Questions éthiques autour des iPS

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John Gurdon

Un chercheur de tout premier plan dans le domaine des cellules souches induites (iPS, induced pluripotent stem cells), John Gurdon, a affirmé lors d’un entretien avec Hilary White, journaliste à LifeSite, que ces cellules sont « probablement » déjà des embryons, affirmation confortée par le fait que certaines d’entre elles ont déjà pu se développer pour donner des « animaux complets » lors d’expériences réussies.

Il s’exprimait en marge d’une conférence sur les cellules souches organisée la semaine dernière avec le concours du Vatican, à laquelle il avait souligné que « l’on peut en fait obtenir un un animal adulte, totalement normal et capable de se reproduire à partir d’une cellule de peau, sans utiliser un œuf ».

Lui-même pionnier du clonage par transfert nucléaire, John Gurdon a reçu le prix Nobel de médecine en 2012 conjointement avec Shinya Yamanaka qui a développé la technique de « rajeunissement » des cellules somatiques vers le stade des iPS. Technique qui allait, nous a-t-on beaucoup répété, permettre d’avoir un accès « éthique » aux cellules souches sans avoir besoin de détruire des embryons.

A la différence des cellules souches adultes qui se trouvent dans chaque corps, et qui sont des cellules « pluripotentes » pouvant produire divers types de tissus ou d’organes selon leur provenance, les iPS reprogrammées deviennent pluripotentes, mais aussi pour certaines d’entre elles « totipotentes », c’est-à-dire capables de donner un organisme complet en devenant spontanément des embryons. Yamanaka avait lui-même signalé ce fait dans ses articles scientifiques.

Dr Gurdon, à la question de savoir quelle différence il y a entre une cellule reprogrammée vers un état de pluripotence et un embryon à son premier stade unicellulaire, a répondu : « Probablement aucune. Mais c’est toujours difficile à prouver. »

Voilà un ensemble de faits qui fait surgir des questions quant au caractère éthique des iPS.

LifeSite cite encore le Dr Dianne Irving, biochimiste américaine qui a travaillé auprès des National Institutes of Health : interrogée sur les iPS, elle a déclaré que « certaines d’entre elle sont potentiellement des embryons », ainsi que l’avait noté Yamanaka en signalant que certaines iPS ont des réactions positives aux antigènes embryonnaires, et non aux antigènes pluripotents. 

« C’étaient des embryons », affirme le Dr Irving. « Dans le cadre de cet essai certaines cellules iPS sont déjà des embryons. La plupart n’en sont pas, mais ont le potentiel de remonter à ce stade. »

Elle précise que cela se produit lors de certaines procédures utilisées pour créer des cellules iPS : « elles ramènent l’ADN trop loin en arrière, et aboutissent à un nouvel embryon unicellulaire à part entière, ou à une cellule totipotente – plutôt qu’à une cellule pluripotente – comme celles que l’on trouve dans un embryon de huit cellules, qui a déjà la capacité de remonter à un nouvel embryon.

Cela peut se produire selon le processus de la régulation, qui fait naturellement partie des systèmes génétiques de l’embryon, et qui réagit automatiquement aux modifications dans une cellule embryonnaire en vue de corriger un dommage génétique pour ré-aiguiller son développement en vue de produire un embryon complet avec ses 46 chromosomes normaux. Ce processus peut également fait remonter l’ADN vers une cellule totipotente distincte pourvu des moyens nécessaires pour fonctionner en tant qu’embryon plutôt qu’en simple cellule. Ce processus, dans la nature, permet l’apparition de jumeaux monozygotes.

Ethiques, les iPS ? La question mérite d’être posée, et la réponse semble devoir être : pas dans tous les cas, et pas à n’importe quel prix. Pour Dianne Irving, il s’agit d’être vigilant dans la mesure où la technique permet à n’importe quelle cellule somatique d’être utilisée à des fins de reproduction. Si l’on veut les utiliser de manière respectueuse de la vie, il faut bien déterminer quel type de cellule va être créée et utilisée, et quelles méthodes sont utilisées pour l’obtenir.

D’autant que certains tests de « pleine pluripotence » des iPS ont recours à des cellules embryonnaires et fœtales : dans le cas des cellules embryonnaires, ces tests entraînent la destruction de deux embryons, explique Dianne Irving. 

Aucun de ces inconvénients éthiques ne se rencontre lors de l’utilisation – souvent réussie déjà sur le plan thérapeutique – de cellules souches adultes.

Voilà des questions qui sont posées sur ce blog depuis l’annonce de la découverte de Yamanaka, et que vous trouverez ici.

Au cours de sa conférence, le Dr Gurdon a également brièvement abordé le thème du clonage humain. Il a expliqué que celui-ci n’a jamais abouti selon la technique du transfert nucléaire, mais personne ne sait pourquoi. Lui-même a expérimenté avec succès le clonage des grenouilles, et en théorie la technique devrait être la même pour les êtres humains, d’autant que la procédure – qui consiste à vider le noyau d’un œuf et à le remplacer par un noyau avec un jeu de gènes complet – fonctionne bien pour d’autres mammifères, y compris les singes.

Implanter le noyau dans le cytoplasme de l’ovule sans aucun matériel génétique de la mère ne marche pas. Il faut une participation des chromosomes de l’œuf, sans quoi l’embryon meurt. « Telle est l’issue, invariablement », précise le Dr Gurdon.

Le clonage par transfert chez les humains requiert la présence du noyau de l’ovule ainsi que le deuxième noyau provenant d’une autre cellule : « Alors l’embryon est capable de se développer », explique-t-il. « Cela veut dire est qu’avec la race particulière des humains, il faut des chromosomes de l’œuf ainsi qu’un noyau provenant d’une cellule somatique pour obtenir un développement normal. »

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