Divorcés-remariés : ils ne sont pas les seuls qui devraient être privés de communion

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La controverse relative à l’accès des divorcés-remariés – en état de péché public – à la Sainte Communion, est toujours d’actualité, alors que le synode pour la famille approche. On se souvient du texte du cardinal Kasper, félicité par le Pape François, qui se fait fort de révolutionner le droit existant. Pour le cardinal, “un chemin de pénitence” doit permettre aux divorcés-remariés d’accéder de nouveau à la Sainte Communion sans pour autant abandonner le concubinage qui heurte le principe de l’indissolubilité du mariage.

Parmi les contributions de qualité favorables au maintien de la Tradition, il faut noter celle, récente, de monseigneur Martin Grichting, vicaire général du diocèse de Coire en Suisse. Elle a été reproduite sur le site Chiesa de Sandro Magister. Monseigneur Martin Grichting plaide pour un rappel plus vaste des règles d’accès à la Sainte Communion, qui sont rarement respectées par les fidèles. De ce point de vue, les divorcés-remariés seraient moins “pointés du doigt” en ce qu’ils ne seraient pas les seuls à devoir se priver de la Communion. Et d’en appeler à résoudre l’appauvrissement liturgique considérable qui touche l’Église catholique …

 

À PROPOS DES CONDITIONS DE LA COMMUNION SACRAMENTELLE

Le synode imminent et en particulier la question des divorcés “remariés” civilement pourraient donner l’occasion de réfléchir à nouveau aux conditions dans lesquelles la communion sacramentelle est fructueuse et à la fréquence à laquelle il faut recevoir ce sacrement.

Le concile de Trente n’avait pas prescrit de fréquence déterminée. Il fut alors décidé que l’on devait recevoir la communion sacramentelle au moins une fois par an. […] Même si, par la suite, de nombreux auteurs d’ouvrages de spiritualité ont recommandé la communion fréquente, c’est seulement avec le décret “Sacra Tridentina Synodus”, publié par la sacrée congrégation du concile le 20 décembre 1905, qu’un changement d’orientation s’est produit.

Ce document, promulgué à l’initiative du pape Pie X, déclarait qu’il était très souhaitable de communier fréquemment et même quotidiennement ; il invitait donc les fidèles à recevoir souvent la communion.

Cependant Pie X mit certaines conditions à la communion fréquente. Les fidèles ne doivent pas la recevoir par habitude, par vanité ou par respect humain. Surtout, ils doivent être sans péchés graves et avoir l’intention de ne plus pécher, selon la parole de saint Paul : Que chacun reconnaisse le corps du Seigneur et qu’il ne mange et ne boive pas sa propre condamnation en le recevant de manière indigne (cf. 1 Corinthiens 11, 27-29).

Par conséquent, à cette époque-là, on ne pouvait pas même concevoir une invitation générale et sans restrictions à recevoir la communion sacramentelle, cela d’autant plus que les règles relatives au jeûne eucharistique qui étaient alors en vigueur étaient beaucoup plus restrictives que de nos jours. Dans beaucoup de cas, en effet, la communion n’était distribuée que pendant la première messe du matin, le dimanche.

Mais, malheureusement, les conditions nécessaires pour recevoir la communion sacramentelle, qui étaient encore considérées comme évidentes au temps de Pie X, n’ont presque plus été rappelées par l’Église au cours des dernières décennies. En pratique, ce qui subsiste actuellement des indications données par Pie X, c’est uniquement l’invitation à la communion fréquente. Elle est même interprétée comme une invitation concernant toutes les personnes qui sont présentes à la célébration. De nos jours, la communion sacramentelle est perçue comme une partie obligatoire du rite de la messe, de même que le signe de croix fait avec l’eau bénite ou l’échange du signe de paix.

Par conséquent un changement des mentalités devient nécessaire également en référence aux personnes “remariées” civilement, mais pas seulement à elles. Si les conditions indiquées par le pape Pie X pour recevoir la communion sacramentelle étaient encore appliquées dans la pratique pastorale, la question de la communion sacramentelle des personnes “remariées” civilement se poserait dans un contexte plus vaste et qui leur serait plus favorable. Ces fidèles ne pourraient plus être considérés comme les seuls “moutons noirs” faisant l’objet de discriminations, parce que, comme chacun sait, il n’y a pas que le sixième commandement, il y en a dix en tout.

De plus, la problématique concernant la communion sacramentelle des personnes “remariées” civilement s’est aggravée, au cours des dernières décennies, en raison de l’appauvrissement liturgique de la vie ecclésiale. Dans certaines paroisses la liturgie est réduite uniquement à la célébration eucharistique. Les diverses formes de piété populaire, les différentes fonctions religieuses, l’adoration eucharistique, la récitation du chapelet en commun ou celle du bréviaire ont été de plus en plus mises de côté.

Sans doute l’eucharistie est-elle “la source et le sommet de toute la vie chrétienne ” (Lumen Gentium, 11). Mais la disparition progressive des formes qui préparent ce sommet et qui y conduisent aggrave la situation difficile dans laquelle se trouvent ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas s’approcher de cette source de la vie chrétienne parce que leur mode de vie personnel ne le leur permet pas.

Ces réflexions montrent que le débat à propos des fidèles “remariés” ne peut aboutir à aucun résultat utile s’il continue à être limité à la question de savoir si ces personnes peuvent ou non accéder à la communion.

La manière de procéder proposée par le cardinal Kasper ne tient pas compte des principes théologiques de la doctrine de l’Église en ce qui concerne le sacrement de pénitence, le mariage et l’eucharistie. Il est évident que l’on ne peut pas sacrifier ces principes afin de “sauver” l’Église. Si le débat reste dans ce corridor étroit, il risque de se bloquer.

Par conséquent il ne reste comme unique solution que celle qui consiste à développer et à mettre en œuvre, dans le respect de la doctrine de l’Église, une pastorale spécifique pour les fidèles “remariés”. D’autre part l’Église doit s’occuper de l’appauvrissement liturgique qui s’est progressivement manifesté au cours des dernières décennies. Enfin elle doit étudier à nouveau et mettre en discussion, au niveau de l’Église universelle, la question de la manière digne et fructueuse de s’approcher des sacrements.

Si l’on pouvait déjà lancer, sur ces seuls points, un approfondissement de la doctrine de l’Église et un renouvellement de la pastorale, les deux prochaines sessions du synode seraient bien employées.

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