’Etat d’Imo reste sous l’emprise de la loi d’avortement signée par le Chef Achike Udenwa en 2007. » Soulignant que d’autres aspects des lois en cause sont contestables, il a ajouté que la meilleure chose à faire par rapport à une loi mauvaise est de la « révoquer complètement ».

 

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