Voter Jésus

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De l’abbé Gilles Morin, Curé de la Paroisse Notre Dame de Nazareth à Paris :

Ils ont voté. C’était il y a près de 2000 ans. Ils ont voté, non pas à main levée mais à voix criée. Rappelons-nous : Ils ont crié : « Barabbas ! libère-nous Barabbas ! » Quant à Jésus, ils ont crié et crié plus fort : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Oui, tous ces gens rassemblés près du lieu dit le Dallage ont voté. Ils ont voté l’élimination de leur roi. Certains se sont certainement efforcés de faire entendre leur voix  criant à pleins poumons : « Jésus ! Jésus ! » Cela n’a pas suffi. La majorité, hostile au Galiléen, l’a emporté. Ce drame a marqué l’histoire de l’humanité. Ce drame s’est changé en gloire. C’est pourquoi nous pouvons réaffirmer que le Christ est vainqueur ; il est le Vivant à jamais ; il est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Son royaume n’est pas de ce monde.

Ce dimanche est le dimanche appelé « in albis ». Les néophytes, nouveaux baptisés de la nuit de Pâques, sont particulièrement mis à l’honneur. Ils ont fait leur choix, celui du Christ Sauveur. Ils sont rayonnants de joie. Ils ont voté Jésus.

Ce dimanche est celui du premier tour des élections présidentielles pour notre pays. Jésus y est le grand absent. Son nom n’est ni évoqué ni prononcé. En France, la déesse « laïcité » l’exclue par principe. Nul n’est invité à s’y référer ni même à s’en inspirer. Le drame d’il y a 2000 ans est donc d’une grande actualité. Le quotidien est marqué par les souffrances multiples, par les situations angoissantes, par les victimes de toutes sortes, par les attentats, les guerres, les persécutions, les injustices etc … Chaque candidat s’efforce de proposer des solutions pour porter remède à de telles situations. Oui, sans nul doute, il faut travailler à ce monde qui passe ; mais n’est-ce pas chimérique de le prétendre en faisant fi du Rois des rois qui nous a montré le chemin de la vie et nous a enseigné les leçons de l’Amour ? Que peut-être un monde sans Jésus ? Voilà ce qu’un chrétien ne saurait négliger lorsqu’il déposera dans l’urne son bulletin de vote.

Ce dimanche est aussi celui de la Divine Miséricorde. Quelle merveille que ce cœur du Christ qui ne répond à la haine que par l’amour, au déchaînement de la violence que par la douceur, la tendresse et le pardon ! Quel mystère admirable que ce Jésus qui nous appelle à être miséricordieux comme notre Père des cieux est miséricordieux ! Quel que soit le futur président et quelles que soient la pertinence et l’efficacité de son action à la tête de notre pays, nous serons toujours appelés à imiter Jésus Miséricordieux. Là est la source de la vie, là est le lieu de l’avenir. Comme l’a si bien souligné le pape Benoît XVI dans son encyclique « Deus caritas est », « l’amour sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n’y a aucun ordre juste de l’Etat qui puisse rendre superflu le service de l’amour. Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain … » (N°302)

Bien sûr, ce dimanche, nous mettrons notre bulletin dans l’urne. Il le faut bien. Mais en le choisissant et en le déposant, au plus intime de nous-même, rappelons-nous notre baptême, n’oublions pas notre choix fondamental, celui de notre foi ; finalement, par-delà notre vote humain, de tout notre être, votons à nouveau Jésus.